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Une Bourse pour les PME, qu'est-ce que ça changerait vraiment ?
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Coup de pouce

Une Bourse pour les PME, qu'est-ce que ça changerait vraiment ?

NYSE Euronext devrait, en dépit des blocages actuels, lancer une Bourse dédiée aux Petites et moyennes entreprises à la fin du premier trimestre 2013. Une option très attendue par les professionnels du secteur dont le moral est au plus bas.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est président de la commission financement des entreprises de la CGPME. Il est également président du think-tank Etienne Marcel et assureur.

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Atlantico : Malgré plusieurs blocages des différents acteurs, la fameuse "Bourse des PME" devrait probablement voir le jour dans le courant 2013. Au delà de l'aide aux entreprises moyennes cette structure peut-elle réellement bénéfique sur le plan macro économique ?

En cette période votive près pascale, il faut sans espérer que nous pourrons le voir avant la fin 2013. On doit à Christine Lagarde et à son arrivée à Bercy, aidée par René Ricol puis Jean-Pierre Jouyet, le lancement d’une réflexion et d’une volonté réelle de créer un outil dédié, performant, en matière de financement des PME et ETI pour aider les entreprises dynamiques à  prendre une autre dimension dans un contexte de mondialisation des économies. Un marché sur mesure, adapté aux valeurs moyennes et qui prend en compte l’esprit PME de réactivité peut être la locomotive qui permettra aux entreprises françaises de passer dans une autre dimension. Depuis, on était un peu « dans la semoule ».  Un certain nombre d’initiatives ont été prises puis relancées sans conviction et surtout sans volonté réelle d’aboutir. C’est pourquoi jusqu’à présent on achoppait. Les pistes intéressantes, sérieuses et courageuses présentées, il y quelques mois, dans le rapport Giami-Rameix font que nous ne sommes plus dans l’attente d’états des lieux ni de constats mais bien demandeurs d’une prise de décision politique forte. En effet, les normes financières font qu’il est difficile de financer de grands projets entrepreneuriaux par les banques. La France mérite une bourse des PME à la hauteur de la qualité de nos entreprises dynamiques et de nos projets. Les entreprises moyennes sont dans les starting block.   

La structure même des PME va t'elle en être profondément modifiée ? Comment ?

Il faut effectivement savoir à quel public d’entreprises on s’adresse. Cette bourse concerne prioritairement les entreprises à fort potentiel, les entreprises dynamiques. C'est-à-dire les PME et les  ETI, en bonne santé, qui ont besoin de fonds propres pour affronter dans le peloton de tête la concurrence internationale. Cela conduit forcément à une modification d’appréciation de gouvernance et de la répartition des capitaux. Et tous les entrepreneurs ne sont pas encore prêts à l’ouverture de leur capital par un blanc seing. Mais faut-il leur en tenir rigueur ? Les outils dont nous disposions en matière de financement pas le marché étaient rigides, couteux. Ils ne permettaient pas un accompagnement performant des valeurs moyennes.

Qui peut demander aux dirigeants de tirer contre l’intérêt de leur entreprise et de leurs actionnaires patrimoniaux ? Les entrepreneurs n’ont pas peur de cette évolution. Ils sont prêts à ouvrit leur capital. Et ils le font déjà en travaillant en private equity. Ils réclament donc cette évolution car  ils sont conscient de ce qui ce passe au-delà de nos frontières. Mais ils ne veulent pas être essorés sans pouvoir jouer leur chance et ils ont raison.

Thierry Giami, Président de l'Observatoire du financement des PME cotées, appelle à la création d'un marché "adapté et spécialisée". Cette position n'est-elle pas paradoxale ? 

Ce qui est évident c’est que la « machine » qui existe à l’heure actuelle est essoufflée. Elle n’a plus les yeux de Chimène pour les entrepreneurs. Et cela malgré la volonté d’ajustements  de l’opérateur historique Nyse Euronext. Arrêtons de trouver des boucs émissaires privés quand la réalité du changement ou ici plutôt de l’immobilisme repose sur les priorités politiques, ou le laisser faire, de nos gouvernements. Il faut donc un nouveau deal. Et une bourse des PME qui marche. Quand vous regarder les chiffres de l’Observatoire il y a toujours aussi peu d’entreprises moyennes ou ETI cotées en France depuis 2008 ! Cette situation n’est pas représentative du potentiel de nos entreprises ni des masses de capitaux privés qu’elles pourraient trouver et lever pour se développer, créer de la richesse et donc de l’emploi. Effectivement, il convient de mettre en place un marché adapté, dimensionné, profilé pour le type d’entreprises qui sont concernées : des PME  et des ETI patrimoniales performantes et à fort potentiel de croissance. C’est même du « sur mesure qu’il faut mettre en place » tout en y instillant une dimension d’intérêt général du financement des PME sur tout le territoire afin de défendre la spécificité de ces entreprises et valoriser l’investissement des actionnaires.

Comment expliquer que la France se soit convertie si tardivement à cette idée, déjà à l'oeuvre dans plusieurs pays, même émergents ? 

N’allons pas trop vite et dépassons les effets d’annonce de certains zélotes, il y a déjà eu trop de départs ratés et d’incompréhensions. Ce n’est pas un problème de prise de prise de conscience tardive mais de culture économique, d’ouverture, de  volonté politique et de nécessité économique. Bien entendu, la crise financière a montré qu’il fallait financer différemment les entreprises. Les niveaux de dettes publiques font que les Etats n’ont que peux de moyens d’intervenir en tant que soutiens au financement des entreprises à travers des fonds publics. Tenter de donner au marché des valeurs moyennes du dynamisme, de la fluidité est simplement du bon sens. Cela va dans le sens de la croissance. Gardons nous de comparer la France à des pays qui n’ont pas la même histoire industrielle, la même vision de l’engagement sociétal, ni la même perception du capitalisme responsable ou du développement durable.

Sans vouloir (pouvoir) faire aussi bien que le Royaume uni, regardons plutôt du coté de l’Europe continental de l’Allemagne avec cette réussite ancienne, durable, des bourses régionales et des sparkasse. Nous avons effectivement beaucoup à apprendre en matière de respect et d’accompagnement des PME de nos voisins. Interrogeons-nous aussi sur ce qui ce passe dans certaines régions comme en l’Italie du Nord. En France, une bourse des PME doit exister. Et elle doit se construire avec tous les partenaires de la place qui acceptent de jouer, sans réserve, le jeu de l’avenir des PME et des ETI. A défaut, il faudra avoir le courage de prendre la décision de faire. Et de faire sans…

 

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