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Union de la gauche ou social-libéralisme musclé pour François Hollande ?
Union de la gauche ou social-libéralisme musclé pour François Hollande ?
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Union de la gauche ou social-libéralisme musclé : mais pourquoi François Hollande ferait-il un choix clair pour la première fois de sa vie politique ?

A l'issue des résultats des régionales, il restera un an et demi à François Hollande avant l'élection présidentielle. Mais à choisir entre les deux lignes politiques qu'il pourrait suivre, l'actuel locataire de l'Elysée pourrait tout aussi bien continuer à construire ce qu'il a commencé en 2012 : une position floue.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Dans la perspective de l’après régionale et à horizon de la présidentielle de 2017, François Hollande se trouve confronté à un choix entre deux lignes politiques, social-libéralisme et rassemblement de la gauche. Quels pourraient être les raisons de la mise en œuvre de l'une ou l'autre des deux stratégies ?

Christophe Bouillaud : Il me semble qu’il faut tout de même attendre les résultats des régionales pour voir se dessiner l’une ou l’autre stratégie. Ils seront d’évidence  à en croire les sondages et les précédentes élections intermédiaires très mauvais, mais seront-ils catastrophiques ? Le Front national aura-t-il réussi à conquérir des régions ? Si oui, lesquelles ou laquelle ? Quelles dynamiques observera-t-on à gauche, à la fois du point de vue électoral et du point de vue des alliances ? C’est sans doute au regard de ces résultats que F. Hollande choisira de changer ou non de stratégie. En effet, en pratique, il a choisi depuis 2012, et surtout depuis début 2014, avec le "Pacte de responsabilité", la ligne du social-libéralisme, le "socialisme de l’offre", dans laquelle ni le PCF, ni EELV, ni bien sûr le PG ou les autres composantes du Front de gauche, ni même les "frondeurs" du PS ne se reconnaissent. Peut-il réellement changer de ligne dans la dernière ligne droite de sa Présidence ? J’en doute quelque peu. Les dernières décisions en date ne vont pas en effet dans ce sens, comme cette décision européenne approuvé par la France sur les normes de pollution automobile qui ne peuvent que vexer encore plus les écologistes dans leurs convictions.

La base militante des différents partis de gauche en dehors du PS lui-même ne sont pas prêts non plus à croire à un tel revirement : il faudrait que F. Hollande donne de très solides gages de changement de ligne pour être crédible auprès de ces militants de gauche hors PS et au-delà auprès des électeurs de gauche qu’il a déçus depuis 2012. Aucun pouvoir de gauche depuis les années 1920 ne s’est d’ailleurs gauchisé dans la fin de son mandat… Le "hollandisme révolutionnaire" que prédisait Emmanuel Todd avant l’élection de F. Hollande me parait toujours à ce stade une vision chimérique. Par ailleurs, au-delà de la ligne suivie, il y a les résultats économiques et sociaux de la Présidence Hollande tels qu’ils sont et seront perçus par les électeurs populaires : il faudrait vraiment que les six derniers mois de cette dernière voient une embellie économique et sociale inédite pour que ces derniers changent d’avis sur F. Hollande et votent pour lui. Sa popularité mesurée par les sondages est tout de même fort basse dans ces milieux. Même si le chômage tel que les statistiques le mesurent baisse finalement en 2016, cette baisse ne sera sans doute pas d’une ampleur telle pour que la perception de l’état du marché du travail change réellement dans la tête des électeurs populaires. Même chose pour la perception du niveau de la pression fiscale ou pour celui du risque portant sur le paiement des retraites. Il faudrait vraiment sortir de la routine politique de la Vème République pour convaincre les électeurs populaires que tout d’un coup, avec un nouveau gouvernement vraiment de gauche, cela va vraiment aller mieux pour eux. Cela tiendrait de fait presque du miracle politique.

Entre popularité, action du gouvernement et soutien électoral, quels sont les potentiels réels de ces deux lignes politiques ? En quoi peuvent-elles être contradictoires ?

