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A trois heures du matin ce dimanche, il sera en fait deux heures.
A trois heures du matin ce dimanche, il sera en fait deux heures.
©Reuters

Coup de barre

Une heure de sommeil en plus avec le changement d’heure à ne surtout pas rater... Ces graves risques que nous prenons à tous dormir de moins en moins

Le passage à l'heure d'hiver est pour ce dimanche en France. L'occasion de dormir une heure de plus la nuit prochaine : à trois heures du matin, il sera en fait deux heures. Et éventuellement de décider de se coucher un peu plus tôt à l'avenir, tant les effets du manque de sommeil sur la santé sont importants.

Yves Dauvilliers

Yves Dauvilliers

Yves Dauvilliers est responsable de l’Unité du Sommeil, Département de Neurologie du CHRU de Montpellier. Il fait également partie de l'unité de l'INSERM U1061 et est coordinateur national des centres de référence narcolepsie et Hypersomnie idiopathique

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Atlantico : Dormons-nous suffisamment ou sommes-nous esclaves des rythmes qui nous sont imposés dans les sociétés contemporaines ?

Yves Dauvilliers : Effectivement nous sommes privés de sommeil régulièrement et avons perdu environ 90 minutes de sommeil depuis environ 100 ans... nous le savons par la durée de sommeil de nuit qui diminue au fil des décades et par le rebond de sommeil le week end et pendant les congés confirmant cette privation chronique de sommeil. De plus dans nos sociétés occidentalisés, 20% des sujets travaillent la nuit, induisant ainsi un rythme biologique non physiologique qui induit un mauvais sommeil de jour le lendemain. Notre société nous impose ainsi un rythme pas toujours en adéquation avec les besoins de sommeil de chacun. Notre vie sur terre nous impose un rythme de 24h alors que nous sommes faits pour vivre sur 24,18 heures en l'absence de synchronisation via notre environement lumière, température, activité, repas.... Hors du temps, de l'alternance jour nuit et coupé du monde dans une grotte ou un bunker, nous vivons sur 24,18 h....

Avons-nous tous les mêmes besoins en termes de sommeil ? Qu'est-ce qui peut expliquer les différences ? Aurions-nous besoin d'une prise de conscience collective en la matière ?

Nos besoins de sommeil sont différents entre les  sujets : il y a des courts dormeurs  : moins de 6h.... et des longs dormeurs : plus de 9h, comme il y a des sujets qui s'endorment tôt ou tard avec une forte prédisposition génétique qui nous pousse a ces variations.

Toutefois notre environnement joue aussi un rôle majeur, nous imposant une privation de sommeil ou des horaires de sommeil et de veille inadaptés. nous le voyons au quotidien , dans le train, métro, avion, les gens dorment pour récupérer car ils se privent de sommeil au quotidien et récupèrent dès qu'ils le peuvent. L'homme pense le plus souvent qu'on peut se priver de sommeil facilement pour augmenter son temps de travail, de loisir mais dans les faits en cas de privation chronique les conséquences diurnes  sont importantes.

De plus  pour un même sujet la durée de sommeil va être modulée en  fonction de l'environnement, l'âge et la motivation pour réaliser diverses actions de la vie quotidienne.

Quelles sont les conséquences du non respect chronique de nos besoins en sommeil sur notre état de santé au quotidien et plus particulièrement sur notre cerveau ?

Le manque de sommeil est a l'origine d'une fatigue, d'une somnolence, d'une baisse des performances cognitives par troubles de l'attention et de la concentration. La somnolence est la première cause d'accident mortel sur autoroute. Il existe aussi des conséquences de la privation chronique de sommeil sur le métabolisme avec prise de poids, diabète, hypertension, douleur et céphalée... De plus en cas de privation chronique de sommeil, la gestion du quotidien et notamment du stress devient difficile avec des conséquences potentiellement délétères comme  la décompensation d'un trouble anxieux ou d'un trouble de l'humeur.

Quelles conséquences ce manque de sommeil peut-il générer dans nos rapports aux autres ?

Le manque de sommeil peut conduire a une impulsivité, irritabilité et à de mauvaise décisions. La relation avec autrui devient ainsi plus difficile a gérer, les frustrations, les contrariétés sont hypertrophiés et constamment ruminées,  notamment la nuit, ce qui auto entretient le processus. L'absence de  prise en charge du manque de sommeil peut conduire ou précipiter un véritable burn out.

ce problème de manque de sommeil est une constante chez l'adolescent et le jeune adulte qui se couche plus tard et se lève tôt via des rythmes imposés entraînant ainsi une véritable privation chronique de sommeil.

Ces mauvaises décisions ont été bien documentées lors des grandes catastrophes naturelles. Elles sont souvent survenues en milieu de nuit au moment où ĺ'homme n'avait pas réagi suffisamment de façon adaptée avec des mauvaises décisions prises au final.

Comment, dans le contexte actuel, parvenir malgré tout à dormir davantage dans le respect autant que possible des besoins individuels en la matière ?

En présence d'horaires imposés par le travail, il faut pouvoir compenser en réalisant des siestes programmées et ne pas subir la privation de sommeil. Il existe des horaires privilégiés pour la réalisation de ces siestes en fonction des sujets et de leurs horaires. Il faut éviter qu'elles soient trop longues pour ne pas impacter ensuite le sommeil de nuit.

En l'absence d'horaire atypique imposé, il faut savoir s'écouter et ne pas trop se priver pour éviter toute conséquence délétère a moyen terme de la privation de sommeil.

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