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Un président décourageant pour une France découragée
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Un président décourageant pour une France découragée

Après une semaine marquée par la présentation du projet de loi de fiances, la majorité des chefs d'entreprise et des ménages sont découragés. Et pour cause.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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"François Hollande, un président de plus en plus décourageant dans un pays découragé…" La formule est de Valéry Giscard d’Estaing qui participait cette semaine a une remise de prix dans les salons du Sénat. A 87 ans, l’ancien président de la République n’a rien perdu de son humour dévastateur.

Faut dire que la semaine politique a battu tous les records de maladresse, de malentendus, de bugs, d’allers et retours. Si l’incohérence et l’indécision du gouvernement n’affectaient que sa majorité, ça limiterait les dégâts. Que Cécile Duflot veuille tacler Manuel Valls pour affirmer son autorité a l’intérieur de sa propre famille, ça fait désordre mais après tout ça n’est que de la politique politicienne. La pharmacienne de Carpentras, elle s'en f… Pour le président, c’est plus grave. S’il  n’ose pas trancher, entre son ministre de l’Intérieur qui essaie courageusement de traiter le dossier empoisonné des Roms, et sa ministre du Logement qui ne sait que faire avancer ses pions, c’est  assez décourageant.

La cacophonie fiscale à laquelle on a assistée toute cette semaine l’est encore bien davantage. Parce qu'à ne pas savoir exactement si les impôts vont baisser ou pas et pour qui, alors qu'ils progressent mécaniquement partout. C'est désespérant.  A prétendre que les dépenses publiques ont diminué, alors que dans la réalité elles ne feront qu’augmenter, mais moins vite. Chacun sait hélas que ce n’est pas parce qu’on ne prend qu’un kilo cette année après en avoir pris cinq l’année dernière, qu’on a commencé à maigrir.

Aucun chef d’entreprise ne sort de la séquence budgétaire très rassuré sur l’avenir et quand un chef d’entreprise n’a pas de visibilité, il se met aux abris. D’où la stagnation à moins de 1%de croissance. On ne créera pas d’emploi (hormis les emplois d’avenir), on ne créera pas de pouvoir d’achat, d’où le reflux des encours sur les livrets de caisse d’épargne. Ce qui est étonnant d’ailleurs c’est que le ministre de l’Economie s’en étonne. "Et bien monsieur le ministre, la France puise dans l’épargne du livret A  pour compenser l’augmentation de la fiscalité".

Décourageant pour les chefs d’entreprises. Décourageant pour les particuliers.

Cacophonie encore sur fond de trahison sociale à Florange. Le président de la République s’en va affronter la grogne des ouvriers déçus d’Arcelor, très bien mais pourquoi faire ? D’autant qu'il laisse au vestiaire le joueur chargé du Redressement productif. Si encore à la sortie on nous avait dessiné un projet industriel mais rien. Décourageant face à des ouvriers découragés et fatigués.

Pour couronner le tout,  on a eu droit cette semaine à un psychodrame sur les horaires d’ouverture du commerce. Et ce psychodrame s’est soldé par des magasins sommés de fermer le soir à 21 heures y compris dans les zones les plus fréquentée la nuit comme les champs Elysées (Sephora) et d’autres très nombreux obligés de fermer le dimanche. Bref le soir, il va falloir se coucher tôt, et le dimanche rester en famille et regarder Michel Drucker à la télé.  Certes la droite au pouvoir si longtemps n’a jamais été d’un courage déterminant pour moderniser le Code du travail, mais la gauche aujourd'hui ignore complètement le problème. Sur ce dossier, la droite était bête. La gauche n’est pas plus intelligente.

Dans ce pays, on ne peut donc toujours pas travailler quand on veut, le temps qu'on veut, un client ne peut pas espérer faire des affaires quand il en a la possibilité. Puisque les magasins sont fermés. Reste l’Internet. On voudrait faire la fortune des sites de e-commerce qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Amazon et PriceMinister se frottent les mains. Décourageant.

Dans cette semaine, chargée en déconvenues, la claque qui nous a été administrée par le triomphe électoral de Mme Merkel a été un peu occultée. Et pourtant quelle leçon, infligée à tous nos germanophobes de droite (anti-euro, anti-Europe…) et de gauche (anti-allemand anti-modelé allemand) !!! L’Allemagne est non seulement le pays d'Europe le plus puissant, le plus dynamique et le mieux adapté à la mondialisation mais en plus, le peuple allemand en redemande pour un troisième mandat.

Ça devrait nous faire réfléchir sur le fameux modèle allemand. Il ne doit pas avoir que des défauts. Pour avoir réussi, de grandes et douloureuses mutations : la fin du nazisme, le mur de Berlin, la réunification à marche forcée, la performance économique mondiale et le leadership pour faire une Europe politique.

Et bien en dépit de ces bouleversements réussis, il y  avait encore, lundi dernier, dans la classe politique française des responsables  pour s’inquiéter de la puissance allemande, pour douter des forces démocratiques qui sont à la manœuvre. Ce n’est pas de la puissance allemande qu'il faut  s’inquiéter mais de la faiblesse et du laxisme français qui se nourrissent de démagogie et alimentent les relents de populisme.

