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Les Français ont une image relativement bonne de l'armée.
Les Français ont une image relativement bonne de l'armée.
©Reuters

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Avec la menace terroriste, le rapport des Français à l’armée change profondément

Alors que le défilé du 14 juillet s'est déroulé mardi comme tous les ans, le regard des Français sur l'institution militaire a quant à lui beaucoup évolué depuis les attentats du mois de janvier.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Comment l'opinion des Français vis-à-vis de l'Armée a-t-elle pu évoluer depuis les attentats du mois de janvier ? 

Jérôme Fourquet : Ce que l'on constate à travers les différents sondages, c'est qu'historiquement, les Français ont une image relativement bonne de l'armée française. Nous sommes sortis de la période où le thème de l'institution militaire jouait un rôle de polarisation des idées politiques entre la droite et la gauche, et qui avait vu un tournant majeur avec l'arrêt de la transcription où le principal danger qui pesait sur l'armée était justement une prise de distance et un creusement entre civils et militaires. 

On a ainsi pu constater que depuis la crise de la dette en Europe, le budget de la Défense apparaissait comme la cible idéale des électeurs pour être rogné pour limiter les dépenses et de l'assainissement des dépenses publiques. 

Depuis les attentats de janvier, c'est cette dynamique qui a pris un tournant. Car depuis les attentats du mois de janvier, au niveau politique, les crédits ont été au contraire augmentés : il y a eu une prise de conscience de la nécessité de consacrer de nouveaux budgets et de faire en sorte que l'Armée ne soit plus la variable d'ajustement et le parent pauvre des différents budgets. Cette priorité a donc été rappelée très dramatiquement, après les attentats, et où l'effet stéréo des attaques sur notre territoire et ceux en Irak ou au Sahel est lié dans l'opinion. 

L'armée a été au coeur des discussions suite aux attentats. Selon un sondage Ifop pour Ouest-France, 8 français sur 10 estimaient que l'Armée avait un rôle à jouer dans les réponses contre le terrorisme. Les attentats auraient-ils pu révéler le rôle sociétal de l'armée ?

Tout à fait. Les sondages effectués et notamment pour Atlantico montraient qu'il existait une nostalgie du service nationale. Là aussi les attentats de janvier ont remis l'armée au coeur des enjeux sociétaux : les sifflements observés dans les classes lors de le minute de silence a montré un déficit d'intégration, et des lacunes dans l'acquisition du socle commun de valeurs. A la lumière de ces événements, s'agissant de l'Ecole ou de l'institution militaire, le pays peine à intégrer une partie de sa jeunesse. Si l'Ecole a été la première à être l'objet de discussions avec des positions parfois virulentes sur l'échec de l'école en la matière, l'armée a pu apparaître comme une réponse satisfaisante. L'institution militaire s'est alors imposée comme un rempart pour renforcer l'unité nationale.

Selon un sondage de 2013, un quart des Français seulement se positionnaient pour la suppression du défilé du 14 juillet, suite aux propos récurrents de certaines personnalités politiques comme Eva Joly qui estimaient qu'il serait préférable de le remplacer par un défilé "citoyen" et civil. En quoi à contrario l'armée peut-elle au contraire représenter un fondement de la République française ?

Plus que jamais, l'institution militaire représente un outil important dans la construction de la puissance française chez les Français. L'armée française est influente sur la scène internationale. Il est intéressant par ailleurs de noter que si les dernières semaines ont laissé place à des discours sur l'intégration des membres de l'Union européenne, la Grèce n'est pas la seule à en voir les lacunes. Son intervention au Mali avait pour objet de prémunir l'Europe du terrorisme, pas uniquement de la France. Cela permet aussi de voir que la France demeure l'une des dernières puissances occidentales capable d'un outil de défense digne de ce nom. Egalement, les Français perçoivent que l'institution militaire est, plus qu'un outil de défense, un outil industriel et économique.

Mais il y a encore des interrogations sur la capacité de notre armée à mener à bien dans la durée toutes nos interventions militaires. Si l'opération au Mali se déroule bien, celle en Irak et en Syrie montre ses limites. 

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