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Tunisie : les capitaines d'industrie 
proches de Ben Ali pourraient 
ne pas être jugés
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(Ben) Ali Baba...

Tunisie : les capitaines d'industrie proches de Ben Ali pourraient ne pas être jugés

Alors que l'ex Président tunisien déchu Zine el Abidine Ben Ali a été condamné à Tunis après un procès express, le journaliste Nicolas Beau décrypte les enjeux de cette justice par contumace. Le nouveau pouvoir a t'il intérêt à juger son entourage au risque de mettre en péril le développement économique du pays ?

Nicolas Beau

Nicolas Beau

Nicolas Beau est journaliste. Après une longue carrière au Canard enchaîné, émaillée de nombreux scoops, il est l'auteur de plusieurs best sellers, dont La Reine de Carthage (La Découverte, 2009).

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Atlantico : La justice tunisienne s’apprête-t-elle à tirer sur une pelote de scandales dont on connaît le début sans en connaître la fin ?

Nicolas Beau : Le clan Trabelsi avait fait main basse sur des biens situés surtout en Tunisie, des entreprises, des immeubles, des hôtels. Les procédures en cours montrent que l’on ne trouve pas pour l’instant des trésors faramineux en France et ailleurs à l’étranger : 12 millions d’euros par exemple en France, même si ce n’est pas forcément l’endroit idéal pour les personnes qui cherchent à cacher leurs économies par rapport à des pays comme l’Argentine. La Tunisie est prête a les juger, encore qu’il faudrait qu’ils soient extradés d’Arabie Saoudite pour que le procès aie sa vraie saveur. Mais au delà de leur cas, la question est de savoir où l’on place le curseur, et qui va être jugé dans l’entourage de Ben Ali et de Leila Trabelsi. Ils étaient quand même des dizaines à avoir monétisé des prébandes et des privilèges.

Le gouvernement de transition n’ayant actuellement pas de légitimité démocratique, il a logiquement envie de limiter la casse. 93 dossiers et chefs d’inculpation sont prêts pour poursuivre Ben Ali et son épouse, mais au delà, on peut imaginer qu’ils aient envie de tempérer, pour épargner quelques capitaines d’industrie tunisiens qui ont du composer avec le pouvoir et dont le gouvernement actuel a plutôt envie qu’ils relancent l’activité économique et en particulier le tourisme.

En revanche, après les élections de l’Assemblée constituante, que fera le gouvernement issu des urnes ? Ça, on ne le sait pas. Simplement le pouvoir actuel et même le peuple tunisien ne nourrissent pas un désir de revanche exacerbé.  

Ce procès ne sert à rien si Ben Ali n’est pas extradé ?

Ce procès est utile même s’il est jugé par contumace. Il risque de prendre le maximum car c’est la tradition dans ce genre de situation, quand le prévenu est jugé en son absence, sans doute plusieurs années de prison [L'ancien Président Ben Ali a été condamné à 35 ans de prison, NDLR]. Le problème ensuite est de savoir si les Saoudiens vont l’extrader. Au delà des Saoudiens, la décision reviendra plus aux Américains qu’aux Saoudiens eux-mêmes, car les Américains qui essayent de faire le ménage dans le monde arabe ou ailleurs n’ont pas intérêt à faire peur aux dictateurs en place dont ils espèrent qu’ils vont prendre une retraite anticipée. Mais il y a d’autres arguments qui pourraient amener les Saoudiens à l’extrader, à savoir qu'aujourd’hui la Tunisie a besoin de juger Ben Ali, pour éviter les dérapages et une période d’insécurité totale. Le pays a besoin d’un vrai grand procès du pouvoir en place. La Tunisie fait actuellement, je le sais, pression sur les Saoudiens et sur les Américains pour qu’un procès soit tenu rapidement en présence de Ben Ali, et ce procès devrait être instruit par la Justice militaire tunisienne sur les conditions dans lesquelles l’ordre a été donné de tirer sur la foule.

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