Comme je l’ai dit, changer de ligne politique reviendrait pour F. Hollande à renier toute la première partie de sa Présidence où il a affirmé clairement la volonté de mener une politique nommée "socialisme de l’offre". Cette dernière ne correspond nullement aux aspirations de l’électorat de gauche classique, et elle néglige en plus toutes les aspirations écologistes. Il faudrait pour revenir sur ce choix fait en réalité dès l’été 2012 nommer aux affaires des personnalités qui rompent avec cette ligne-là. Il n’est pas du tout sûr en plus que l’aile droite du PS qui a suivi fidèlement F. Hollande jusqu’ici accepte ce revirement. En réalité, sur le plan économique et social, il existe deux gauches différenciées qui n’ont pas la même vision de l’avenir du pays, par exemple sur la réduction du temps de travail. F. Hollande a totalement abandonné cet aspect, mais cela reste une idée importante pour l’autre gauche, qui y voit une des solutions au chômage de masse.

Quelles seraient les conséquences politiques d’un tel choix ? 

Dans le cas où F. Hollande désirerait faire d’Emmanuel Macron son Raymond Barre en le nommant Premier Ministre et en insistant ainsi sur l’aspect "réformiste" et "européen" de son mandat, il n’est pas sûr qu’une majorité parlementaire puisse se trouver pour une telle manœuvre. Cela ouvrirait peut-être la voie à une dissolution début 2016 permettant à F. Hollande de tenter sa chance comme Président en cohabitation à la Présidentielle de 2017, puisque la droite aurait vraiment du mal à ne pas remporter une élection législative anticipée. En effet, je vois mal les "frondeurs du PS" accepter une telle nomination qui reviendrait à affirmer une ligne complètement antithétique à leurs aspirations. Pour ce qui est du retour des Verts au gouvernement, il faut distinguer entre le ralliement à la majorité présidentielle des ex-EELV qui sont en train de fonder l’UDE et celui d’EELV en tant qu’organisation basé sur des militants. Dans la première hypothèse, cela ne changera rien d’autre que la cosmétique du gouvernement et permettra aux humoristes de s’en donner à cœur joie, et cela préparera la candidature de F. Hollande comme candidat soit disant "unitaire" de la gauche en 2017.  Dans la seconde hypothèse, cela supposerait que les militants d’EELV approuvent cette opération, et cela impliquerait probablement de très fortes concessions de la part de F. Hollande, en particulier sur le nucléaire, sur l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, ou plus important encore sur le mode de scrutin. Et aussi, il lui faudrait sacrifier S. Royal. Probablement, l’introduction du scrutin proportionnel pour les législatives demandé par EELV pour prix de son ralliement paraitrait d’autant plus bienvenue au PS, voire à certains Républicains, que le scrutin majoritaire commencerait à jouer nettement en faveur du FN. Là encore, cela dépend de la dynamique qu’on observera réellement lors des régionales de décembre prochain. C’est en effet, comme l’avait montré Maurice Duverger dès les années 1950, une raison classique pour les forces politiques en place d’adopter le scrutin proportionnel à la place du scrutin majoritaire : la peur d’une nouvelle force capable de devenir majoritaire à elle seule. Le scrutin proportionnel ralentit les victoires du nouvel entrant en quelque sorte.

Depuis 2012, François Hollande a constamment oscillé entre ces deux tendances, le choix du consensus, de la combinaison, de la synthèse entre les deux lignes serait-il la probabilité la plus forte ?

Oui, je vois très mal F. Hollande abandonner la présentation de soi qui en fait un Président de gauche, de toute la gauche. Sa récente visite en Grèce était aussi destinée à montrer qu’il était l’allié d’un Alexis Tsipras. Il va essayer jusqu’au bout de provoquer des ralliements à gauche à sa personne. Le référendum sur l’unité de la gauche organisé par le PS à l’instigation de Cambadélis témoigne de cette ambition maintenue d’être malgré tout le candidat de toute la gauche à la Présidentielle. Cette ambition est d’autant plus forte que du côté du centre, il n’y a plus rien à attendre. Pour ces régionales, le Modem et plus encore l’UDI sont en effet totalement alignés sur les Républicains, y compris dans des régions où, a priori, un tel alignement n’allait pas de soi, comme dans la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes avec la candidature Wauquiez. Il faut donc se présenter comme le seul candidat de gauche permettant d’éviter au pays un retour aux affaires de la droite ou pire l’arrivée de l’extrême droite.  Il faut espérer passer le premier tour pour pouvoir rallier ensuite les électeurs de gauche voulant faire barrage à la droite ou l’extrême droite. 

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