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Terrorisme : ce qu’il nous faudra bien finir par assumer au-delà des mots si nous considérons être en guerre
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Guerre

Terrorisme : ce qu’il nous faudra bien finir par assumer au-delà des mots si nous considérons être en guerre

Si les responsables politiques parlent de guerre contre le terrorisme, ce discours est encore loin d'être assumé dans les faits. Un manque de cohérence entre le discours de guerre et l’incapacité de l’assumer politiquement.

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe, docteur d’État, hdr., est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé dans la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique, derniers livres : « L’art de la guerre idéologique » (le Cerf 2021) et  « Fake news Manip, infox et infodémie en 2021 » (VA éditeurs 2020).

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Yves Roucaute

Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe, épistémologue et logicien. Professeur des universités, agrégé de philosophie et de sciences politiques, docteur d’État en science politique, docteur en philosophie (épistémologie), conférencier pour de grands groupes sur les nouvelles technologies et les relations internationales, il a été conseiller dans 4 cabinets ministériels, Président du conseil scientifique l’Institut National des Hautes Etudes et de Sécurité, Directeur national de France Télévision et journaliste. 

Il combat pour les droits de l’Homme. Emprisonné à Cuba pour son soutien aux opposants, engagé auprès du Commandant Massoud, seul intellectuel au monde invité avec Alain Madelin à Kaboul par l’Alliance du Nord pour fêter la victoire contre les Talibans, condamné par le Vietnam pour sa défense des bonzes.

Auteur de nombreux ouvrages dont « Le Bel Avenir de l’Humanité » (Calmann-Lévy),  « Éloge du monde de vie à la française » (Contemporary Bookstore), « La Puissance de la Liberté« (PUF),  « La Puissance d’Humanité » (de Guilbert), « La République contre la démocratie » (Plon), les Démagogues (Plon).

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Atlantico : Les responsables politiques parlent de guerre contre le terrorisme mais est ce qu’ils l’assument politiquement ? N'y a-t-il pas un manque de cohérence entre le discours de guerre et l’incapacité de l’assumer politiquement ?

François Bernard Huygue : Ce n'est pas nouveau. Tout a commencé au lendemain du 11 septembre 2001 où le président américain proclamait que nous faisions la guerre au terrorisme. A l'époque tout le monde c'était gaussé de lui en disant qu'il n'était pas possible de faire la guerre au terrorisme de même qu'il n'est pas possible de faire la guerre contre les tranchées. Il s'agit d'un moyen de lutte et non d'un ennemi physique.

Etre en guerre est une période qui rythme la vie des Etats souverains. Pour qu'il y ait la guerre il faut qu'on assume le risque de tuer un certain nombre de gens et d'avoir des morts de son côté. C'est une période où le fait de tuer quelqu'un qui a un uniforme d'une autre couleur que vous, est considéré comme légitime dans la vie politique des peuples. 

Première remarque, nous assumons de tuer des gens (nous bombardons la Syrie et l'Irak), mais nos pertes à nous sont des victimes d'attentats que l'on décore comme victimes innocentes. C'est ce qu'elles sont, mais on ne les considère pas comme des victimes de guerre. Donc il faut assumer ce prix en vies humaines. Et même si nous avons eu beaucoup de morts depuis le Bataclan, cela reste minime par rapport à ce que représentait une journée de la guerre de 14. On est pas dans les mêmes proportions.

Deuxième remarque, lorsque l'on est en guerre, on a un ennemi. Comment s'appelle-t-il ? On a dans les pays occidentaux beaucoup de mal à le désigner. On parle de guerre contre l'extrémisme, ou contre une menace pour la démocratie. Mais il faut dire en l'occurrence que nous faisons la guerre au Kalifa. Nous ne reconnaissons pas clairement notre ennemi donc il y a un premier problème. On dit faire la guerre contre un Etat, ce n'est pas le cas. On dit que l'on s'en prend au djihadisme qui est une perversion de l'islam. Enfin, si on a des ennemis, il faut les traiter comme tel. Quand on faisait la guerre de 14/18, on n'envoyait pas les prisonniers allemands devant un juge d'instruction français pour appliquer le code pénal. Il y a quelque chose d'incohérent.

Evitons ces termes de guerre ou alors, si l'on fait la guerre il faut en accepter les conditions.

Yves Roucaute :Il est clair qu'il n'est pas normal que nous ne prenions pas au sérieux cette guerre menée sur notre sol, que nous relâchions des gens qui menacent la sécurité des citoyens européens, qui tiennent des propos ouvertement salafistes, qui ont des comportements salfistes, qui sont fichés S pour islamisme radical, qui soutiennent les terroristes. 

Les individus qui soutiennent ceux que combattent nos troupes sont nos ennemis. En termes juridiques, ces individus, qui ont fêté les attentats par exemple comme on le vit à la maison d’arrêt de Villepinte qui était en liesse après les attentats contre la supérette casher et le journal Charlie, commettent  des actes de trahison. Le code pénal est clair dans ses articles 411-2 à 411-11. Ils doivent être sanctionnés. Il est anormal que l'on utilise pas ces textes légaux, le laxisme devient chaque jour plus insupportable. La question n'est pas de supprimer la liberté dans nos pays mais lorsque des gens sont complices de ceux que l'on combat, il faut les punir et les mettre hors d’état de nuire.

