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Le ministère des Transports a démenti "formellement" mardi toute réforme globale de la loi sur le service minimum.
Le ministère des Transports a démenti "formellement" mardi toute réforme globale de la loi sur le service minimum.
©Reuters

Retour de bâton

Thierry Mariani : "Supprimer le service minimum revient à prendre les usagers en otage des tractations entre le gouvernement et les syndicats"

Le gouvernement envisagerait de remettre en cause le service minimum dans les transports. Cette réforme instaurée en 2007 et étendue en début d'année au secteur aérien pourrait être repensée pour "améliorer le dialogue social", comme le précise le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier.

Thierry Mariani

Thierry Mariani

Thierry Mariani a créé, en 2010, avec notamment les parlementaires Christian Vanneste et Lionnel Luca, le collectif de la Droite Populaire.

Il a été ministre chargé des transports dans le dernier gouvernement de Nicolas Sarkozy. 

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Atlantico : Le gouvernement envisage de revenir sur la réforme du service minimum dans les transports. Que pensez-vous de cet éventuel retour en arrière ?

Thierry Mariani : Si cela était le cas, ce serait l'exemple type de modification législative qui serait faite uniquement pour faire plaisir aux centrales syndicales. En effet, si on fait le bilan de ces réformes du transport terrestre adoptées à l'initiative de Xavier Bertrand et du transport aérien dont j'ai eu la charge, on constate qu'elles ont montré que l'on pouvait concilier le droit de grève et le respect des usagers. Je tiens à ajouter que la dernière loi qui a été votée concernant le service garanti dans les transports aériens a été déférée par la gauche devant le Conseil constitutionnel, au motif qu'elle représentait une atteinte au droit de grève. Et il a été catégorique à ce sujet en rejetant cet argument.

Ce possible retour en arrière serait uniquement un geste politique qui ne correspondrait à aucun besoin réel. Il est vrai qu'il est plus facile de contenter les syndicats sur de tels sujets que dans des domaines plus épineux comme l'industrie automobile !

Une fois de plus, on assisterait à un détricotage des réformes qui ont été menées pendant les cinq années durant lesquelles Nicolas Sarkozy était au pouvoir. On reviendrait clairement en arrière en redevenant l'un des seuls pays où le droit de grève serait absolument dépourvu d'encadrement.

La réforme du service minimum a simplement introduit l'obligation de déclaration individuelle 48h à l'avance. C'est-à-dire que les compagnies aériennes savent à l'avance quels avions elles pourront faire partir et ceux qu'elles devront annuler. Elles peuvent donc prévenir en amont les passagers pour que ces derniers s'organisent plus facilement. Dans le secteur aérien, cette réforme n'a été pour l'instant appliquée qu'une seule fois il y a quelques semaines suite à la grève de la compagnie Easy Jet. La plupart des passagers ont pu prendre leur avion sans aucun problème puisque la compagnie aérienne, prévenue à l'avance, a pu trouver des pilotes de remplacement.

N'est-ce pas légitime de la part de la gauche d'essayer de penser un système qui favoriserait le droit de grève qui a été limité par ces réformes ?

Le droit de grève est garanti. La seule chose qui n'est pas garantie, c'est celle de paralyser les usagers. En réalité, si la gauche revient sur cette réforme, ce sera la seule chose qu'elle parviendra à rétablir.

Le fait de nuire aux usagers n'est-il pas intrinsèquement lié au droit de grève car il permettrait de mieux faire entendre ses revendications et d'obtenir satisfaction ?

On ne peut pas comparer les grèves dans les transports aux grèves dans toutes les autres entreprises, d'autant plus dans les transports ferroviaires qui sont des sociétés publiques avec un statut d'agent d'entreprise publique. Ces entreprises ont une mission de service public à accomplir.

Le service des transports dans la plupart des pays connaît des règles très strictes qui encadrent le droit de grève. Je rappelle les exemples de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne, où le droit de grève est interdit dans certaines entreprises. En Italie, pourtant souvent décrit comme un pays anarchique, la grève dans les transports est purement et simplement interdite pendant certaines périodes.

La position qui avait été trouvée par l'ancien gouvernement était un compromis assez équilibré. En effet, ce service "garanti" n'empêche en rien la grève mais améliore simplement l'information.

En privilégiant les syndicats au détriment de l'opinion publique, le gouvernement est-il en train de tendre le bâton pour se faire battre ? Est-ce plus risqué de mécontenter les syndicats ou les usagers ?

Ce qui est risqué, c'est de ne pas tenir compte de l'opinion publique. Cet intérêt réside dans le fait que le droit de grève doit être respecté mais que, dans un même temps, les usagers puissent s'organiser.

En revenant en arrière, le gouvernement prendrait une fois de plus le risque de mécontenter l'ensemble des Français puisqu'on a pu constater que lorsque l'on interrogeait la population sur le bilan de l'ancien président, cette réforme faisait parti des plus populaires.

S'il existait un risque évident de mécontenter les syndicats en menant une telle réforme, il est évident que l'opinion publique était acquise à cette cause. En politique, il faut avoir le courage de défendre l'intérêt public. Ce geste envisagé envers les syndicats irait clairement contre l'intérêt général et se résumerait à une pure concession politique.

La gauche risque-t-elle de se couper des classes populaires avec de telles réformes ou au contraire de redorer son blason social en défendant le droit de grève ?

Dans l'opinion publique, c'est un très mauvais calcul. Je donne rendez-vous à la première grève des transports : les Français feront vite la différence entre la loi telle qu'elle existe aujourd'hui et telle qu'elle existerait si on revenait au système précédent.

Le gouvernement tente-t-il d'amadouer les syndicats avant d'asséner des réformes qui seront beaucoup moins populaires pour eux ?

C'est certainement le cas. Mais je pense que le public n'a pas à faire les frais de tractations politiques entre le gouvernement et les syndicats. Les syndicats dans les transports sont forts et puissants. Mais ce serait aussi un mauvais coup pour l'image de ces sociétés.

Propos recueillis par Célia Coste

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