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Vote blanc : un taux historique de rejet manifesté par des électeurs qui auraient pu changer le résultat du scrutin
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La troisième voie

Vote blanc : un taux historique de rejet manifesté par des électeurs qui auraient pu changer le résultat du scrutin

5,80% : c'est la part des votes blancs ou nuls lors du second tour de la présidentielle. Un chiffre multiplié par trois entre le premier tour et le vote de ce dimanche.

Didier Maus

Didier Maus

Didier Maus est Président émérite de l’association française de droit constitutionnel et ancien maire de Samois-sur-Seine (2014-2020).

 

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Atlantico : Le nombre des votes blancs et nuls a été particulièrement élevé lors du scrutin de ce dimanche. A-t-on déjà vu un tel chiffre ?

Didier Maus : Le chiffre définitif des blancs et nuls est de 5,80%, ce qui est considérable. Il a été multiplié par trois entre les deux tours. Cela a évidemment une signification politique. Les électeurs qui se sont déplacé pour voter blanc (les "nuls" sont très rares) ont clairement dit qu'ils refusaient François Hollande et Nicolas Sarkozy, mais qu'ils voulaient participer à la vie démocratique du pays. Entre les 2 tours il y  a eu 432 000 votants de plus et 1 014 000 suffrages exprimés de moins.C'est un résultat tout-à-fait inhabituel. 

Le fait d'avoir été élu par seulement 48,6% des votants, soit moins de la moitié, est-il une situation inédite dans l'histoire de la 5ème République ?

Ce résultat n'a strictement aucune conséquence ni juridique, ni, à mon avis, politique. Il y a quand même 18 000 000 de suffrages positifs en faveur de François Hollande. C'est donc une vraie légitimité politique, tant vis à vis des Français que vis à vis de la Gauche. Personne ne peut soutenir que François Hollande a été mal élu. Son résultat n'est pas un raz de marée, mais il est dans une très classique moyenne.

Il est, par contre intéressant de remarquer que l'écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, 1 131 000 suffrages, est inférieur à l'augmentation des votes blancs et nuls, 1 446 000. Si les refus de voter Sarkozy s'étaient transformés en vote en sa faveur, le résultat final aurait pu être différent, mais il s'agit d'une vue abstraite.

Que peut-on voir derrière l'importance du vote blanc : s'agit-il d'un rejet des deux candidats ? Peut-on y voir aussi un ralliement des électeurs FN à la consigne de Marine Le Pen ? 

Il est impossible de sonder les coeurs des 2 147 000 électeurs qui ont voté blancs ou nuls. Il est probable qu'il y a d'abord les blancs et nuls du premier tour (701 000), des électeurs qui sont d'éternels insatisfaits des choix offerts.

On trouve ensuite évidemment une proportion importante des électeurs de Marine Le Pen qui n'ont pas voulu se rallier à Nicolas Sarkozy et, encore moins, voter en faveur de François Hollande. Il y a enfin des électeurs centristes soit qu'ils n'aient pas voulu suivre le choix de François Bayrou en faveur de François Hollande, soit qu'ils aient refusé de voter Nicolas Sarkozy à cause du durcissement de la campagne de ce dernier pour le second tour. Il n'est pas certain que les études d'opinion nous permettent de bien quantifier ces trois groupes. Cela serait néanmoins utile pour la préparation des élections législatives. Le départ de Nicolas Sarkozy de la scène politique peut conduire des électeurs à renouer avec un vote positif, notamment en faveur de l'UMP ou des centristes.

La part des votes blancs pourrait-elle être encore plus élevée si le vote blanc était officiellement décompté ?

C'est improbable. Il y a une vraie conscience de vote blanc chez ceux qui se sont déplacés vers un bureau de vote pour glisser dans l'urne un bulletin "perdu". Pour ma part je considère qu'il faut conserver au vote blanc son caractère de protestation politique, mais ne pas le prendre en compte dans le calcul d'une majorité. Participer est un vrai acte de civisme. C'est l'essentiel.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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