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« L’idée d’un homme normal est un mythe semblable au mythe nazi » affirmait Merleau-Ponty. La question de la normalité est restée jusqu’à présent à l’écart des débats présidentiels.
« L’idée d’un homme normal est un mythe semblable au mythe nazi » affirmait Merleau-Ponty. La question de la normalité est restée jusqu’à présent à l’écart des débats présidentiels.
©Reuters

Mister president

Un président normal ?

La définition du normal dans le domaine de la psychologie se décline selon plusieurs axes, aucun d’entre eux ne donnant satisfaction. On est normal parce qu’ordinaire, commun, usuel : c’est la définition statistique qui ramène la normalité à la moyenne au risque de la médiocrité...

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques. En 2018, il a publié le livre L'amour à l'épreuve du temps (Albin-Michel).

 

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Normal, François Hollande ? Et en face : fou, tout-fou… ou simplement moins hypocrite ?

« L’idée d’un homme normal est un mythe semblable au mythe nazi » affirmait Merleau-Ponty. La question de la normalité est restée jusqu’à présent à l’écart des débats présidentiels. Mais puisque le sujet est à la mode, qu’on me permette d’en souligner les risques. Les professionnels de la santé mentale font preuve d’une grande prudence vis à vis de cette notion – qu’ils évitent, soit dit en passant, d’aborder dans les manuels. Mieux vaut laisser planer un doute et donner à chacun la liberté de créer ses propres normes plutôt que de fixer arbitrairement les critères d’une « normalité » contraignante. Au fond, n’est-ce pas s’interrogeant sur soi-même et sur ses propres normes que l’on a le plus de chance d’être « normal » ? Qui, d’ailleurs, se sent vraiment normal ? Lorsque j’ai posé cette question à un amphithéâtre d’une centaine d’étudiants, seuls trois doigts se sont levés

La normalité est aussi insaisissable que le mouvement de la vie. Tout organisme vit en créant un milieu qui lui convient : du simple protozoaire à l’être humain, la vie se manifeste comme cette aptitude à transformer son monde de façon créative pour parvenir à y survivre et s’y développer. Cela suppose d’échapper aux normes imposées par le milieu – d’être ainsi, en quelque sorte, « anormal », c’est à dire capable d’élaborer ses propres normes. C’est pourquoi celui qui croit détenir la normalité est dangereux. Il risque d’imposer sans recul critique sa conception personnelle de la norme. D’où la mise en garde de Merleau-Ponty.

En pratique, la définition du normal dans le domaine de la psychologie se décline selon plusieurs axes, aucun d’entre eux ne donnant satisfaction. On est normal parce qu’ordinaire, commun, usuel : c’est la définition statistique qui ramène la normalité à la moyenne au risque de la médiocrité. On peut aussi être normal par rapport à un fonctionnement psychique optimum : gare en ce cas à l’idéalisation. Freud lui-même signalait le danger de vouloir à tout prix faire un enfant « normal ». On peut enfin être normal parce qu’on n’est pas fou : reste alors à définir la folie. Les batailles d’experts autour des tribunaux démontrent combien ce point, quand il n’est pas flagrant, demeure sujet à caution.

Nul doute que si l’on fait aujourd’hui de la normalité une vertu, c’est parce qu’on y voit le contraire d’une certaine folie. Le monde est devenu fou : il a perdu ses règles d’autrefois, il est « déréglé ». Malheureusement, face à ce dérèglement, rien de pire que le repli sur une prétendue normalité protectrice. C’est précisément le moment où il faut inventer de nouvelles normes, prendre le risque de l’anormalité. Car être normal, au fond, c’est ne pas avoir peur de l’anormal : c’est être capable d’affronter la folie en gardant confiance dans ses ressources. C’est ne pas craindre d’être un peu fou.

Quelque soit son président, la France devrait vite retrouver le goût de cette normalité-là, celle qui se nourrit du mouvement et du changement, sans se laisser griser par le sourire bienveillant d’un chef. Un bon sourire n’est pas synonyme de normalité mais d’heureuse adaptation sociale. Et quelques tics ne sont pas davantage synonymes de folie. Peut-on d’ailleurs être « normal » quand on veut être président ? Au sens statistique du terme, la réponse est clairement négative : qu’on nous préserve d’un chef ordinaire, surtout par temps de crise !

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