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Les maladies chroniques dans les pays riches sont difficiles à prendre en charge.
Les maladies chroniques dans les pays riches sont difficiles à prendre en charge.
©Reuters

Mal moderne

Vivre plus longtemps mais moins bien : l'épidémie de maladies chroniques dans les pays riches

L’action publique s’est historiquement développée contre la première cause de mortalité jusqu’au milieu du XXème siècle : les maladies infectieuses. Elles ne représentent plus aujourd’hui que 2% des causes de mortalité en France, même si le sida et la maladie de la vache folle nous rappellent à la vigilance.

Gérard Dubois

Gérard Dubois

Gérard Dubois est membre de l’Académie nationale de médecine, où il occupe la fonction de président de la Commission Addictions. Il est le co-auteur du rapport des "Cinq sages" au ministre des Affaires sociales sur la Santé Publique à l'origine de la loi Evin.

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Aujourd’hui, la santé publique n’est pas sans paradoxes. Si tout un chacun peut citer l’auteur de la première transplantation cardiaque (Christian Barnard), peu connaissent le nom de celui qui a permis d’éradiquer la variole (Donald Henderson). Donc, peu de notoriété à attendre en cas de succès en santé publique. Par contre si l’erreur du clinicien tue à l’unité, l’erreur en santé publique chiffre douloureusement (les morts subites du nourrisson dues à la position ventrale ont fait 600 morts par an jusqu’à ce que l’on se ravise en 1994). L’espérance de vie des Français n’a jamais été aussi élevée, mais les Français craignent de plus en plus leur environnement et 70% négligent les causes des maladies chroniques, dites maladies non transmissibles ou MNT, le tout dans une ambiance de défiance. Il est cependant nécessaire de regarder la réalité en face. En 2008, sur les 57 millions de décès dans le monde, 36 (environ 2/3) étaient dus aux MNT. Ce sont 8 décès par MNT sur 10, donc environ la moitié de la totalité des décès dans le monde, qui sont dus aux quatre premières d’entre elles : les maladies cardiovasculaires (17 millions), les cancers (7,6 millions), les maladies respiratoires chroniques (4,2 millions) et le diabète (1,3 million). Les décès par MNT ne sont plus réservés aux pays développés car 8 sur 10 surviennent dans les pays à niveau de vie bas ou moyen.

Ces MNT ont fait l’objet d’une réunion de haut niveau de l’ONU les 19 et 20 septembre 2011 à New York. Les organisations professionnelles internationales correspondant à ces maladies y ont attiré l’attention internationale non pas sur les classiques augmentations de moyens, de personnel et de recherche, mais sur les causes de ces maladies : le tabac (6 millions de décès), l’inactivité physique (3,2 millions), l’alimentation riche en sucre et graisse (1,7 million) et l’alcool (1,15 million).  Il s’agit d’un véritable changement de paradigme au sens propre du terme car cette nouvelle orientation vient des cliniciens eux-mêmes. L’OMS travaille dorénavant activement sur un programme contre les MNT et dès 2014 le statut des modalités d’action devraient être établies. Un objectif de réduction de 25% du risque de mortalité prématurée par maladies cardiovasculaires, cancers, diabète et maladies respiratoires chroniques pourrait être adopté, ainsi qu’une réduction de 10% de la consommation d’alcool, de 30% du tabac... Il est remarquable que cette révolution ait si peu d’écho en France où l’on semble obnubilé par les inégalités sociales, constat indiscutable, objectif respectable mais sans caractère opérationnel.

Il faut  remarquer que les causes principales des MNT sont surtout des produits industriels (tabac, alcool, aliments transformés), donc fabriqués, promus et vendus par l’homme, d’où la notion de pandémies industrielles. On pourrait y ajouter les accidents de transport (industrie automobile). Les causes de MNT se caractérisent par des marchés mondiaux, des intérêts économiques et financiers puissants qui peuvent peser par leur capacité publicitaire et de promotion, leurs pratiques intenses de lobbying, voire d’intimidation. Les mesures de santé publiques doivent alors souvent être prises dans un contexte contraire, voire hostile. Il devient donc nécessaire de recourir au débat public, à la prise à témoin du public et au recours à son opinion. Il en résulte que la santé publique moderne demande à allier des modalités d’action scientifiques, économiques, médiatiques, juridiques, politiques et diplomatiques. Elles sont bien différentes de l’action de santé publique face aux maladies infectieuses, ce qui explique une évolution laborieuse des modalités de décision et de gestion des pouvoirs publics.

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