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Brexit : l’été sera chaud pour les banques
©Reuters

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Brexit : l’été sera chaud pour les banques

Alors que la tendance est négative depuis des semaines sur les banques et les assurances, le Brexit continue de faire peser de nombreux doutes sur les marchés.

Alain Pitous

Alain Pitous

Alain Pitous, Directeur Général Adjoint Associé de Talence Gestion (@alainpitous).

Talence Gestion est une société de gestion de portefeuille indépendante spécialisée dans la gestion sous mandat pour les particuliers et la gestion de fonds commun de placement en actions.

Précédemment, il a été pendant 5 ans (2009-2014) Deputy CIO d’Amundi (850 Milliards d’Euro sous gestion) et gérant du fonds Amundi Patrimoine de 2012 à juillet 2014.

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Le Brexit continue de faire peser de nombreux doutes sur les marchés. Nous avons déjà constaté à maintes reprises qu’un choc de ce type avait deux conséquences : casser une dynamique positive mais aussi enfoncer un peu plus des secteurs ou des entreprises déjà fragilisés.  C’est clairement ce qui se passe pour le secteur financier.

La tendance est négative depuis des semaines sur les banques et les assurances. Les raisons de la défiance sont nombreuses.

1-      Les taux négatifs pèsent sur les marges

2-      L’activité économique reste modérée, de ce fait les demandes de crédit sont plus faibles.

3-      Les doutes subsistent sur la qualité des bilans des banques.

4-      Les contraintes règlementaires finissent par peser sur les marges.

5-      La concurrence du digitalpèse sur l’activité

6-      L’activité « banque d’investissement » est globalement moins rentable.

A chaque problème de marché, les banques sont concernées, le Brexit ne déroge pas à la règle. Pas besoin d’être analyste financier pour constater que le Brexit n’arrange aucun des aspects évoqués ci-dessus. Au contraire.

La semaine dernière de gros doutes sont apparus sur l’immobilier britannique. Certains gérants ont gelé leur fonds immobilier car ils ne parvenaient pas à vendre des actifs lorsque les clients ont voulu céder leurs parts dans les fonds en question.

La succession des faits est imparable : la livre a baissé dès le lendemain du Brexit…la Banque Centrale Anglaise a annoncé qu’elle injecterait des liquidités pour sécuriser le système financier, du coup la pression sur la livre s’est accrue…Les investisseurs voyant leurs avoirs en Livre baisser ont commencé à liquider leurs actifs anglais…et la spirale de baisse s’enclenche. Les britanniques déjà très endettés et en panne de confiance sur l’avenir, ne peuvent acheter la masse d’actif en vente…l’effet richesse lié à l’immobilier s’effondre…la consommation ralenti…la Livre baisse…

La balancedes paiements étant très déficitaire, la pression sur la Livre pourrait durer. Cela pénalisera les populations les plus fragiles qui sont en difficulté pour acheter des biens en provenance de l’étranger plus couteux du fait de la baisse de la devise. La faiblesse de la production industrielle britannique est telle que la chute de la Livre n’améliorera qu’à la marge le déficit commercial du pays. Pour ceux qui espèrent relancer quoi que ce soit par une baisse de la devise, la leçon est cruelle…

Les banques anglaises ont une exposition de 168 Mads de Livre à l’immobilier commercial. On peut se rassurer en évoquant une forte baisse de cette exposition par rapport à 2008…Mais il est à craindre qu’avec la récession qui s’annonce outre-Manche pour 2017, l’impact de ces créances se fasse durement ressentir dans le bilan des banques. Sachant que l’immobilier et la finance ont été les 2 facteurs clés du fameux miracle anglais ces dernières années, l’impact de cette situation pourrait être dévastateur pour l’économie britannique.

Les banques italiennes sont également sous pression. Le problème est simple : les créances douteuses sont trop importantes. Le problème croit d’année en année. Depuis 2011 le poids des créances douteuses a doublé passant de 100 à 200Mads. Inquiétant.

L’état italien voudrait traiter le problème mais les règles ont changé : l’Europe demande que les actionnaires et les porteurs d’obligations prennent leurs pertes avant toute intervention de l’Etat…

Si cela devait se passer ainsi, cela conduirait peu ou prou à la disparition des banques italiennes…Le premier ministre italien, à 3 mois d’un référendum clé, ne souhaite pas s’engager dans cette voix. Les négociations s’annoncent donc difficiles.

En Allemagne, c’est Deutsche Bank qui, une fois de plus, a semé le trouble : là aussi des questions se posent sur la qualité du bilan et la somme des risques pris par la partie banque d’investissement. En comparaison, les banques françaises font figure de bons élèves mais comme toutes les banques dans le monde doivent faire face à une érosion de leur profitabilité.

Enfin, la volatilité sur les devises a conduit les banques centrales à intervenir et les taux ont poursuivi et amplifié leur mouvement de baisse : 55% des obligations publiques en zone Euro affichent désormais des rendements négatifs (43% il y a un mois).

La logique des marchés reste implacable : les marges sur fonds propres des banques ont été divisées par 2 en 10 ans. Inutile de chercher beaucoup plus loin les raisons du comportement des banques en bourse. Les indices « bancaires » affichent selon les pays des baisses de 20 à 30% au premier semestre 2016. Certaines banques italiennes ont même reculé de 60% !

A court-terme après de telles baisses des rebonds violents sont possibles mais pour qu’une hausse durable s’installe il faudrait que plusieurs conditions soient réunies.

-          Que la situation des banques italiennes soit réglée.

-          Que les taux longs remontent un peu.

-          Que le calme revienne sur les changes.

A très court-terme cela semble peu envisageable. Ce qui parait le plus probable est que les banques adaptent leur modèle à ce nouvel environnement…mais cela prendra du temps.

Cet été le secteur banque en bourse devrait osciller entre la poursuite de tensions liées au Brexit, à l’Italie ou aux devises…et des rebonds techniques qui pourront être violents.

L’été sera chaud pour les banques ! 

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