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Il y a encore un an, le seul mot "libéral" était considéré comme un gros mot
Il y a encore un an, le seul mot "libéral" était considéré comme un gros mot
©Reuters

Edito

Tout arrive, les Français sont (peut-être) en train de se convertir aux idées libérales

Il y a encore un an, le seul mot "libéral" était considéré comme un gros mot. Un mot tabou. Dangereux même. Aujourd’hui, les Français acceptent l’idée que l’entreprise pourrait être à l’origine de la richesse créée, donc de la croissance et de l’emploi... Si c’est vrai, c’est une révolution.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Il s’est sans doute passé quelque chose d’important dans l’opinion publique en 2013. Pour cause de crise, d’échec de la politique suivie et de la déception engendrée par François Hollande. Elle accepterait aujourd'hui une politique économique libérale qu’elle a en fait toujours refusée et repoussée depuis la nuit des temps. C’est très nouveau.

François Hollande connaissait cette mutation, ce qui explique qu’il ait amorcé dans son discours du 31 décembre, ce virage à 180 degrès par rapport à un discours fondateur de campagne très démagogique. Virage qui répond évidemment à l’attente des marchés… Le président n’avait certes pas le choix, il a pu se dire que l’opinion aussi attendait un changement mais il sait aussi - revers de la médaille - que si l’opinion attend une politique pro-entreprise, cette ambition est rejetée par sa propre majorité. D’où la décision, un peu surprenante pour des militants de la démocratie, de passer par la voie des décrets et des ordonnances.

A deux jours de la conférence de presse du président de la République, la situation croisée entre les contraintes politiques et les objectifs politiques n’aura jamais été aussi tendue et complexe.

1er point : L’opinion publique d’abord, se révèle, désormais beaucoup plus candidate à une politique économique de l’offre, c’est-à-dire qui serait tirée par les entreprises et les entrepreneurs. Les différents sondages (notamment celui publie par Challenges cette semaine) mais aussi des analyses en profondeur de l’état de la population indiquent qu'il existe une forte majorité pour admettre qu'il faut changer de politique. En gros, l’opinion est prête à acheter une baisse des dépenses publiques (c’était impensable il y a un an) ; l'opinion est prête à admettre que c’est l’entreprise qui crée de la richesse, donc de la croissance, donc de l’emploi. Il faut donc lui donner de la liberté et des moyens (souvenons-nous qu'il y a dix-huit mois les patrons étaient ravalés au ban de la société : trop riches, trop arrogants dans une société trop injuste).

2èmepoint : La mutation va plus loin. Une majorité de Français commence à penser que l’entreprise ne pourra embaucher et créer des emplois que si elle bénéficie de flexibilité (liberté d’embauche, oui mais à condition de pouvoir débaucher plus facilement). Il y a moins d’un an, ce simple concept aurait déclenché la 3ème Guerre mondiale. Aujourd'hui, c’est presque une évidence.

Mais ce n’est pas fini. Sur les riches par exemple, jadis considérés comme des ennemis de classe, les Français ne sont ni envieux ni haineux, la majorité est indifférente et beaucoup pensent qu'après tout c’est bien de gagner beaucoup d’argent.

En bref, tout se passe comme si la crise conjuguée à l’échec de la politique socialiste avait accéléré la conversion des Français à l’économie de marché. Et même à la mondialisation et au progrès technique.

3e point : Les Français convertis sont dans tous les partis. Les libéraux en France sont convaincus depuis le premier jour mais ils représentent moins de 10% de la population. La droite française n’a jamais été très libérale. La droite française n’a jamais aimé beaucoup l’entreprise. Le premier dirigeant politique à avoir protégé et encouragé l’entreprise, c’est Napoléon III. C’est un titre de gloire qui n’a jamais impressionné les Français. Les Français préféraient les faits d’armes. La droite française était étatique, colbertiste, souverainiste et fallait pas trop la pousser pour qu’elle soit protectionniste.

La gauche n’a pas fait mieux. La gauche était clivée de la même façon. Il y a toujours eu un petit courant libéral au PS mais la majorité de gauche était socialiste, étatiste, corporatiste, conservatrice, opposée à la mondialisation, à la concurrence des marchés privés et même au progrèstechnique. Dominique Strauss-Kahn a failli en faire un courant majoritaire. Mais l’histoire en a décidé autrement.  

Les clivages se sont néanmoins estompés. A droite comme à gauche, il existerait une majorité de libéraux qui croient que la mondialisation est incontournable, que le progrès technologique est porteur de progrès tout court et que la concurrence mondiale est un fort stimulant à la croissance .

Par pur pragmatisme face aux positions idéologiques qui bloquent toutes les initiatives, l’opinion publique française n’est pas loin de penser comme Tony Blair. « Il n’y a pas de politique de droite et de politique de gauche, disait l’ancien Premier ministre britannique, il n’y a que des bonnes politiques bénéfiques au plus grand nombre ». Ce pragmatisme amène les Français à défendre ou attendre des décisions de bon sens qui redonnent au chef d’entreprise le rôle-clef pour promouvoir la croissance.

Que François Hollande ait adopté ce credo, tant mieux ! Le patronat, les gouvernements européens et une partie de l’opposition approuvent. Le problème de François Hollande est que si la population est partante, le parti socialiste, les syndicats, les cadres du PS, l’extrême gauche et le Front de gauche, eux, crient à la trahison. Donc, le président de la République n’aura pas de majorité parlementaire.

Le problème pour François Hollande c’est que si une majorité de Français de droite comme de gauche sont d’accord avec un virage libéral  ou social-libéral, ils ne croient pas que François Hollande soit capable de le négocier. Sa parole est donc complètement démonétisée, son crédit est épuisé. A croire qu'il fait tout pour être inaudible. A peine le dossier Dieudonné pourrait-il se refermer qu'il se retrouve dans l’œil d’un cyclone sur sa vie privée. Tout se passe comme si la communication officielle avait toujours un sujet en réserve pour occulter les vrais problèmes. Jouer une nouvelle séquence qui ravira la presse et détournera l’attention.

Le président de la République est donc complètement coincé sauf à essayer de passer en force, ce qui serait très arrogant et dangereux.  

Mais l’opposition n’est pas en meilleure posture, la mutation de l’opinion la prend aussi à contre-pied. Politiquement, l’opposition ne partait pas à la bataille avec un discours libéral, elle partait avec un discours sécuritaire et protectionniste.

Nicolas Sarkozy lui-même, qui apparaît à l’heure qu'il est comme le candidat incontournable, n’a jamais laisser filtrer des éléments de programme. Plus grave, Nicolas Sarkozy n’a jamais fait campagne avec des mesures libérales pour l’entreprise. Il a toujours préférer labourer le sillon sociétal.

La mutation de l’opinion va peut-être lui donner des idées. Toujours est-il que la crise a été tellement sévère qu'elle a engendré une sorte de pédagogie de la réalité. Elle a aussi mis en évidence qu'il n’y avait pas d’autres acteurs que les chefs d’entreprise pour créer de la richesse et donc des emplois. Il faudra donc, à gauche comme à droite, les laisser faire. Quelle leçon ! Le peuple est une fois de plus plus courageux que ses élites et ses dirigeants. 

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