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Violences sexuelles : les imperfections de la justice révoltent parfois, les lynchages médiatiques toujours
©BERTRAND GUAY / AFP

Un soir près de la salle Pleyel

Violences sexuelles : les imperfections de la justice révoltent parfois, les lynchages médiatiques toujours

Et c’est un homme ayant lui-même été confronté à la violence de la machine judiciaire et à ses emballements politiques qui l’écrit.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Alors que cette semaine je sors un livre qu’il m’a été très difficile d’écrire sur la prison et donc la justice des hommes ,voici qu’une fête du cinéma près de chez moi, salle Pleyel, donne lieu à une manifestation de femmes avec fumigènes et vociférations dignes d’une scène des « Sorcières de Salem », film mythique qui rassemblait Simone Signoret, Mylène Demongeot et Yves Montand (1957). 

C’était en 1967 et Roman Polanski sortait cette magnifique parodie des films de vampires , « le bal des vampires » avec la belle Sharon Tate . Cinéaste lumineux, imaginatif, Roman Polanski a marqué le cinéma mondial par la suite, malgré la mort horrible en 1969de sa femme Sharon enceinte de huit mois, avec Rosemary’s baby, Chinatown, Le Pianiste… et tout dernièrement « J’accuse » un film historique à portée contemporaine tant l’antisémitisme renait encore de ses cendres. 

C’est contre lui que cette manifestation avait été organisée, troublant encore un quartier qui en a vu d’autres, en particulier les gilets jaunes pendant des chapelets de samedis. Autant dire que complètement blasés nous avons rapidement mesuré le caractère ridicule du cortège très « genré ». 

La justice des hommes est imparfaite, je l’écris et le dis depuis plus de quinze ans, faut-il la remplacer par les lynchages médiatiques et les manifestations haineuses, doit-on laisser se propager l’idée que les chasses à l’homme doivent reprendre puisque les institutions sont insuffisantes pour …quoi faire : punir ? neutraliser ? protéger la population ? 

Que voulaient finalement toutes ces femmes défilant dans la rue ? Demander à une instance irresponsable, à savoir une association de 4000 professionnels du cinéma, de proclamer la mort civile d’un artiste, symbole pour elles du mauvais traitement des hommes à l’égard des femmes, en l’absence de la peine de mort qui existait du temps des « Sorcières de Salem » ! Oublié l’artiste, oubliées les œuvres, oubliée la femme, oubliés  les enfants, oubliée la famille : il fallait refaire « Que la bête meure » autre film culte de Claude Chabrol (1969) avec le sublime Jean Yanne. 

Je n’aime pas les prétoires, tout le monde l’a compris, surtout quand les émotions s’expriment au détriment des faits, lorsque l’on n’essaie pas de comprendre la complexité des hommes et des femmes qui sont jetés en pâture à l’opinion publique. Qui êtes-vous donc pour décider de la mort d’un homme faisait remarquer Robert Badinter en plaidant la fin de la peine capitale . et qui êtes-vous donc aujourd’hui pour réclamer la mort civile de quelqu’un qui n’est plus poursuivi par la justice, que sa « victime », Samantha Geimer, a pardonné , elle qui vient encore de réaliser un grand interview en demandant à toutes et à tous d’arrêter de parler pour elle. Si imparfaite soit-elle l’organisation judiciaire n’est -elle pas préférable à ces torrents de haine personnelle, n’y a-t-il pas d’autres combats plus dignes que celui des vindictes personnelles ? 

Ai-je tort ? Je n’aime pas la tournure prise par notre époque. Je demande à chacun de réfléchir à ce qui nous arrive, je le fais aujourd’hui sur la prison, je continuerai demain sur l’industrie et la production en général, y compris artistique. Vous n’aimez pas, vous méprisez, vous haïssez la personnalité et le passé de ceux qui produisent ? C’est votre droit . Le mien est de préférer l’amour à la haine . Que des millions de personnes aillent voir « j’accuse » , qu’ils méditent cette page de notre histoire française pour aider à bâtir un avenir meilleur.

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