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Voyage dans une secte catholique d’extrême-droite en Espagne
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THE DAILY BEAST

Voyage dans une secte catholique d’extrême-droite en Espagne

Son ex-leader dit que cette église crypto-fasciste (qui avait sanctifié Franco) n’avait d’autre but que d’apporter du sexe et de l’argent à ses animateurs.

Ixtu Diaz

Ixtu Diaz

Ixtu Diaz est journaliste pour The Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast. Auteur Ixtu Diaz

Elle s'appelait Nieves, et lui, Gregorio. Ils sont tombés amoureux dans la très romantique Andalousie. Elle pensait à lui, dit-on, depuis leur adolescence, et elle était novice dans un couvent. Maintenant elle a 56 ans, et peut avouer en public leur mutuelle adoration. Cela pourrait être l’une de ces belles histoires d’amour comme on en voit à la télévision, rien de plus, si Nieves n’avait été mêlée à certains scandales entourant l'église palmarienne, et si Gregorio n’était pas Gregorio XVIII, considéré par les quelques milliers de membres de cette secte schismatique comme le vrai pape catholique.

Depuis mai, il a été remplacé par un nouveau "pape", Pierre III, dans le prétendu "Vatican espagnol", parce que Gregoire XVIII "a perdu sa foi" et s’est enfui avec Nieves. Elle aurait découvert des complots contre lui selon diverses sources. Ensuite, ayant tout quitté, Nieves a décidé de raconter tout ce qu’elle sait (et elle en sait beaucoup) sur cette secte et les millions de dollars de dons qu’elle a reçus chaque année.

Si vous n’en aviez jamais entendu parler, vous êtes pardonnés.

L’ex-pape Gregoire XVIII, maintenant appellé Gines Jesus Hernandez, déclare à la presse que "depuis le début", quand l’église a été fondée en 1974, "tout était une farce" qui n’avait pour but que de satisfaire ses leaders financièrement et sexuellement.

Cela a bien sûr été un choc pour les 5 000 fidèles de ce culte secret, qui étaient accoutumés à entendre Grégoire tenir des discours enflammés contre les communistes, les francs-maçons, le Concile Vatican II, etc., "qui dirigent le monde". Selon lui, l’Antéchrist était parmi nous : "Prière et pénitence, prière et pénitence, obéissance à la hiérarchie", demandait-il. Il était porté sur les épaules des croyants, dans un trône papal au milieu de nuages d’encens, accompagné de musique d’orgue, dans leur cathédrale de Palmar, tout en demandant à ses fidèles d’être humbles.

El Palmar est une petite ville du sud de l’Espagne, située à environ 50 km de Séville. Elle compte 2 400 habitants, et personne n’en a vraiment entendu parler avant les années 1960, lorsque quatre adolescents ont dit avoir vu la Vierge Marie leur apparaître. Des dizaines de visionnaires se sont manifestés, en essayant de s’enrichir grâce à des visions que l’Eglise catholique de Rome n’a jamais reconnues.

L’un des visionnaires était Clemente Dominguez, qui déclara en 1969 avoir vu la Vierge à Palmar de Troya. Il s’y est installé, et avec son ami Manuel Alonso, a célébré des rites au cours desquels ils transportaient un portrait de Jésus qu’ils appelaient la Sainte Face, tout en tombant en transe. En 1970, l’Eglise de Rome dénonça publiquement les mensonges de Dominguez, ses pseudo-visions, et les stigmates qui seraient apparus miraculeusement sur son corps.

Mais Dominguez n’en a pas moins fondé son propre ordre religieux sans rompre avec Rome. Un archevêque vietnamien l’a même consacré évêque en 1976. La même année, Dominguez perd la vue dans un accident de voiture, et continue à dire qu’il a des visions.

En 1978, Dominguez apprend la mort du pape Paul VI en Colombie où il est en voyage. Il rentre à Séville, et se proclame pape sous le nom de Grégoire XVII, ajoutant que son église est la seule vraie. Il ordonne à ses fidèles de ne pas porter de jeans, de ne pas regarder la télévision, de ne pas lire de journaux, tout en n'ayant aucun contact avec les anciens membres de son église. Le non-respect de ces régles entraînait l’excommunication de cette petite église.

Mais c’est cette église palmarienne qui est finalement excommuniée par Rome.

On peut se demander d’où vient ce pape auto-proclamé.

Dans les années 1980, l’église palmarienne a fait la Une de la presse en Espagne avec une histoire de bandeau-calice qui aurait endommagé ses yeux, avant que ses visions n'atteignent un sommet.

L’église de Dominguez est anti-marxiste, et anti-maçonnique. Elle a canonisé le défunt dictateur Francisco Franco, ainsi que Christophe Colomb. Des millions de dollars de dons sont arrivés, avec des fidèles, moines et autres bonnes sœurs de cette église, ce qui a permis de construire une basilique à Palmar de Troya.

Si c’est une comédie, elle a été couronnée par la fuite du pape Gregoire XVIII avec sa bien-aimée.

Plusieurs anciens membres de la secte disent avoir été séparés de leur famille, ou avoir été jetés hors de chez eux. Tous témoignent que l’aspect le plus dur de la secte était la manière dont les enfants étaient élevés, avec une interdiction de parler aux autres écoliers s’ils n’étaient pas membres de la secte.

Personne ne savait ce qui se passait dans la basilique d’El Palmar. Seuls les membres étaient autorisés à y entrer.

"Les jeunes, quand ils en sortent, sont complètement perdus, avec des problèmes d’identité, et une peur panique de Satan", a déclaré au quotidien El Pais le psychologue Miguel Perlado, qui a soigné sept anciens membres.

Au cours des dernières années, des accusations de blanchiment d’argent sale et de prélèvement de taxes sont devenues un gros problème pour cette secte, ce qui a provoqué des schismes. Des luttes internes pour le pouvoir ont éclaté lorsque l’ex-pape Grégoire XVIII a, tout d’un coup, perdu la foi.

Ce n’est pas pour rien qu’il a envoyé une lettre à la direction de la secte quand il l’a quittée, pour prévenir : "Tant qu’ils ne s’en prennent pas à moi, je ne parlerai pas de Palmar".

Mais finalement, il n’a pas attendu et s’est lancé dans un combat contre les dirigeants actuels et passés, alors que beaucoup d’argent sont en jeu.

Les membres les plus aisés de la secte ne sont pas de Palmar, mais des Etats-Unis, de Suisse ou d’Allemagne, c’est leur soutien qui a donné du pouvoir à cette église. Cela n’a pas empêché les scandales, les accusations de privation de liberté, les confessions d’abus sexuels par l’ancien pape, et toutes les annonces prophétiques qui ne se sont jamais concrétisées.

Personne n’a jamais vu l’Antéchrist qui devait arriver sur terre en 2012. Mais cela n’empêche pas certains fidèles de continuer à croire en cette secte. Une seule chose a changé. Depuis cet été, leur ancien pape Gregoire XVIII n’est plus des leurs.

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