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Plus proche de ses ennemis

Quand Iran et Irak s'unissent face au danger salafiste : retour sur la signature surprise d'un contrat d'armement

Selon Reuters, le gouvernement irakien se serait procuré des armes auprès de Téhéran, pourtant interdit d'exportations d'armes par l'ONU.

L’annonce, par Reuters, de la signature de plusieurs contrats d’armements entre l’Irak et l’Iran, pour un montant de 200 millions de dollars, a pris de court la totalité des observateurs. Outre le fait que ces contrats prévoient la fourniture par l’Iran à Bagdad d’équipements plus ou moins sophistiqués de fabrication iranienne, ces ventes d’armes méritent d’être soulignées à plus d’un titre.


D’abord parce que, techniquement, si on devait s’en tenir au texte de la résolution 1747 du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’achat d’armes auprès de l’Iran est interdit. Le fait que malgré cette interdiction de principe, le gouvernement irakien, allié américain, ait éprouvé le besoin de passer outre, est remarquable. La signature de ces contrats traduit la perception dans l’esprit des dirigeants irakiens du danger que représentent les salafistes au lendemain de leur occupation de Falouja, ville irakienne de triste renommée. Alors que des lenteurs dans la livraison d’armes américaines vers Bagdad commencent à se manifester, le choix de l’option iranienne est sans conteste un avertissement irakien à Washington.
Ensuite, politiquement, que l’Irak achète des armes auprès de l’Iran chiite à un moment où l’armée irakienne mène des combats dans la province de l’Anbar pour lutter contre une guerre civile sunnite naissante est remplie de symbolisme. En effet, les fusils irakiens, aujourd’hui d’origine iranienne, sont tournés maintenant vers les arabes sunnites ! Que de chemin parcouru depuis l’enclenchement de la guerre Iran-Irak sous Saddam Hussein dans les années 80 avec son million de morts des deux côtés.


En effet, ces deux pays sont passés en un laps de temps record du statut d’ennemis héréditaires en alliés objectifs. Il est vrai qu’entre temps est intervenue, en 2003, la guerre menée par George W. Bush contre le pouvoir sunnite de Saddam Hussein en place à Bagdad. La conséquence de ce projet de "Nouveau Moyen-Orient" édicté par la Maison Blanche de l’époque fut d’amener au pouvoir la majorité chiite dont les principaux ténors avaient trouvé refuge en Iran pendant le règne de plomb du parti Ba’as. Comme s’il ne suffisait pas que des Chiites occupent les sièges de pouvoir dans les deux capitales, anciennement ennemies, l’irruption de la guerre civile syrienne avec ses débordements en Irak a fait en sorte de finir de sceller les liens entre ces deux pays.
Que l’on se le dise, les Chiites aussi bien irakiens qu’iraniens ou encore syriens vivent dans le traumatisme de l’irruption du salafisme. En Syrie et en Irak, c’est le cas puisque ce danger s’est d’ores et déjà matérialisé. Alors que tout sépare un Irakien d’un Iranien ou d’un Alawite syrien, in fine, dans le regard haineux des salafistes, ils se sont retrouvés unis dans le chiisme. C’est pourquoi aussi bien le Hezbollah libanais que les Brigades Al-Qods irakiennes se battent aux côtés des Alaouites syriens. C’est pour cette raison aussi que contre vents et marées Bagdad est disposé à entrainer le courroux des Américains en achetant des armes auprès de Téhéran.

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