"Nous sommes tous des juifs terroristes" ? Quand la déchéance de nationalité vire à la déchéance du débat politique | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
"Nous sommes tous des juifs terroristes" ? Quand la déchéance de nationalité vire à la déchéance du débat politique
©Reuters

Portnawak

"Nous sommes tous des juifs terroristes" ? Quand la déchéance de nationalité vire à la déchéance du débat politique

En mai 68, nous étions tous des juifs allemands. La dignité commandait de se solidariser avec les victimes, pas de les mettre dans le même sac que des tueurs terroristes par calcul.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

En état d'apostasie terminale face aux dogmes des grands prêtres qui font l'opinion, j'utilise désormais mes propres neurones pour réfléchir aux situations nouvelles lorsqu'elles se présentent. C'est rafraîchissant, je vous recommande vivement d'essayer, mais ça ne rend pas forcément la vie plus facile.

Tenez, là tout de suite, j'ai du mal à déterminer si cette histoire de déchéance de nationalité est une bonne ou une mauvaise chose (à tout hasard, si vous êtes plutôt un « progressiste » de l'équipe A et lisez Libé, vous êtes contre. Si vous vous sentez plus proche des « réacs » de l'équipe B et êtes abonné au Figaro, vous êtes pour. C'est comme ça).

En fait, je crois que je serais parfaitement capable de défendre les deux points de vue l'un après l'autre et d'emporter ma propre conviction dans les deux cas. Je vous ai prévenu, ça ne rend pas la vie plus facile.

Mais là où j'ai certainement un avis, c'est lorsque j'entends un député PS comme Pascal Cherki expliquer que retirer son passeport à un fanatique condamné pour terrorisme et qui en détiendrait un second est l'équivalent de l'abrogation du décret Crémieux par Pétain en 40, lequel privait les juifs (n'en possédant pas d'autre et coupables de rien) de leur nationalité au nom des lois raciales de Vichy.

Je vous la refais : dire à un type qui déclare la guerre à la France et passe ses compatriotes à la kalachnikov qu'il peut bien aller se faire voir ailleurs dès lors qu'il en a un, « d'ailleurs », c'est la même chose que de retirer leur nationalité à des juifs pendant la guerre pour qu'ils puissent être déportés plus légitimement. Tout pareil.

Outre le côté totalement spécieux de cette fausse équivalence, ce sophisme de compète, qui implique que Hollande et Pétain soient des jumeaux idéologiques et qu'un bourreau soit une victime, le besoin même d'aller chercher les juifs, qui n'en demandaient pas tant (mais, when in doubt, use the Jews), pour jouer au frondeur post-régionales est tellement petit, tellement minable, tellement mesquin qu'on en a honte pour le bonhomme.

Franchement, la politique à ce niveau, quelle déchéance...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !