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"Celle qui est surnommée « Madame Non » dans les cercles européens fait désormais l’objet de critiques de la part de ses propres compatriotes".
"Celle qui est surnommée « Madame Non » dans les cercles européens fait désormais l’objet de critiques de la part de ses propres compatriotes".
©Reuters

Crise de la zone euro

Angela Merkel, la "Madame Nein" qui sauvera l'Europe ?

Rencontre Nicolas Sarkozy - Angela Merkel ce mercredi à Berlin pour préparer la réunion des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro de demain. Tensions à prévoir. Mais qui est donc la Chancelière allemande, désignée femme la plus puissante du monde dans le classement Forbes de 2006 à 2009 ?

Robin Rivaton

Robin Rivaton

Robin Rivaton est chargé de mission d'un groupe dans le domaine des infrastructures. Il a connu plusieurs expériences en conseil financier, juridique et stratégique à Paris et à Londres.

Impliqué dans vie des idées, il écrit régulièrement dans plusieurs journaux et collabore avec des organismes de recherche sur les questions économiques et politiques. Il siège au Conseil scientifique du think-tank Fondapol où il a publié différents travaux sur la compétitivité, l'industrie ou les nouvelles technologies. Il est diplômé de l’ESCP Europe et de Sciences Po.

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Décembre 2011, New-York, comité de rédaction du magazine Forbes. Une vive discussion oppose les membres chargés d’établir le prestigieux classement annuel des femmes les plus puissantes du monde. Les lauréates, femmes politiques ou d’affaires, ne font en général pas débat, mais cette année la chancelière de la République d’Allemagne est sujette à controverse.

« Pour être clair, pour moi et aux yeux de tous les observateurs, Angela Merkel a fait sauter la zone euro » s’exclame l’un d’entre eux…

Angela Merkel, première de ce classement de 2006 à 2009, quatrième en 2010, livrée à la vindicte populaire. Quel coup du sort ! Ou peut être pas.

Un bilan contrasté à la tête de l'Allemagne

Mme Merkel est arrivée au pouvoir en septembre 2005. Sous sa direction l’Allemagne a réduit ses déficits, atteignant l’équilibre budgétaire en 2008, passant sous les 2% en 2011 ; la croissance a été plus forte que sur les cinq années précédentes[1] alors même qu’elle a affronté la récession mondiale. Quant au chômage, le point noir de l’Allemagne, il a enfin entamé la phase descendante, passant de 12% en mai 2005 à 7% aujourd’hui[2].

Des chiffres impressionnants, deux mandats exemplaires, si ce n’est qu’ils ne sont que le résultat de réformes structurelles d’ampleur commencées sous le chancelier socialiste Schröder dans le cadre de l’Agenda 2010. De plus, c’est une coalition alliant conservateurs et socialistes qui les a mises en œuvre sous le premier mandat d’Angela Merkel.

Quant aux idées d’avenir qui font la grandeur de l’homme ou de la femme d’État, Mme Merkel a jusqu’à présent plutôt semblé leur préférer le court-termisme. En 2004, preuve d’un flair politique somme toute assez limité, elle a soutenu contre vents et marées l’attaque américaine de l’Irak pour se différencier des socialistes au pouvoir. En mars 2011, elle a décidé d’abandonner le nucléaire d’ici à 2022 en cédant à la pression des événements. Sans interroger le fond de sa décision, la façon dont elle a réagi procède davantage de l’intérêt électoral, à savoir attaquer sur leur terrain les Verts qui la talonnent dans les sondages, que du bien commun.

Sa politique européenne en question

Et que dire de sa gestion de la crise de la dette grecque devenue crise de l’euro par la force des choses. Elle a (pour peu de temps encore) le destin de la monnaie unique entre ses mains. Elle n’est pas seule et partage cette responsabilité avec d’autres. Mais, la semaine dernière, c’est elle seule qui a refusé les demandes pressantes de Paris et Bruxelles pour une réunion au sommet concernant le plan d’aide à la Grèce. Cela l’aide à soigner son image d’intransigeance et lui servira auprès des électeurs en 2013. Mais se parer derrière les vertus de l’austérité budgétaire n’est pas suffisant car les conséquences seront dramatiques.

L’Allemagne ne peut jouer la carte individuelle. Bien que le rééchelonnement brutal de la dette épargnera ses banques, le probable ralentissement économique qui s’ensuivra dans les autres pays affectera à coup sûr notre voisin d’outre-Rhin. D’ailleurs celle qui est surnommée « Madame Non » dans les cercles européens fait désormais l’objet de critiques de la part de ses propres compatriotes. L’allemand Jürgen Stark, chef économiste de la Banque centrale européenne, a même parlé de « discussion stérile » à propos de cette exigence de rééchelonnement. Et si elle imaginait se représenter pour un troisième mandat, il faut croire que les Allemands se sont lassés de ses changements de cap. D’ailleurs seule la moitié d’entre eux considère qu’elle a bien géré la crise actuelle de l’euro[3].

Mme Merkel a donc encore tout à montrer pour prouver que le titre de femme la plus puissante du monde vaut mieux qu’une Une de papier glacé.



[1] Statistiques de l’office allemand des statistiques Destatis, 1,7% en moyenne de 2000 à 2005 et 2,2% de 2006 à 2010

[2] Office fédéral du Travail, en % de la population active

[3] Sondage du 8 juillet 2011 conduit par ARD TV and Infratest

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