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Une étude américaine montre que le vapotage ne serait pas la première porte d’entrée des adolescents vers le tabac
©Reuters

Torsion d’idée reçue

Une étude américaine montre que le vapotage ne serait pas la première porte d’entrée des adolescents vers le tabac

Cette étude, réalisée par des chercheurs issus de plusieurs instituts publics et universités américaines, a été publiée dans la revue Nicotine and Tobacco Research. Une revue qui n’accepte pas de dons de l’industrie du tabac.

Gérard Dubois

Gérard Dubois

Gérard Dubois est membre de l’Académie nationale de médecine, où il occupe la fonction de président de la Commission Addictions. Il est le co-auteur du rapport des "Cinq sages" au ministre des Affaires sociales sur la Santé Publique à l'origine de la loi Evin.

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Atlantico : Que pensez-vous de ce diagnostic ? Quelles sont les différences majeures entre le vapotage et la cigarette du point de vue de l'addiction ?

Gérard Dubois : Il confirme que si le vapotage peut être individuellement une porte d’entrée vers le tabac pour un jeune, ce n’est pas la règle et c’est même l’inverse qui est constaté collectivement . En France, en Angleterre et même aux Etats-Unis, l’introduction de la cigarette électronique (ou vaporette) est accompagnée d’une baisse rapide de l’exposition au tabagisme des jeunes. Même si on ajoute les vaporettes aux cigarettes, l’ensemble est en baisse !  Avec le vapotage qui n’expose qu’à la nicotine, le risque de devenir fumeur de tabac est beaucoup plus faible qu’en essayant une cigarette-tabac qui comporte aussi d’autres substances addictives.

L'étude explique que le tabagisme chez les jeunes est lié entre autres à l'effet de groupe, à l'anxiété, à la prise de drogues etc. Qu'en est-il du vapotage ? Est-ce une conséquence de quelque chose ?

Les jeunes doivent acquérir progressivement leur indépendance et de nombreuses caractéristiques personnelles, familiales, sociales et économiques peuvent interviennent sur leur comportement. Pour le tabac, un ou des parents fumeurs (exemplarité), qui n’interdisent pas, se contentent de déconseiller, voire autorisent le tabac, des amis fumeurs, un fort pouvoir d’achat (argent de poche), des personnalités s’adaptant mal pour de multiples raisons, un manque de connaissance des dangers du tabac favorisent le tabagisme des jeunes et l’exploration d’autres produits. On sait que ceux qui essaient une vaporette deviendront moins souvent fumeurs de tabac que s’ils essaient une cigarette. Il reste que l’une comme l’autre doivent rester interdites de vente pour les mineurs même si cette interdiction est largement contournée en France pour le tabac.

Les chercheurs expliquent que les vapoteurs sont susceptibles de fumer des cigarettes par la suite certes, mais ce raisonnement est atténué par les risques liés à ces deux activités. Le vapotage est-il moins dangereux pour la santé que la cigarette ?

Cette étude montre donc que toute choses égales par ailleurs, les jeunes qui ont essayé la vapotage ne sont pas actuellement plus souvent fumeurs, ce qui est rassurant. Tout le monde convient que par construction, la vaporette est nettement et même énormément moins dangereuse que le tabac qui est le produit le plus dangereux, celui qui tue la moitié de ses fidèles utilisateurs. La vaporette a été développée pour fournir la nicotine aux fumeurs qui cessent le tabac afin de leur éviter le syndrome de manque, cause la plus fréquente de récidive. Chez le fumeur exposé depuis des décennies au tabac, continuer une exposition aussi longue soit-elle à la nicotine n’a guère d’importance si on lui évite totalement l’exposition aux goudrons (source de cancers) et au monoxyde de carbone (à l’origine de maladies cardiovasculaires). La vaporette est un pistolet à bouchon comparé au canon de marine qu’est la cigarette tabac. C’est rouler à 140 km/h au lieu de rouler à contre-sens.

Les atteintes pulmonaires qui ont été décrites qu’aux Etats-Unis sont la conséquence d’un détournement de l’usage de la vaporette avec des produits huileux (THC et vitamine E). Interdire la vaporette comme en Inde est aussi irréfléchi que d’interdire les verres parce que quelqu’un est mort en buvant un verre de poison ! Même si la meilleure cigarette est celle que l’on ne fume pas (électronique ou non), interdire la vaporette serait aujourd’hui un crime envers les fumeurs. La polémique actuelle n’a profité qu’à l’industrie du tabac dont les actions, en pleine déconfiture, ont depuis repris des couleurs.

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