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Allocations familiales : comment le gouvernement sacrifie l'exception française à une politique d'économies à la petite semaine
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Le Nettoyeur

Allocations familiales : comment le gouvernement sacrifie l'exception française à une politique d'économies à la petite semaine

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2015 est actuellement en discussion à l'Assemblée nationale et fait l'objet de nombreux amendements, notamment sur la question de la modulation les allocations familiales en fonction des revenus.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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La France a beaucoup de problèmes, tout le monde est d'accord. Mais il y a un problème que nous n'avons pas : la natalité.

C'est cette natalité qui pourra peut-être sauver notre système de retraites. C'est cette natalité qui fera de la France le pays moteur de l'Europe dans quelques décennies avec le déclin annoncé de l'Allemagne, dont le vieillissement freine déjà l'économie — aujourd'hui nous imaginons que l'Allemagne est le pays dominant de l'Europe, mais sa démographie annonce un avenir différent.

Cette natalité est un des résultats d'un des piliers de l'exception française et de l'Etat-providence construit après la guerre. En effet, l'Etat-providence construit après la Libération avait trois piliers : l'assurance maladie ; la redistribution ; et la politique familiale.

L'assurance maladie permet l'accès de chacun au soin. La redistribution permet de réduire les inégalités et de permettre un niveau de vie minimum aux plus pauvres. Et la politique familiale, au niveau de chaque individu, permet à chacun de construire une famille, ce qui est pour de nombreuses personnes un élément essentiel de la vie, mais aussi au niveau de la société entière, favorise la natalité et donc non seulement la grandeur nationale, mais aussi la pérennité de tout le système.

En effet, comme chacun le sait, un Etat-providence aussi généreux que le nôtre ne peut pas exister sans un certain équilibre entre les générations, et sans un certain nombre de travailleurs pour payer les impôts pour financer l'ensemble, et donc sans un certain nombre d'enfants qui deviendront des futurs travailleurs.

On en arrive donc à la décision prise par le gouvernement de moduler les allocations familiales. Cette décision est tout simplement désastreuse.

En effet, si vous avez suivi jusqu'à présent, les allocations familiales ne sont pas le même pilier que la redistribution. La redistribution sert à “lisser” les inégalités entre les diverses classes sociales. Les allocations familiales, a contrario, servent à lisser les inégalités entre familles avec enfants et familles sans enfants au sein d'une même classe sociale. Ce sont deux objectifs complètement différents.

C'est bien de vouloir combattre les inégalités - c'est pour cela que la France a un barême d'impôt sur le revenu progressif et des aides sociales. Si ce système ne fonctionne pas bien, il faut le modifier. S'il y a trop d'inégalités, on peut augmenter les impôts, ou augmenter les aides sociales, ou les deux.

Mais c'est un objectif complètement différent de celui des allocations familiales, qui permet à une famille donnée de choisir d'avoir des enfants sans être pénalisée économiquement par ce fait. C'est aussi un objectif de justice sociale. Au niveau individuel, parce qu'avoir des enfants est une des plus grandes joies de la vie humaine. Et au niveau collectif, parce que cela soutient la natalité française qui, à son tour, soutient l'édifice de notre Etat-providence.

Ça semble frappé au coin du bon sens de vouloir palfonner ou moduler les allocations familiales, mais c'est une idée d'une très grande myopie et qui, en réalité, frappe au coeur du système de solidarité à la française inventé à la Libération, et un des aspects de ce système qui fonctionne le mieux.

Peut-être qu'il faut le changer. Peut être qu'il faut complètement repenser notre système. Pourquoi pas. Débattons. Mais ce n'est pas pour cela que le gouvernement veut moduler les allocations familiales. C'est juste, sans aucune réflexion, pour faire des économies à la petite semaine et pour conforter sa majorité. Et ça, c'est inexcusable.

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