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Selon J.-C.. Cambadélis, le FN mène une double stratégie "de banalisation et d’excitation". Véritable sophisme qui est au cœur de tout raisonnement complotiste : "plus ça a l’air normal, plus c’est suspect"!
Selon J.-C.. Cambadélis, le FN mène une double stratégie "de banalisation et d’excitation". Véritable sophisme qui est au cœur de tout raisonnement complotiste : "plus ça a l’air normal, plus c’est suspect"!
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Rhétorico-laser

"La patte du Front national" dans les manifestations policières : nouvelle trouvaille rhétorique du magicien Cambadélis

On le savait très doué : que ce soit l’héritage de son long passé trotskiste ou de son ascendance grecque, pays où naquit l’art oratoire, tout le monde s’accorde à reconnaître à J.C. Cambadélis une maestria rhétorique plutôt rare dans la classe politique.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Il n’a ainsi pas son égal dans le maniement de la litote et de l’euphémisme : dire moins pour suggérer plus, comme lorsqu’il se déclare "pour le moins surpris" devant les manifestations policières … Atténuer l’effet désastreux de certains propos, comme lorsqu’il concède, dans la tempête d’Un président ne devrait pas dire ça, que François Hollande "ne s’était pas facilité les choses" pour une nouvelle candidature. Davantage, son usage de la langue est si subtil que l’on ne distingue plus très bien chez lui entre litote et euphémisme : lorsqu’il donne l’impression de vouloir minimiser, n’est-il pas en fait en train de charger la barque ?  

Il est également un roi de l’expression imagée : ses prises de position sont un véritable festival de formules assassines : la démission de Macron ? Une "kinder surprise" ; les candidats de la droite ? "Les quatre Dalton" ! La dispersion de la gauche ? une "chasse aux Pokémon" ! François Hollande, lui-même, avait jadis eu droit à "un pervers pépère".

Doté d’une réelle culture littéraire et historique, il a aussi le sens de l’analogie parlante : le goût de la revanche chez Nicolas Sarkozy lui rappelle ainsi, non pas notre Montecristo national, mais Mathias Sandorf, héros romanesque austro-HONGROIS… Quant à Emmanuel Macron, objet de toute sa sollicitude, "il s’imaginait en Sully, il ne faudrait pas qu’il finisse en Brutus".

Il est vrai que J.-C. Cambadélis se laisse aussi aller aux facilités rhétoriques de la gauche et notamment de son aptitude infinie au déni de réalité. Il illustre ainsi parfaitement le "négationnisme économique" dénoncé par Pierre Cahuc et André Zylberberg, lorsqu’il affirme fin août 2016, que "la croissance redémarre et que le chômage baisse" et se félicite que la gauche ait "redressé le pays".

Il est tout aussi classiquement dans la bien-pensance lorsqu’il pratique l’asymétrie systématique entre extrême droite et extrême gauche : manifestations des policiers ? Manoeuvre de l’extrême droite évidemment ! Mais pas un mot sur la présence, avérée celle-là, de l’extrême gauche à Notre-Dame des Landes et dans la jungle de Calais. Il est vrai que les anciens "camarades", ou du moins leurs héritiers, n’y sont pas rares.

Tout comme le refus de la moindre responsabilité politique, fait emblématique de ce quinquennat, à travers l’accusation permanente du bilan de la droite pour expliquer les difficultés actuelles, après plus de quatre ans de pouvoir, de… la gauche.

Plus "cambadélisienne" car renvoyant à son habitus trotskiste et à son propre passé d’agitateur, le "complotisme" qui impute les ennuis de son camp et les problèmes du pays aux "manœuvres" de l’adversaire. L’on retrouve chez lui le fonctionnement parfait du grand mythe du "complot", tel que l’avait analysé Raoul Girardet dans son remarquable livre sur les "Mythes et mythologies politiques". Ainsi de la colère policière qui ne peut s’expliquer que par "la patte du FN", car, selon J.-C.. Cambadélis, le FN mène une double stratégie "de banalisation et d’excitation". Véritable sophisme qui est au cœur de tout raisonnement complotiste : "plus ça a l’air normal, plus c’est suspect"! Et qui est à la base de toutes les dérives totalitaires mais qui ne semble gêner personne, dès lors qu’il vise le FN ou même la droite classique.

Mais autant de raisons aussi pour accorder une importance toute particulière aux déclarations de J.-C.. Cambadélis, lorsque l’homme parle enfin "cash". Ainsi de ses noires prévisions quant aux chances de la gauche pour les prochaines élections : "A cette étape, aucun candidat putatif, quel qu'il soit, ne semble pouvoir battre la droite. Et même passer le premier tour". Certes, il veut par-là mettre en garde la gauche contre le risque fatal de ses divisions et la rassembler derrière une candidature Hollande de plus en plus improbable. Mais la prédiction sonne aussi comme la confirmation, par un connaisseur sans égal de son propre camp, d’un désastre désormais assuré.

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