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Un deuxième tour Sarkozy Fillon : ce qui serait la plus grosse surprise de toutes est-il un scénario possible ?
©Reuters

Une surprise tout à fait probable

Un deuxième tour Sarkozy Fillon : ce qui serait la plus grosse surprise de toutes est-il un scénario possible ?

Le dernier sondage Harris pour Atlantico confirme la position de troisième homme qu'occupe depuis plusieurs jours François Fillon dont la percée dans les sondages laisse envisager qu'il puisse affronter l'ancien président lors du second tour de la primaire de la droite et du centre.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.

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Atlantico : Dans un sondage Harris pour Atlantico paru ce jeudi, 35% des sympathisants LR souhaitent que François Fillon soit désigné comme le candidat de la droite pour 2017 à l'issue de la primaire, contre 34% pour Nicolas Sarkozy. Qu'est-ce qui pourrait favoriser un affrontement Fillon-Sarkozy au deuxième tour de la primaire ? Quelles sont les chances pour qu'un tel scénario puisse effectivement avoir lieu ?

Bruno Cautrès : Plusieurs logiques peuvent potentiellement aboutir à créer la surprise dimanche. Le scenario d’un second tour opposant Nicolas Sarkozy à son ancien premier ministre François Fillon serait incontestablement la surprise la plus spectaculaire puisqu’il verrait l’élimination du favori Alain Juppé. Tout en conservant la prudence nécessaire dans le commentaire, on peut se demander ce qui pourrait, le cas échéant, expliquer un tel retournement de situation. La première logique serait celle des motivations de vote des électeurs : viendront-ils dimanche voter avec comme principale motivation celle de soutenir un candidat dont ils apprécient la personnalité et le programme ou viendront-ils avant tout pour barrer la route à un candidat dont ils ne veulent pas ? Et quelle sera la part de chacune de ces deux motivations dans l’électorat ? Si ceux qui expriment un soutien viennent plus nombreux que ceux qui expriment un rejet d’un candidat, Nicolas Sarkozy et François Fillon pourraient sortir en tête du premier tour. Si au contraire ceux qui souhaitent entraver le retour de l’ancien président viennent plus nombreux, Alain Juppé se qualifiera aux côtés de l’un des deux anciens membres de l’exécutif. Au fond, dimanche soir on aura la réponse à une question assez simple qui se pose depuis de nombreux mois : Alain Juppé bénéficie t’il d’un vrai soutien populaire pour réaliser son projet politique de centre droit ou n’a-t-il bénéficié que du doute de l’électorat de droite sur la possibilité pour Nicolas Sarkozy de parvenir à faire son retour en politique ? Si Alain Juppé ne se qualifiait pas pour le second tour, on se penchera longuement sur l’effet de sa déclaration au cours du troisième débat quant au programme de réduction du nombre de fonctionnaires. Une qualification pour le second tour du binôme qui a dirigé la France entre 2007 et 2012 indiquerait clairement que l’électorat de droite souhaite solder avec fracas l’épisode François Hollande. 

>>> A lire aussi : Dernière photo de fin de campagne : François Fillon en tête des souhaits de victoire pour les sympathisants de la droite et du centre devant Alain Juppé et Nicolas Sarkozy (mais le maire de Bordeaux mène en termes de pronostics)

Jérôme Fourquet : Si vous vous basez sur la dernière enquête sur les intentions de vote de l'IFOP – enquête précédant le débat qui peuvent avoir un impact réel sur les dynamiques - les intentions de vote sont les suivantes : 31% Juppé, 30% Sarkozy et 27% pour Fillon. Les intentions de vote pour Fillon montent, baissent pour Juppé et sont stables pour Nicolas Sarkozy. Tous les scénarios sont envisageables pour le deuxième tour en termes de duo qualifiés. Les trois scénarios sont possibles étant donné que l'écart maximal est de 4 points, et qu'il permet la marge d'erreur.

Ce qui peut modifier cet écart, c'est la poursuite ou le prolongement des dynamiques qui se sont dessinées ces derniers jours. Il faudra attendre dimanche évidemment, mais si la tendance se poursuit, il y a la possibilité d'une qualification de François Fillon contre ses deux adversaires. Mais en cas de ressac de la tendance, l'autre scénario est aussi envisageable. Et il est difficile aujourd'hui d'en envisager un plutôt qu'un autre : autant avant le débat, la dynamique était plutôt en faveur d'un duel Juppé-Sarkozy. Mais quand on regarde dans le rétroviseur, la dynamique connue par François Fillon depuis ces dernières semaines nous fait dire que si ça continue, il peux tout à fait se qualifier.

