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Affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy : la justice aurait espionné des avocats afin de tenter d’identifier un éventuel informateur
©MEHDI FEDOUACH-VALERY HACHE / AFP

"Paul Bismuth"

Affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy : la justice aurait espionné des avocats afin de tenter d’identifier un éventuel informateur

Selon des informations du Point, des magistrats ont espionné des avocats de renom depuis 2014, afin de savoir si Nicolas Sarkozy a bénéficié de renseignements confidentiels l’informant que la ligne téléphonique "Paul Bismuth" était sur écoute.

Depuis les révélations d’Eliane Houlette sur les "pressions" reçues pendant l’affaire Fillon, une nouvelle affaire judiciaire revient au cœur de l’actualité. D’après une enquête de la rédaction du Point, le Parquet national financier (PNF) a dirigé, pendant près de six ans, une enquête secrète visant à savoir si Nicolas Sarkozy et son avocat Maître Thierry Herzog avaient reçu des renseignements confidentiels et couverts par le secret professionnel les informant que la ligne téléphonique "Paul Bismuth", dont ils se servaient, était sur écoute. 

Depuis 2014, plusieurs magistrats ont donc cherché, dans le plus grand secret, à débusquer un éventuel informateur. Un montage judiciaire extrêmement complexe aurait été utilisé. 

D’après la rédaction du Point, plusieurs magistrats du PNF auraient espionné des avocats de renom, sans soupçons avérés, pour savoir si l’un d’entre eux avait pu être l’informateur. 

Les cabinets Temime, Dupond-Moretti, Veil, Haïk, Lussan ou encore Canu-Bernard auraient notamment été ciblées. Leurs "fadettes", les factures détaillées d’une ligne téléphonique, ont toutes été épluchées et leurs téléphones portables géolocalisés, selon des révélations du Point. 

Les enquêteurs ont également réclamé la liste des appels entrants et sortants du PNF afin de vérifier qu’aucun magistrat n’avait pu alimenter ces avocats. Ils auraient tenté de joindre Thierry Herzog, le 25 février 2018. Le lendemain, Nicolas Sarkozy et son avocat ont cessé de communiquer via la ligne "Bismuth". 

Cette enquête secrète a débouché sur un classement sans suite, en décembre 2019. "Les résultats ont été volontairement tus par le PNF. Et ce alors même que d'importants éléments à décharge étaient susceptibles de nourrir la défense de Nicolas Sarkozy, poursuivi pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Paul Bismuth".

Selon Le Point, elle n’a jamais été portée à la connaissance des avocats pendant toute la durée de l’instruction. 

Pendant toutes ces années, "cette enquête a donc été menée dans le plus grand secret, dans un cadre procédural trouble, de manière à ce que nul autre que les procureurs qui en avaient la charge ne puissent en avoir connaissance. […] Le PNF a-t-il volontairement mis cette enquête "en sommeil", pour que ses résultats ne viennent pas perturber le cours de l'information judiciaire des juges Thépaut et Simon ?"."

Le PNF a répondu à la rédaction du Point : 

"Le parquet affirme avoir été "compétent" pour enquêter sur l'infraction de violation du secret professionnel, alors même qu'une information judiciaire était déjà ouverte, en raison de la "connexité avec les faits. C'est par ailleurs en conformité avec les usages et dans un souci de bonne justice que les magistrats instructeurs n'ont pas été saisis de ces faits qui portaient atteinte à la bonne conduite de l'information judiciaire dont ils avaient la charge"."

Cette ligne téléphonique spéciale, au coeur de l'affaire, avait donc été ouverte au nom de Paul Bismuth afin que l’ancien chef de l’Etat et son avocat puissent échanger sur leur stratégie judiciaire. 

Dans cette affaire, Gilbert Azibert, avocat général près de la Cour de cassation, est suspecté d’avoir informé Nicolas Sarkozy des avancées de la procédure judiciaire dans l’affaire Woerth-Bettencourt, en échange d’un potentiel appui à sa candidature à un poste judiciaire à Monaco :

"Gilbert Azibert, magistrat à la Cour de cassation, fait en effet montre du plus grand entrain pour obtenir des informations confidentielles sur la procédure Bettencourt. "Il a eu accès à l'avis, qui ne sera jamais publié, du rapporteur […] Cet avis conclut au retrait de toutes les mentions relatives à tes agendas", assure Me Herzog à son célèbre client le 30 janvier 2014".

Nicolas Sarkozy a été mis en examen pour "corruption active", "trafic d’influence" et "recel de violation du secret professionnel" le 2 juillet 2014. Le procès va se dérouler du 5 au 22 octobre 2020.

Après les révélations du Point dans l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, Eric Dupond-Moretti a annoncé ce jeudi sur LCI vouloir porter plainte.

Le Point

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