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Théâtre : "L’Art du théâtre" suivi de "De Mes propres mains",  Rambert a fait beaucoup mieux...
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Théâtre : "L’Art du théâtre" suivi de "De Mes propres mains", Rambert a fait beaucoup mieux...

Anne-Claude  Ambroise-Rendu pour Culture-Tops

Anne-Claude Ambroise-Rendu pour Culture-Tops

Anne-Claude Ambroise-Rendu est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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THÉÂTRE

L’Art du théâtre suivi de De Mes propres mains

DE Pascal Rambert

MIS EN SCÈNE PAR Pascal Rambert

AVEC Arthur Nauzyciel et (L’Art du théâtre uniquement) Elboy

 

INFORMATIONS 

Théâtre du Rond-Point

2 bis, Avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris

Jusqu'au 3 mars. Mercredi à samedi 20h30. Dimanche 15h30.

RÉSERVATIONS : 01 44 95 98 21/www.theatredurondpoint.fr

 

RECOMMANDATION : A LA RIGUEUR

THÈME

L’Art du théâtre : un homme d’âge moyen entre en scène muni d’une écuelle et accompagné d’un chien terre neuve, noir. Il entame un « dialogue » avec l’animal qui le suit pas à pas, soit assis, soit déambulant d’un bout à l’autre d’une scène vide. L’homme réfléchit à voix haute à ce qu’a été dans sa vie, l’art du théâtre, à ce que signifie cet étrange usage des mots et des corps, à l’urgence qu’il y a parfois à ne pas penser, au rôle souvent intrusif et bavard du metteur en scène, aux jeunes filles qui veulent un rôle et dont il veut la bouche ou le corps tout entier. Aux jeunes garçons qu’il a beaucoup aimé aussi, à l’ivresse nécessaire pour être comédien, à l’inévitable souffrance.

De mes propres mains : cette fois l’homme, qui d’ailleurs pourrait être une femme, est seul et livre un monologue déstructuré et désespéré, convoquant un père, un fils, Hans, M, une frontière, Alexandrie, une crémière, un revolver qui sert de monnaie d’échange, l’usine à gaz du père, un parapet, un pont, New-York,  des projets de suicide et une souffrance intense.

POINTS FORTS 

- Le plus important est l’audace, et il en fallait pour tenter de faire du théâtre avec aussi peu de matière théâtrale : ni récit, ni dialogue, ni intrigue, ni dénouement. Ces deux pièces sont de véritables défis, des actes de bravoure qu’il faut saluer comme tels.

- Des moments de textes percutants, sensibles et justes qui parviennent à éviter « l’entre soi » que peut susciter tout discours sur le théâtre et invitent au contraire le spectateur à partager cette méditation sur ce qu’est l’art du théâtre.

- Le chien dont l’air débonnaire, la petite langue rose et l’odeur puissante amusent beaucoup la salle.

POINTS FAIBLES 

Un seul mais les deux pièces s’y tiennent ensemble : à vouloir épurer à ce point, ne tue-t-on pas le théâtre ? Pas de décor, pas de costume, un chien dont l’indéniable séduction n’en est que plus suspecte : est-ce que cela suffit ?

- Malgré ses qualités, le texte de l’Art du théatre est un tissage d’aphorismes féroces et parfois véhéments qu’on aimerait lire lentement et relire - quelques lignes par jour - en le dégustant. On pourra du reste se le procurer, puisqu’il est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs et vendu sur place.

- Avec De mes propres mains, flux tendu de morceaux de phrases, de mots brutalisés par une syntaxe cul par dessus tête, Pascal Rambert livre un cri, rendu ici par une profération haletante et uniforme qu’on peut ne pas goûter en raison même de son uniformité, comme on peut être réticent à l’esthétique du massacre et de l’horreur qui point ici et là.

EN DEUX MOTS 

La grâce pataude et innocente du chien ne suffit pas à donner un corps à ces mots. On comprend la volonté de l’auteur-metteur en scène de « déspectaculariser » ces textes sombres, et on voudrait le suivre dans cette exigence. Mais la performance semble ici renoncer au théâtre, l’enterrer sans pompes et sans grâce, donnant ainsi raison au personnage qui dit : « La vie est tellement plus belle que tout ce que j’aurais pu faire ». L’ennui c’est qu’il n’est pas sûr que le spectateur – qui reste un spectateur – y trouve son compte.

UN EXTRAIT

« Le souffle est une balance de haute précision qui donne le poids des mots. »

L’AUTEUR 

Auteur, metteur en scène, réalisateur et chorégraphe, Pascal Rambert est un homme de théâtre complet et à l’audience internationale. Après avoir été directeur du Théâtre de Gennevilliers (2007- 2016), toujours auteur associé au Théâtre National de Strasbourg (depuis 2014), il est désormais artiste associé de El Pavón Teatro Kamikaze à Madrid depuis septembre 2017.

Il a reçu en 2016 le prix du théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre. Renonçant à la narration comme aux usages habituels de la mise en scène, il livre des pièces/performances proposant ainsi aux spectateurs une expérience théâtrale originale et singulière. De mes propres mains a été créé en juin 2015 au Théâtre des Bouffes du Nord, et L’Art du théâtre en octobre 2017 à Seuls en Scène, Princeton French Theater Festival aux Etats-Unis. 

 

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