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Les utilisateur d'Android pourront bientôt disposer d'un emploi du temps qui les connaîtra mieux qu'eux-mêmes.
Les utilisateur d'Android pourront bientôt disposer d'un emploi du temps qui les connaîtra mieux qu'eux-mêmes.
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Efficacité au quotidien

Calendar : Google lance une nouvelle version capable d’optimiser votre équilibre professionnel/privé mieux que la meilleure des assistantes

A la suite du rachat du système Timeful par Google, les utilisateurs d'Android pourront bientôt disposer d'un emploi du temps qui les connaîtra mieux qu'eux-mêmes.

Catherine Berliet

Catherine Berliet

Catherine Berliet intervient depuis 15 ans en conseil, formation, coaching de cadres et dirigeants pour le compte de grandes entreprises françaises. Diplômée en communication, elle est également thérapeute, praticien en Rêve Eveillé libre. Elle est co-auteur de : Et si je choisissais d’être heureux  ! : Le bonheur mode d’emploi  paru en juillet 2014 aux Editions Eyrolles, Manager au quotidien et Les outils de développement personnel du manager aux Editions Eyrolles. Elle est auteur de Et si je prenais mon temps aux Editions Eyrolles et co-auteur de "Et si je choisissais d'être heureux" avec Capucine Berliet toujours aux éditions Eyrolles

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Atlantico : Google lance prochainement la nouvelle version de son application "Calendar". L'application permettra non seulement de dire à l'utilisateur ce qu'il a à faire, mais loin de n'être qu'une to-do list, elle compte également aider à la réalisation d'objectifs personnels sur le temps long, en identifiant les temps libres par exemple. Sous quels aspects le service proposé est-il adapté aux contraintes professionnelles actuelles ?

Catherine Berliet : Le temps est notre ressource la plus précieuse, hélas nous n’en n’avons pas toujours conscience. A défaut d’en suspendre son vol, Google nous apporte une application qui permet de le circonscrire, de le rationnaliser, tout en le priorisant et en l’optimisant. Il tient compte non seulement de tout ce que nous avons à faire, mais aussi de tout ce que nous voulons faire.

Il ne s’agira plus de saucissonner son emploi du temps de façon séquencée et parcellaire mais plutôt d’inscrire son cahier des charges professionnel pour le faire cohabiter avec ses challenges personnels, ses objectifs, ses projets ou ce qui peut nous fait briller les yeux, comme des moments de détente ou d’intimité.

L’intelligence artificielle et les algorithmes de l’application Calendar se chargeront désormais de trouver pour vous la MESORE (meilleure solution de repli) c’est-à-dire le créneau idéal pour positionner la bonne action au bon moment.

Le culte de la performance, la volonté accrue d’excellence nous entraînent dans un tourbillon qu’il devient difficile d’endiguer. La tyrannie de l’efficacité à tout prix bâillonne nos besoins les plus profonds, et nos styles de vie s’en ressentent avec le stress rampant et tentaculaire qui envahit nos sphères professionnelles et privées.

Ce service remplit parfaitement son rôle dans la mesure où chacun d’entre nous a tendance à limiter son temps personnel pour répondre à une charge de travail croissante, et à jongler avec des impératifs familiaux. Ainsi cette application s’en prend indirectement aux méfaits de l’instantanéité qui loin de nous soulager, nous focalise sur le court terme et l’accessoire. Nous fonctionnons dans une réactivité primaire et subie qui fausse notre appréhension des situations et notre sens stratégique. Calendar apporte une vision moins statique et beaucoup plus interactive, comme dans la vraie vie. Ce qu’apporte Google, c’est de considérer que le temps c’est plus que quelques lignes implémentées sur un calendrier ou sur une to-do-list.

Avec cette application nos atermoiements et nos tergiversations trouveront une résolution immédiate censée redonner du temps au temps, en privilégiant  le moyen et long terme, en ne fonctionnant plus par tâches successives et isolées mais par missions et sous-objectifs menés en parallèle et tendus vers l’atteinte de nos buts. Google nous positionne sur du management de projets, en considérant que nos vies ne sont qu’un agglomérat de projets à mener. Il optimise nos vacuités.

Quelles ont été les évolutions dans ce domaine ces dernières années ? Quelles corps de métiers sont les plus touchés par ces réaménagements du temps ?

Si l’homme de Cromagnon n’avait qu’une idée en tête : ne pas se faire voler son feu, l’homme du XXIème siècle a une obsession grandissante : ne pas se laisser voler son temps. Le changement est bien là, nous sommes passés de la conquête du matériel à la subordination de l’immatériel. Belle ambition, mirage de l’homme Dieu.

Les évolutions se sont manifestées depuis l’avènement du numérique, et les applications ont fleuri un peu partout avec pour objectif l’économie de temps, et la nécessité d’une efficacité permanente. Les métiers les plus touchés sont ceux qui ont pâti des 35 h et à qui l’on a demandé de faire la même chose en moins de temps, les professions médicales en sont un exemple, mais aussi la majorité des cadres et des contributeurs de l’entreprise. Chacun s’est employé à rogner sur son emploi du temps personnel pour surseoir à une demande exponentielle. La valeur travail a pris le pas sur la valeur humaine.  Le stress s’est installé dans nos vies respectives, jusque là rien d’anormal puisque c’est une maladie directement corrélée au temps passé, perdu, ou manqué. Le stress jaillit ni plus ni moins du différentiel entre les efforts demandés pour passer à l’action et les ressources disponibles pour y parvenir. Il correspond à un sentiment d’incapacité à délivrer dans un temps imparti.

