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Pap Ndiaye a été nommé ministre de l'Education nationale. Il remplace Jean-Michel Blanquer au sein du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne.
Pap Ndiaye a été nommé ministre de l'Education nationale. Il remplace Jean-Michel Blanquer au sein du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne.
©EMMANUEL DUNAND / AFP

Choix politique

Wokisme à l’Education nationale : Pap Ndiaye, un ministre en non-mixité idéologique

L'historien Pap Ndiaye a été nommé ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse. Son positionnement idéologique sur les questions du wokisme ou des violences policières, par exemple, est à l'exact opposé de celui de son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer.

2eme DB73

2eme DB73

2emeDB73 est passionné par la politique, très attaché à la laïcité et à l'universalisme républicain, il participe au débat politique et citoyen via les réseaux sociaux, qui permettent de toucher un public très vaste et de sensibilités très différentes. Il intervient avec On Vous Voit sur un angle mort, très peu traité médiatiquement, celui de la complaisance de certains politiques avec l'islamisme et l'indigénisme. Il intervient ici sous pseudonyme.

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Atlantico : Elisabeth Borne a choisi le successeur de Jean Michel Blanquer au poste de Ministre de l’Éducation nationale en la personne de Pap Ndiaye, universitaire français. En quoi est-ce une rupture idéologique avec son processeur ?

2ème DB73 : Notons que Pap Ndiaye doit très certainement sa nomination à Emmanuel Macron plus qu’à d’Elisabeth Borne, conformément à la logique de la Ve République.

La rupture idéologique avec son prédécesseur est radicale. Jean-Michel Blanquer incarnait une ligne laïque et républicaine. Il s’est élevé contre l’islamo-gauchisme et la culture woke, qui vient des États-Unis (le terme woke signifiant « éveillé » en anglais et désignant le fait d'être conscient des injustices sociales, en particulier du racisme ; il correspond concrètement à un militantisme radical en faveur du droit des minorités aux méthodes controversées).

L’ancien Ministre de l’Education ne partage pas l’idée qu’il existerait un racisme structurel en France, autrement dit promu volontairement par l’Etat. Il s’est également fermement opposé aux réunions en non-mixité raciale, mode d’action qui interdit aux blancs de participer à des réunions organisées par des minorités pour parler des discriminations qu’elles subissent. Or Pap Ndiaye incarne l’exact contraire : il dénonce un racisme qui serait structurel en France. Il ne croit pas en l’existence de l’islamo-gauchisme. Il est favorable aux réunions en non mixité.

Quels éléments du passé de M. Ndiaye semblent poser problèmes ? Ses prises de positions sur le racisme ou la mixité peuvent-elles étonner ?

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Il incarne un courant de l’extrême-gauche intellectuelle woke qui remet à l’honneur la race, là ou les républicains universalistes cherchaient à l’effacer, en défendant des valeurs communes à tout citoyen quelle que soit sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle etc.

Il a été membre du conseil représentatif des associations noires de France, association à laquelle certains ont reproché d’être communautariste.

Pap Ndiaye s’est montré favorable au déboulonnage de statues.

Ce sont ses études aux États-Unis, pendant lesquelles il a participé à des réunions en non-mixité, qui l’ont conduit à se montrer sensible à ces thèses. Et il est surprenant de voir un intellectuel plaquer une réalité américaine sur la France alors que les différences sont notables.

Ce qui échappe à beaucoup est que cette approche wokerejoint les obsessions de l’extrême-droite pour la race et fragilise la cohésion du pays, en opposant les individus sur la base de communautés censées être antagonistes. La couleur de peau et l’identité l’emportent sur tout le reste, et notamment sur l’individu qui doit faire allégeance à son groupe, quitte à renoncer à son libre arbitre. Avec les excès auxquels cela conduit, comme dans l’affaire Taha Bouhafs : condamner les prises de positions parfois scandaleuses d’un individu devient automatiquement du racisme pour peu que la personne incriminée appartienne à une minorité. Et l’idée qu’il ne faudrait pas dénoncer les violences sexuelles qu’il aurait pu commettre pour ne pas alimenter le racisme s’est répandue, même chez des militantes se disant féministe.

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Quelles conséquences cela pourrait-il avoir sur le ministère de l'Education nationale ?

On peut envisager une attitude très bienveillante de certains syndicats de l’éducation nationale et de nombreux enseignants, notamment ceux perméables aux thèses du wokisme et à une remise à l’honneur de la co-gestion de ce ministère, qui conduit à un partage du pouvoir entre le ministre de l’Education et les syndicats. On peut craindre également une remise en cause de la politique laïque de Jean-Michel Blanquer (déploiement d’une formation des enseignants à la laïcité, mise en place d’un conseil des sages de la laïcité au niveau national et des référents laïcités dans les rectorats). Enfin on peut craindre des initiatives qui viendraient promouvoir au sein de la communauté éducative un discours faisant des institutions républicaines des instruments d’un racisme délibéré.

Macron en le choisissant a-t-il décidé d’offrir un poste aux militants Woke ? Est-ce purement électoraliste ?

Emmanuel Macron poursuit sa politique du « en même temps », qui le conduit depuis l’origine a donner des gages à des courants de pensée très opposés. Il a déjà flatté l’extrême-gauche woke, pour s’attirer les bonnes grâces de la jeunesse, très sensible à ces idées (le Président est notamment très proche de l’humoriste controversé Yassine Belattar, il a confié une mission à l’historien indigéniste Pascal Blanchard pour célébrer les personnalités issues de la diversité, il avait désigné Rokhaya Diallo « égérie » du wokisme francais au Conseil national du numérique avant de revenir sur sa décision suite au tollé provoqué). Et dans le même temps, il cherche à flatter les laïques et les universalistes républicains, comme lorsqu’il a nommé Jean Michel Blanquer puis Marlène Schiappa au sein de son gouvernement, et plus récemment quand il a obtenu le ralliement à sa candidature du Printemps Républicain, mouvement politique qui défend la laïcité et l’universalisme républicain. La ligne laïque du gouvernement se voit ici grandement fragilisée par le départ de Blanquer et Schiappa. À l’inverse, de multiples signaux sont envoyés à la gauche radicale, dont cette nomination de Ndiaye, la seule accueillie favorablement par Mélenchon. Cette stratégie, effectivement électoraliste, interroge en termes de cohérence, de structuration idéologique, mais aussi d’efficacité. Combien d’électeurs mélenchonistes vont voter pour un candidat LREM aux législatives de juin prochain parce qu’Emmanuel Macron a nommé un militant woke dans un gouvernement qui penche plutôt à droite ?

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