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"Le fondateur d'Amazon a orienté son entreprise depuis le début autour de trois valeurs-clés : l'orientation complète vers le client ; le long-terme ; et ce qu'il appelle l'exploration, c'est-à-dire l'innovation et l'expérimentation."
"Le fondateur d'Amazon a orienté son entreprise depuis le début autour de trois valeurs-clés : l'orientation complète vers le client ; le long-terme ; et ce qu'il appelle l'exploration, c'est-à-dire l'innovation et l'expérimentation."
©Reuters

Le Nettoyeur

Amazon est la meilleure grande entreprise au monde, c'est pour ça qu'elle est incompatible avec la mentalité française

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti compte prendre des «mesures fortes» pour lutter contre les pratiques commerciales du géant américain Amazon, responsables selon elle de la fermeture de librairies.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Le ministre de la Culture a trouvé son ennemi : Amazon, qui mettrait les libraires à genoux.

Ca me permet de parler d'Amazon qui est de mon point de vue la meilleure grande entreprise au monde, et ce de loin.

Pourquoi ?

Le fondateur d'Amazon a orienté son entreprise depuis le début autour de trois valeurs-clés : l'orientation complète vers le client ; le long-terme ; et ce qu'il appelle l'exploration, c'est-à-dire l'innovation et l'expérimentation.

Amazon est aujourd'hui loin d'être simplement le leader de l'e-commerce, même si c'est très important. L'e-commerce est un des marchés les plus brutaux avec ses marges faibles, et Amazon a réussi à y créer un mastodonte, qui grâce à ses économies d'échelle peut tirer son épingle du jeu. Mais puisqu'Amazon a une orientation stratégique vers le consommateur, elle n'utilise pas ces économies d'échelle pour accroître ses profits à court-terme, mais au contraire pour offrir les meilleurs prix et le meilleur service aux consommateurs, créant un cercle vertueux : prix plus bas, plus de clients, plus d'économies d'échelle, prix plus bas, etc. Et sur le long terme, les actionnaires s'y retrouvent.

Mais Amazon ne fait plus que du e-commerce. Personne n'aurait pu imaginer il y a dix ans qu'Amazon serait aujourd'hui le leader du cloud computing, cette nouvelle révolution technologique qui permet de gérer toutes les applications depuis internet. Amazon a aussi créé Kindle. Au départ, Kindle était la première liseuse viable, permettant à tout-un-chacun d'accéder à la littérature (et à de nombreux auteurs d'être publiés sans devoir passer les fourches caudines des éditeurs), révolutionnant ainsi le livre, ce pilier fondamental de notre culture qui n'a pas évolué depuis des siècles. Ca serait déjà extrêmement impressionnant, mais Kindle est entrain de devenir un écosystème complet d'appareils (liseuses, tablettes, bientôt smartphones et TV connectées), de logiciel, de médias et de commerce.

Dans tous ces cas, Amazon est parti d'abord des besoins du consommateurs, et a ensuite décidé de construire des services innovants, et n'a pas peur d'investir énormément pour construire sur le long terme. Amazon est entrain de créer de nombreux data centers pour ses services de cloud; de construire des entrepots partout aux Etats-Unis pour réduire ses délais de livraisons; de construire un écosystème complet autour de Kindle. Tout ça est très cher et ne paiera vraiment que dans dix ans au moins. Avec Kindle, Amazon a attaqué son propre coeur de métier à la hache: leader de la vente du livre physique, il a lancé la révolution du livre numérique. Mais servir le consommateur sur le long terme le demandait.

Tout cela va à l'encontre de la mentalité française. Comme le signale Thomas Philippon dans Le Capitalisme d'héritiers, nos entreprises ne sont pas gérées pour servir le consommateur, ou même les actionnaires, mais les héritiers qui sont aux commandes. Nos réglementations ne sont jamais réfléchies pour bénéficier aux consommateurs (qui sont aussi les citoyens), mais pour organiser et répartir les avantages économiques entre acteurs. Puisque l'économie est réglementée, les entrepreneurs cherchent à exploiter les réglementations au lieu de servir leurs clients. On le voit très bien avec le livre, où l'objectif est d'arroser les éditeurs et les libraires, et personne n'a même l'idée que ceux qui lisent les livres (et accessoirement ceux qui les écrivent) devraient être le critère de la politique.

La mentalité française, enfin et surtout, est hostile à l'ambition. Si Amazon investit beaucoup, c'est pour gagner beaucoup, prendre des parts de marché, et construire des empires. Amazon a attendu 8 ans d'existence avant d'être rentables, et pour cela a dû se financer sans arrêt auprès des marchés. Il est impensable en France que des investisseurs—privés ou marché—aient eu assez de vision à long terme, et même de vision tout court, pour soutenir une entreprise aussi longtemps.

Amazon a, sans nul doute, créé énormément de pouvoir d'achat pour les français, et n'arrête pas de créer des innovations qui améliorent notre vie. Son courage, son ambition, son innovation, son orientation vers le consommateur et le long terme, sont des exemples pour tous. Exemples impossibles à suivre en France.

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