Si un utilisateur aime courir 4 fois par semaine par exemple, et qu'il a une présentation professionnelle le jeudi, l'application définira pour lui la meilleure configuration possible de gestion de son temps pour atteindre et réaliser ce qu'il souhaite faire. Qu'en est-il actuellement de la distinction entre vie professionnelle et privée ?

Les nouvelles technologies ont fait rentrer le travail à la maison, et ont estompé et flouté la ligne de démarcation séparant temps professionnels et temps personnels. Nos emplois du temps explosent et ne sont qu’une succession de blocs de contraintes, d’obligations, de rendez-vous ou de réunions qui s’additionnent et se superposent et il est de plus en plus compliqué de scinder vie personnelle et vie professionnelle en deux mondes parfaitement étanches, sachant que cette dernière prend le pas sur la première. Les frontières se fissurent et il n’est plus rare de continuer son travail hors temps de travail.

Et si ce logiciel avait pour mission de nous redonner un champ d’action afin de gérer plus agilement et astucieusement nos plages horaires en sauvegardant du temps pour nous, pour nos enfants et/ou ceux que nous aimons ? La promesse consisterait à rééquilibrer vie privée et vie professionnelle, ce qui est un facteur de satisfaction au travail. A cet effet rappelons ce que nous dit l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) :

"L’empiètement des préoccupations professionnelles sur la vie privée l'emporte largement sur l'empiétement des soucis personnels sur le temps de travail",

Quels risques y a-t-il à déléguer l'organisation de son temps à ce niveau de détails ? Cette application ne traduit-elle pas un besoin contemporain d'être "productif" même pendant son temps-libre ?

A première vue, je serais tentée de fustiger la volonté de réguler de façon millimétrée notre organisation personnelle et professionnelle. Et ceci parce que cela ne ferait qu’entretenir l’idée d’une productivité incessante au mépris de l’humain, et que ce spectre versus "Panzer division" ferait qu’un Super Calendar pourrait prendre le pas sur notre spontanéité, sur notre créativité, et devenir dans le pire des scénarios, le "Führer" de nos consciences, et dans le moindre, ressembler à un Surmoi despotique à faire frissonner Sigmund.  Ce serait un vrai danger.

Nous savons combien le mieux peut devenir l’ennemi du bien. A trop vouloir régenter nos Temps, nous en arriverions à ce que nous pourfendions le plus hier : l’esclavage. Nous ferions le lit de ce que la finance veut nous imposer aujourd’hui : la rentabilité dévoyée.

En résumé, deux inconvénients majeurs se dessinent :

- d’une part la mainmise sur nos données les plus intimes et sur nos desseins les plus secrets, avec potentiellement une atteinte à nos libertés,

- d’autre part l’irruption du numérique comme grand chef d’orchestre de nos modes de vie, au mépris de toute réflexion personnelle et surtout de toute spontanéité.

Et l’envie dans tout cela ? Car même si les conjonctions sont réunies pour que j’aille me promener aujourd’hui, temps libre et soleil, que fait Google de ma paresse, de mon côté « no life » que j’aime cultiver quand je l’ai décidé parce que indispensable à mon épanouissement personnel ?

En posant une hypothèse plus vertueuse, je peux imaginer que l’intelligence numérique nous donne des clés pour préserver nos vies, équilibrer nos temps, voire fluidifier nos activités et non pas occuper nos temps libres coûte que coûte et nous obliger à agir en permanence.

Il se pourrait que Calendar soit couplé à des données chronobiologiques, ou psychologiques, censées nous seconder en toute connaissance de cause, pour  nous dégager du temps que nous utiliserions en vue de devenir plus créatifs, d’avoir plus de loisirs, et de donner plus de temps à ceux que nous aimons…

Paradoxes des temps modernes, la vitesse et la lenteur, le faire et l’être, la maîtrise et le lâcher-prise, à soumettre à l’évidence des algorithmes et aux fantasmes de l’homme bionique. Nous voyons là encore que l’ultime bastion à conquérir, n’est qu’une notion subjective et métaphysique : « le temps qui passe » et que nous ne parvenons pas à retenir, difficile complication poétiquement symbolisée par Buster Keaton désespérément accroché à l’aiguille d’une horloge.

Tout compte fait je préfère vivre avec mon temps et me dire que la re-connexion à soi-même passera par un monde hyperconnecté. Google nous apporte un outil censé nous focaliser sur la « fureur de vivre ». Je pourrais me laisser convaincre à condition que Calendar évince ses injonctions pour les remplacer par des suggestions. Je ne suis pas un robot ou un drône que l’on pilote, je suis et reste un petit homme avec ses forces et ses faiblesses.

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