Quelles sont les conditions pour qu'il se qualifie ? Si l'on regarde les dynamiques en cours, on constate que dans un premier temps Fillon a capté le vote d'électeurs qui, dans un premier temps, envisageaient de voter pour Bruno Le Maire. C'est le début de la dynamique. Ensuite il a récupéré des électeurs qui envisageaient un vote pour Alain Juppé. Pour quelle raison ? Il semble que c'est parce qu'à l'aune des débats télévisés, il soit apparu pour une partie de l'électorat de droite comme représentant une synthèse intéressante entre le style présidentiel de Juppé et une certaine hauteur de vue et en même temps une radicalité programmatique proche de Sarkozy. Il a pour ces électeurs les deux qualités de ces candidats sans avoir leurs défauts. C'est certainement le principe actif de la progression de Fillon.

 

Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que toute une partie de l'électorat d'Alain Juppé qui voulait voter pour le maire de Bordeaux non pas par engouement intense vis-à-vis du programme ou de la personne de Juppé mais pour faire barrage à Nicolas Sarkozy. A partir du moment ou Fillon est porté par cette dynamique, c'est là que c'est compliqué : le regard porté par les commentateurs et les électeurs font qu'il n'est pas forcément un second couteau mais qu'il peut se qualifier pour la finale fait que les électeurs par défaut de Juppé se retournent vers lui. C'est l'explication que l'on peut donner du double mouvement observé dans nos courbes.

 

La question est ensuite de savoir si cette dynamique va conduire à l'élimination de Nicolas Sarkozy, d'Alain Juppé ou si cela va conduire à l'élimination malgré un succès d'estime de François Fillon, à qui il aura manqué quelques points pour arracher la qualification.

 

Dans le même temps l'effet de vases communicants entre Juppé et Fillon contraste avec la stabilité du vote Sarkozy. Son électorat est bétonné, mais sa campagne n'a pas au regard de nos chiffres permis d'engranger d'autres soutiens. Nous verrons ce qu'il en est dimanche. Il a le soutien de 45% des Républicains.

 

Si on résume, on a Sarkozy qui est stable mais à haut niveau, ce qui lui permet d'envisager la qualification, et un duo en vases communicants qui fait monter l'outsider et baisser le favori.

 

La grande volatilité actuelle et les écarts très serrés poussent à prudence. De plus le corps électoral, qui est 10 fois plus restreints qu'une campagne présidentielle modifie la donne. Pour gagner un point, il faut déplacer 350.000 personnes en présidentielle, contre seulement 35.000 dans cette primaire. Les mouvements peuvent être très brutaux, et ce d'autant plus que l'on n'est pas dans un duel gauche-droite, mais dans une compétition au sein d'une même famille politique. Le système de vases communicants décrit précédemment est d'autant plus possible aujourd'hui dans ces conditions. Les phénomènes de rejets sont moins importants et la fluidité est démultipliée, ce qui permet de réelle embardées.

La forte progression de Fillon qu'il l'a fait passer de 10 à 20% de votants, ce qui est beaucoup. Dans le cadre d'une élection nationale, cela ne représenterai que 1% de l'électorat national.

 

Cela expliquerait des résultats étonnants dimanche. Autant il y avait une stabilité énorme en septembre avec Juppé à 40, Sarkozy à 30 et Fillon à 10%, autant avec l'entrée dans la campagne qui s'est manifestée par les débats, cela a bougé très fortement.

 

 

Jean-Daniel Lévy : Je ne peux me prononcer sur les chances, mais pour qu'un tel scénario ait lieu, il faudrait qu'il y ait une bascule forte de l'électorat d'Alain Juppé vers François Fillon. Elle pourrait se faire autour de l'idée que François Fillon est bien le candidat contre Nicolas Sarkozy. Le deuxième aspect est que sa prestance, sa posture et son âge joue en la faveur de François Fillon et au détriment d'Alain Juppé. C'est cela qui pourrait permettre cette orientation. Il y a une tendance aujourd'hui pour François Fillon, mais il est difficile de dire si elle va se poursuivre dans les prochains jours.

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