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©JIM WATSON / AFP

Le point de vue de Dov Zerah

Vers une réélection triomphale de Trump ?

Alors que les démocrates sont mobilisés dans la course pour les primaires, le président américain Donald Trump est focalisé sur ses objectifs et sa campagne en vue de sa réélection.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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La semaine dernière, le Président Donald Trump a eu une victoire importante, avec le classement sans suite de la procédure d’impeachment. Cette bonne nouvelle est intervenue alors que les primaires des démocrates commençaient mal tant par les difficultés informatiques que par le résultat négatif de Joe Biden, l’opposant considéré comme le plus dangereux pour Donald Trump.

Ces deux épisodes faisaient suite à la présentation du discours sur « l’État de l’Union ». Ce fut pour le Président l’occasion de vanter son bilan, « un bilan exceptionnel qui a remis l’Amérique au sommet, et il promet un nouveau mandat encore plus exceptionnel ! »

Au lieu de discourir sur Mme Nancy Pelosi déchirant les feuilles du discours du Président, essayons d’analyser le bilan de Donald Trump.

Au premier rang des succès du Président se situe la situation économique.

Depuis la baisse du PIB en 2009 de plus de 2 %, consécutive à la crise des subprimes, l’économie américaine connait une exceptionnelle période de croissance, de 3 à 4 % de 2010 à 2016.

Par des baisses d’impôt exceptionnelles, de nombreuses déréglementations, Donald Trump a réussi à prolonger ce mouvement, 2,2 % en 2017, 2,9 % en 2018, 2,3 % en 2019, et les prévisionnistes tablent sur 2 % en 2020 et 1,7 % en 2021, et le PIB dépasse les 21 500 Md$, d’un tiers supérieur au PIB chinois.

Régulièrement se pose la question de savoir quand ce cycle prendra fin. Jamais, l’économie américaine n’a connu une période si longue de de croissance, de près de 11 ans.

Le taux de chômage est au plus bas depuis 1965, avec 3,5 %.  Certains n’hésitent pas à relativiser ce résultat en l’imputant en partie à Barack Obama, ou en insistant sur le fait que les Américains renonceraient, pour diverse raisons, à chercher du travail.

Le taux d’inflation est en deçà de l’objectif cible de la banque centrale américaine, ce qui permet à son président Jérôme Powell de suspendre le mouvement de sortie de la politique d’assouplissement monétaire, également dénommé « quantitative easing », et de hausse des taux d’intérêt. Cette situation permet de justifier la stratégie indépendamment des fortes pressions de Donald TRUMP.

Au-delà de ses indéniables résultats, le Président américain passe sous silence les déficits jumeaux, le déficit public et le déficit du commerce extérieur, ainsi que l’augmentation régulière de la dette publique. Il est grand temps que les Etats-Unis arrêtent de vivre au-dessus de leurs moyens, de vivre à crédit, et trouvent les remèdes pour corriger ces déficits systémiques.

Le déficit extérieur, récurrent depuis 40 ans, est principalement concentré sur la Chine pour près de 350 Md$, le Japon pour un peu moins de 70 Md$, l’Allemagne et le Mexique pour un peu plus de 60 Md$ chacun. Cette situation explique la volonté du Président américain de remettre en cause les accords de libre-échange.

Les guerres commerciales lancées par Donald Trump ont peut-être créé des inquiétudes. Néanmoins, au regard des chiffres américains, elles ne semblent pas affecté les opérateurs américains. Donald TRUMP a remporté un vrai succès avec l’accord avec le Canada et le Mexique qui protège mieux les droits des travailleurs et devrait diminuer les délocalisations ; au-delà du contenu, le Président a eu la satisfaction d’avoir le soutien des Démocrates au Congrès. Quant à l’accord avec la Chine, il est encore trop tôt pour se prononcer. Il en est de même pour les autres sujets internationaux.

Tout en bousculant les règles du libre-échange, Donald Trump a sorti les États-Unis de l’Accord de Paris sur la lutte contre le changement climatique, a attaqué les règles de la gouvernance internationale, n’a pas hésité à critiquer ses alliés européens, a déstabilisé l’Alliance atlantique… Le gain ne parait pas évident.

Avec la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump a ouvert la boite de Pandore. Il n’a pas réagi lorsque les Iraniens ont abattu un drone américain ou détruit la moitié de la capacité pétrolière saoudienne, mais a failli déclencher la guerre en faisant abattre la général Soleimani.

Sa volonté de respecter sa promesse de faire rentrer tous les boys, il a

  • Abandonné les Kurdes, et laissé la Syrie à la Russie et à la Turquie
  • Laissé ses deux pays s’implanter en Libye
  • Cherché un accord avec les Talibans pour se désengager d’Afghanistan

Le désengagement de la République impériale après soixante-dix ans d’omni présence ne s’effectue pas dans les meilleures conditions, car Donald Trump veut aller trop vite sans organiser des transitions.

Que dire de la Corée du Nord ? Après avoir échangé avec le dictateur nord-coréen des noms d’oiseau et autres amabilités, les deux Présidents ont fait, au cours de plusieurs rencontres, assaut d’amabilités. Á ce stade, aucun résultat n’a été obtenu.

Donald Trump a aussi remis en cause le processus de normalisation avec Cuba, et le blocage est total.

Quant au « deal du siècle », l’accueil réservé par les Palestiniens ne promet rien de positif, même si, pour la première fois depuis près de 80 ans, de nombreux pays arabes sont prêts au compromis historique.

Tant son bilan économique est indiscutable, tant Donald Trump devra encore attendre quatre ans pour recueillir les fruits de sa politique étrangère. Il lui reste à se faire réélire.

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