Ce n’est pas la politique qui est décourageante, elle est parfois décevante ou violente mais c’est l’incompétence managériale des gouvernants qui est incompréhensible et fatigante. L’ambassadeur de Grande Bretagne à Paris, Sir Peter Ricketts avait réuni cette semaine quelques experts et observateurs pour essayer de comprendre pourquoi et comment la France  s’enfermait ainsi et se paralysait de la sorte. De l’autre côté de la Manche comme ailleurs, on ne comprend pas.

La gouvernance française est encore aujourd'hui piégée par les rapports idéologiques. Le mouvement écologiste et l’extrême gauche ont réussi ce tour de force de faire croire que leur influence dépassait et de loin leur poids électoral réel qui est dérisoire.

La gouvernance française est encore aujourd'hui piégée par les discours de la campagne présidentielle. Les outrances et les promesses empêchent  tout pragmatisme.

Enfin, la gouvernance française ne réussit pas à faire confiance aux chefs d’entreprise. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Pour que François Hollande aille en Bretagne visiter une usine de batteries assez révolutionnaires initiée par Vincent Bolloré, il a fallu tordre le bras de bien des conseillers, ceux même qui avaient, peut-être rédigé les discours contre les riches, les yachts et la droite bling-bling.

Quand, sous la contrainte des faits et des chiffres, le gouvernement met en place des plans de compétitivité avec à la clef un effort important d’aide à la création d’emploi (le crédit d’impôt), et bien il s’arrange pour faire gérer le dispositif par une usine à gaz propre à décourager la majorité de ceux qui devraient en bénéficier.

La semaine a  été tellement compliquée que les milieux d’affaires n’échappent plus au découragement ("en fiscal et en social, on n’y voit plus rien", disent-ils). Pierre Gattaz, le nouveau président du Medef,  gère au mieux la grogne et la rogne afin qu' elle ne se transforme pas en grève de l’impôt (un risque important dans les PME). Les grands patrons du Cac 40 en ont pris leurs partis. Ils n’attendent rien de la gouvernance française mais ils se partagent en deux catégories quant à leur rapport au marché français.

Beaucoup sont principalement préoccupés par leur développement international. Le marché français est donc secondaire. Ce qui se passe en France aussi. C’est le cas dans l’automobile, dans l’aéronautique, dans la pharmacie, dans l'industrie du luxe  et dans l'agroalimentaire. Ils maintiennent en France les services de recherche, de marketing et les directions générales, mais les directions financières sont très souvent à Amsterdam, à Londres, à Singapour ou à Hong-Kong.

Certains, par conviction ou intérêt ont décidé de miser sur la France. C’est le cas de Bolloré (très africain par ailleurs) qui met le paquet sur la voiture électrique et la fabrication de batteries à grande autonomie. C’est le cas des entreprises de la nouvelle technologie. Les étrangers comme Facebook, Google, Amazon, IBM, n’ont pas abandonné l’idée de renforcer leurs implantations industrielles, logistiques et commerciales en France où ils attendent des facilités fiscales (ils parient sur un retour du balancier). "Après l’overdose fiscale, explique-t-on chez Google, le gouvernement sera obligé de desserrer l’étau pour attirer des activités à haute valeur ajoutée." La France concurrente de l’Irlande, on peut rêver.

C’est le cas de LVMH, qui renforce son tissu d’artisans fournisseurs locaux de made in France pour consolider sa position de leader mondial. C’est le cas des opérateurs de téléphone qui investissent beaucoup dans les start up françaises. Orange, SFR, ont plein de projets en gestation. Le chantier le plus spectaculaire est celui de Free. Son fondateur Xavier Niel vient d’annoncer cette semaine la création d’un incubateur géant à Paris dans La halle Freyssinet où il pourra héberger plus de 1000 entreprises en création. Histoire d’offrir en Europe une alternative crédible à tous les incubateurs installés à Berlin par les fondateurs de Groupon ou de Google. Tous ces projets se multiplient en dehors de la sphère étatique.

Tout se passe aujourd'hui comme si l’économie française était partagée en deux. Une économie officielle, très macroéconomique,  managée par l’Etat, le gouvernement, les collectivités locales mais une économie dominée par les mécanismes de redistributions et les règlementations. Une économie très impactée par la politique.

Puis, en marge de cette économie de redistribution, il existe une économie de production et d’innovation, très micro-économique, dont personne ne semble se préoccuper et qui se tient le plus possible à l’écart de la politique. Seul moyen d’échapper au découragement.

La situation actuelle française rappelle étrangement l’histoire que raconte Spielberg dans son film "catch me if you can". L’histoire de deux petites souris qui tombent dans un seau plein de crème. La première petite souris  se désespère et se noie très vite. La seconde petite souris, refuse ce destin, elle se débat. Et elle se débat tant et tant qu'elle transforme la crème en beurre.

La majorité des acteurs économiques sont découragés. Une petite minorité de créateurs et d’inventeurs résistent. Ils appartiennent sans doute à la famille de la deuxième petite souris.

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