Voilà pourquoi le boom de la demande de lithium ne nous mène pas forcément à la pénurie  | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Une photo prise le 12 mars 2021 montre des travailleurs d'une usine qui fabrique des batteries au lithium pour les voitures électriques et d'autres usages, à Nanjing, en Chine.
Une photo prise le 12 mars 2021 montre des travailleurs d'une usine qui fabrique des batteries au lithium pour les voitures électriques et d'autres usages, à Nanjing, en Chine.
©RST / AFP

Matières premières

Voilà pourquoi le boom de la demande de lithium ne nous mène pas forcément à la pénurie 

A l’image de ce qui s’est passé sur le marché du pétrole, la demande de lithium alimentée par l’envolée des voitures électriques devrait pousser à des investissements massifs sur la recherche et l’extraction de ce métal alcalin dont les ressources connues actuelles sont limitées.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

Voir la bio »

Atlantico : Aujourd’hui, la plupart des batteries de nos véhicules électriques, smartphones, ou ordinateurs portables sont composés de lithium et avec l’explosion des ventes, on craint qu’une pénurie de minerai vienne ralentir la transition énergétique et la production. Quel est l’état actuel de nos réserves de lithium ? Pouvons-nous établir un parallèle entre la situation actuelle du lithium et celle du pétrole il y a de nombreuses années ?

Jean-Pierre Favennec : Les réserves de lithium sont estimées à 21 millions de tonnes (contre 13 il y a une dizaine d'années). La consommation est de l'ordre de 80 000 tonnes par ans, en grande partie pour la fabrication des batteries des véhicules électriques.

Les prévisions de développement du parc de véhicules électriques sont donc fondamentales pour prévoir la demande de lithium. Selon les scénarios (hausse modérée ou importante des températures, politiques menées par les Etats), le parc de véhicules électriques (sans doute "purs " véhicules électriques, vu les réticences face aux hybrides) pourrait représenter entre 30 et 50 % du parc total de véhicules en 2050. Ceci laisse d'ailleurs un parc de véhicules thermiques très important au moins jusqu'en 2040

Selon les experts, les réserves de lithium devraient permettre de faire face sans difficultés majeures aux besoins. Ces réserves sont concentrées en Amérique du Sud (le fameux triangle Bolivie, Argentine et Chili mais des ressources importantes existent également aux Etats Unis en Australie, en République Démocratique du Congo, en Allemagne, au Canada au Mexique et en Chine 

La situation du lithium et cette du pétrole ne sont pas comparables. Certes les deux produits sont fondamentaux, le pétrole pour fournir les carburants nécessaires à nos voitures, à nos camions, aux avions, voire aux navires, le lithium pour permettre la fabrication des batteries nécessaire aux voitures électriques. Mais la consommation de pétrole est de l’ordre de 5 milliards de tonnes par an, celle de lithium de moins de 100 000 tonnes actuellement. Les craintes de pénurie de pétrole – en général très exagérées – sont apparues à plusieurs reprises au XXème et au début du XXI ème siècle mais font désormais partie de l’histoire. On peut remarquer que les réserves de lithium sont mieux réparties sur l’ensemble de la planète que les réserves de pétrole, et l’on peut imaginer – sans aucune certitude – des révolutions technologiques qui limiteraient les besoins en lithium

À Lire Aussi

Voilà pourquoi la transition énergétique devrait d’abord nous faire passer par la case bulle sur les prix des matières premières comme sur celui des énergies fossiles

En 2016, les analystes de Citigroup spéculaient sur l'effet transformateur de la demande de lithium si, en 2020, les ventes de véhicules électriques à batterie atteignaient 1 million. Il s'est avéré que plus de 2 millions ont été vendus cette année-là - et près de 5 millions en 2021, sans compter les hybrides rechargeables. Allons-nous trop vite dans le remplacement des énergies fossiles par des énergies plus propres ? Avons nous préparé les chaînes d’approvisionnement en lithium ?

La progression des parcs de véhicules électriques est impressionnante et dépasse sans doute les prévisions faites il y a quelques années. Cependant ces véhicules restent très chers et ne sont vendus que grâce à des subventions importantes des Etats et … un prix de l’électricité beaucoup moins taxé que les carburants pétroliers sur les principaux marchés où ils sont vendus. Les experts ne sont pas inquiets sur la disponibilité du lithium. La concentration de la production de ce métal en Chine est surtout due au refus de nombre de pays de mettre en œuvre l’extraction du métal à partir de saumures ou de roches, très polluante, sur leur sol. Nécessité pourrait faire loi et amener les pays les plus développés à rapatrier une partie de la production de lithium sur leur sol, ce qui permettrait peut être des progrès en matière de réduction de la pollution associée à la production.

Alors que les prix du lithium sont devenus de plus en plus volatils ces dernières années, ils viennent de battre un record et le risque politique semble également augmenter dans les pays exportateurs de lithium. Pensez-vous que la situation irait à se stabiliser ou empirer dans les années à venir ? Découvrirons-nous de nouveaux gisements ?

À Lire Aussi

2/3 des missions militaires de l’UE sont utilisés pour sécuriser l’accès aux énergies fossiles : radioscopie de la dernière manip’ de Greenpeace

Le prix du Lithium en janvier 2022 approche 45000 dollars par kilo contre environ 6000 dollars il y a un an. On remarquera que entre 2015 et 20218 le prix du lithium était passé de 6000 à 24000 dollars avant de tomber à des prix très bas en 2019, du fait d’une demande plus faible que prévue

Les prix sont donc repartis à la hausse et les prévisions dans ce domaine sont très difficiles

Les prix du lithium ne sont pas transparents. « Le marché du lithium est contrôlé par un nombre très restreint de grosses multinationales – les 5 majors – ayant intégré l’ensemble de la chaîne de valeur du lithium, depuis la production minière jusqu’à la production de composés chimiques (produits transformés à haute valeur ajoutée). 

Parmi ces cinq acteurs, on trouve les trois producteurs historiques que sont la société chilienne SQM (Sociedad Química y Minera de Chile), les entreprises américaines Livent (ex-FMC Corp) et Albemarle Corp. Les deux autres membres de ce « club des cinq » sont les deux entreprises chinoises Tianqi Lithium et Jiangxi Ganfeng Lithium » (Source : IFP EN)

Les disponibilités en lithium ne sont pas un problème mais la concentrations des réserves dans un nombre limité de pays (triangle sud-américain par exemple), la concentration de la production (l’Australie  est un très gros producteur) , la concentration du traitement et de la fabrication du lithium proprement dits (la Chine contrôle plus  de 50 % de la production de ce métal et produit plus de 60 % des batteries lithium-ion)  peuvent être autant de préoccupations.

On conservera également à, l’esprit le caractère très polluant de la production de lithium : émissions de CO2 et surtout utilisation de quantités massives d’eau.

À Lire Aussi

Le gaz circule de l’Allemagne vers la Pologne via le gazoduc Yamal pour le 13e jour consécutif et voilà ce que ça révèle de la crise énergétique européenne 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !