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Petits meurtres entre amis

Le livre que l’Extrême droite attend…Et pas qu’elle…

François Duprat, figure passée de l'extrême droite, dérange encore, et ce 33 ans après son assassinat. Une biographie bien ficelée devrait être publiée le 14 avril. Devrait...

C’est l’histoire d’un homme et c’est l’histoire, maintenant, d’un livre. D’un homme sulfureux, relégué aux oubliettes d’un attentat non élucidé, et d’un livre, qui, visiblement ne fait pas que des heureux, comme le narre  Stéphane Bouchet dans le numéro de VSD paru le 18 mars dernier. 33ans plus tard, la biographie de François Duprat entreprise minutieusement par des auteurs peu suspects de complaisance avec leur sujet d’analyse semble sujette à débats…feutrés… Qui retardent une parution annoncée, jusqu’à présent, au 14 avril.

Y penser, souvent…En parler, rarement. Ainsi pourrait on résumer l’attitude qui prévaut aux franges de la Droite extrême concernant la personnalité,  le parcours, et pour finir l’assassinat de François Duprat, le 18 Mars 1978 sur une route de Seine Maritime. De ses compagnons d’infortune et néanmoins ennemis politiques, on fit moult recherches sur les conditions qui ont amené leurs décès. Avec plus ou moins de fortune et de publicité. Pierre Goldman, Henri Curiel, pour ne citer qu’eux. Période sombre où on meurt beaucoup en France de mort violente…

Un meurtre jamais élucidé

Il convenait à Nicolas Lebourg et à Joseph Beauregard de tenter de lever une partie du voile. Universitaire et historien reconnu pour l’un, documentariste et spécialiste de sujets difficiles pour l’autre, la tache a pris 4 ans. 4 ans d’enquête, de contacts tous azimuts, de refus de parler, d’obstacles administratifs, de rétentions diverses et variées. Pas facile d’enquêter sur le numéro 1bis du Front national de la fin des années 70, historien des fascismes y compris les plus exotiques, et l’un des premiers diffuseurs d’ouvrages « révisionnistes » concernant la Seconde Guerre Mondiale. Pas facile d’enquêter sur un personnage adulé par certains  (peu nombreux), haï par d’autres (beaucoup plus nombreux), quand l’histoire d’une certaine jeunesse, au fil du temps recoupe des trajectoires personnelles aujourd’hui très éloignées, voire ministérielles, même si celles-ci ne doivent pas masquer le sujet principal. A savoir, l’ itinéraire d’un homme venant de la gauche communiste, devenu idéologue de l’extrême droite néo- fasciste.

De l’Odéon à Assas, en passant par l’Afrique, Saint Germain des Prés, Bayonne, Maisons- Lafitte et Le Trait, la complexité de ce personnage, activiste débridé, intellectuel gascon, lecteur compulsif, ne laisse d’intriguer sur les circonstances d’un attentat hors-norme perpétré à la veille d’un premier tour d’élections législatives, d’il y a quatre décennies. Le professeur d’histoire myope, amoureux des chats, et coca cola dépendant avait des ennemis, beaucoup d’ennemis…Un assassinat quasi militaire, afin que personne, si ce n’est, par miracle, son épouse, n’en réchappe. Une enquête menée sérieusement par des fonctionnaires de police sérieux qui ne débouche sur rien de tangible autre qu’un incommensurable silence que rien, jusqu’à présent, n’était venu troubler. Et que personne n’avait voulu troubler, y compris dans son camp.

Duprat vs Le Pen

Il ne fait nul doute que dans leur livre, Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard passeront au crible les hypothèses de ce meurtre hors-norme dans sa technicité. Sans pouvoir trancher, comme leurs interventions de déclassification auprès du ministère de l’Intérieur permettent de le suggérer, ainsi que Nicolas Lebourg l’a mentionné concernant la recherche historique chez Politis, et auprès de Caroline Monnot et d’Abel Mestre.

On se contentera juste de remarquer que si, ostensiblement, chaque 18 Mars, au cimetière de Montmartre, le président d’honneur du Front national Jean Marie Le Pen prend la peine de se rendre, c’est qu’il y a sans doute quelque raison. Il a beau minimiser, dans son entretien avec Stéphane Bouchet, le rôle de François Duprat, confondre son meilleur ennemi avec son meilleur ami, Jean Marie Le Pen sait ce qu’il doit à l’ancien dirigeant d’Ordre Nouveau.

Et on comprendra sans doute mieux le titre du livre : « François Duprat : L’homme qui réinventa l’extrême droite ».ed.Denoel. (14/04/ 2011)

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