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Éducation nationale : un logiciel organise la "ghettoïsation" des lycées
©Reuters

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Éducation nationale : un logiciel organise la "ghettoïsation" des lycées

Au lycée Turgot à Paris, le logiciel "Affelnet" a affecté 83% de boursiers à la classe de seconde pour la rentrée 2016.

Pour la communauté éducative de l'établissement Turgot dans le IIIe arrondissement de Paris, c'est un "coup à la mixité sociale".

Le logiciel de l'éducation nationale, baptisé Affelnet (pour "Affectation par le Net") repose sur un algorithme censé répartir équitablement les quelques 400.000 collégiens du public en fin de classe de Troisième dans leur futur lycée.

Au lycée Turgot, très prisé, le logiciel a fait parler de lui, lorsque le corps enseignant de l'établissement scolaire a appris la semaine qu'il allait accueillir 192 élèves boursiers… sur 231 élèves à la rentrée prochaine, soit 83% de leur effectif. C'est beaucoup plus qu'à la rentrée précédente, où Turgot en comptait déjà 55%.

Plutôt contre-productif vis-à-vis de la mission principale de la procédure Affelnet voulue par le rectorat, qui est de favoriser la mixité sociale. Un coup dur également porté aux élèves sélectionnés, envers lesquels le personnel de Turgot se veut rassurant quoiqu'un peu désemparé :

"On ne veut surtout pas leur renvoyer le message qu’ils ne sont pas les bienvenus ou qu’ils sont de mauvais élèves, bien au contraire", indique Mme Pra, professeure de philosophie à Turgot. "Ce qu’on veut, c’est dénoncer un dysfonctionnement aboutissant à la ghettoïsation de notre lycée", ajoute-t-elle. Un avis partagé par Mme Blottiau, conseillère principale d’éducation : "La mixité, c’était notre fierté. Mais on ne peut la défendre que si elle existe partout", déplore-t-elle.

En effet, le cabinet du recteur souligne la hausse des taux de boursiers au sein des lycées de l’est parisien, de 40 à 50%. Cependant, cela reste bien loin du cas unique de Turgot, qui emporte la palme à cause d'Affelnet.

Le 5 juillet dernier, Les enseignants et conseillers du lycée Turgot ont d'ailleurs adressé une lettre ouverte à l'Éducation nationale, dans le but d'obtenir plus de moyens pour gérer cette situation : "Aujourd'hui, nous exigeons des moyens humains et budgétaires pour que l'année scolaire se déroule au mieux: un service social et un service médical renforcés", écrivent-ils.

Cette lettre fonde également l'espoir que la situation ne se reproduira pas, exprimant dès à présent leur refus catégorique en ce sens : "sachez que nous refusons d'ores et déjà que cette situation se reproduise à la rentrée 2017 et exigeons que le système d'affectation permette une réelle équité", pointent du doigt les enseignants du lycée Turgot.

Lire aussi : Coup bas dans la guerre idéologique, le gouvernement s'apprête à supprimer l'étude des mécanismes de "l'économie de marché" au lycée

Lu sur Le Monde

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