Et que l’on ne vienne pas nous dire que le Conseil d’Etat ou une autre institution judiciaire ne permettraient pas de neutraliser nos ennemis comme le faisait le ministre de la justice précédent pendant que LR quinquennat de François Hollande. Il faut que ceux qui nous gouvernent, malheureusement plus souvent gestionnaires type ENA, que politiques, apprennent que la société n’est pas au service du droit mais que c’est le droit qui est au service de la société. Et qu’un Etat de droit n’est pas un Etat qui permet le viol des libertés, en particulier de la première d’entre elles, la propriété et la sécurité de son corps, le droit à la vie, mais qu’il est là pour l’assurer. Si les textes ne le permettent pas, il faut changer les textes. Si des institutions telle que le Conseil d’Etat ou les différentes Cours européennes ne le permettent pas il faut changer les institutions. Précisément l’Etat de droit, c’est l’Etat de la vie selon un droit conforme à la protection de nos libertés.

Nous manquons au niveau politique d'un Georges Clémenceau qui rappelons le, avait réprimé très sévèrement les gauchistes de l'époque, qui prétendaient pouvoir saboter les forces militaires françaises. Nous manquons d'un général de Gaulle qui, à la libération, avait puni sévèrement ceux qui avaient collaboré avec l'ennemi. Ceux qui publient des tweets exprimant leur sympathie avec l'Etat islamique, celles qui portent le niqab, sont eux-aussi dans un processus de trahison. Il faut agir, au moins avec le droit et les forces existants.

Quels moyens supplémentaires un pays en guerre peut-il légitiment mettre en place ? (Cas de guantanamo, assassinats ciblés…).

Yves Roucaute : En période de guerre, les devoirs sont plus importants que les droits car il faut défendre la nation en danger. Nous n'avons pas à nous préoccuper de savoir si celui qui est en face de nous est chrétiens, musulman ou bouddhiste. Nous devons nous préoccuper de savoir si les Français sont prêts ou non à accomplir leur devoir. Je connais d'ailleurs beaucoup d'enfants d'origine marocaine, tunisienne, algérienne, turque, russe qui sont prêts à faire leur devoir pour la France. Et, bien entendu, beaucoup de musulmans. Cela semble être le cas aussi au Royaume-Uni.

Nous avons en face de nous un ennemi qui est l'islamisme djihadiste. Cet ennemi s'est coulé dans l'islam, et il se nourrit de lui. C'est pourquoi nous devons demander aux musulmans européens de prendre le drapeau de la France ou de leur pays de citoyenneté et de se positionner en première ligne dans cette guerre. Ce sont eux qui connaissent le mieux les méthodes de détournement de l'islam pratiqué par les djihadistes et ce sont eux qui sont les plus forts pour faire une contre-attaque culturelle contre les djihadistes. 

A cet égard, il faut revoir l’excellent film, Peshmergas, réalisé par Bernard Henri-Lévy, qui montre le combat des Kurdes contre ce Mal radical. Et qui, au-delà, peut permettre de mener sur notre territoire cette campagne idéologique dont nous avons besoin pour éradiquer le salafisme dans les têtes. Il faut multiplier ces produits culturels, vidéos, films, musiques, images, textes qui offrent à la jeunesse des héros, des mythes, des récits qui renforcent les défenses culturelles de notre cité et détournent la jeunesse fragile de la propagande djihadiste. Nous devons prendre au sérieux la guerre idéologique. Et celle-ci se joue jusque sur le plan militaire : il faut par exemple, créer des bataillons de femmes.

Il nous faudrait bien sûr un Patriot Act à la française. Va-t-on indéfiniment joué la carte de l’exceptionnalité, de l’état d’urgence ? La guerre va être longue. Si nous avons déjà un énorme attirail juridique, nous souffrons en France de deux choses : d'une absence de volonté de mettre hors d'état de nuire ceux qui sont coupables de trahison, mais aussi de notre incapacité à lutter avec les armes de l'Etat de droit. 

En clair nous manquons de contrôle pour préserver la liberté, et dans le même temps, nous souffrons d'un manque d’outils pour réprimer ceux qui sont coupables de trahison ou de menée criminelles contre notre pays.

François Bernard Huygue : Honnêtement des moyens supplémentaires ne seraient pas d'augmenter les moyens militaires ou les effectifs. Le problème en Syrie et en Irak n'est pas de mettre des avions en plus ou des bombes en plus. Je pense que les changements que cela pourrait supposer de proclamer la guerre seraient d'ordres politiques et juridiques.

Par exemple de traiter un certain nombre de gens qui ont le passeport français comme des combattants étrangers, de leur retirer leur nationalité, les faire juger etc… Je ne dis pas que je souhaite cela ni que ce serait une bonne chose, mais ce serait la conséquence directe d'un état de guerre.

Et comment trouver le bon équilibre pour agir ?

Yves Roucaute : Aux Etats-Unis, il existe une cour de justice indépendante du pouvoir politique pour veiller au respect des libertés individuelles dans l'application du Patriot Act, le FISC. En France, les bureaucrates qui gouvernent préfèrent la justice administrative, plus confortable pour l’exécutif, plus malléable, souvent aux ordres. Et ils naviguent à vue, avec une grand inefficacité. Il nous faut l’efficacité et le respect des droits.

François Bernard Huygue : Une guerre, soit elle se fait chez vous et vous cherchez à repousser les envahisseurs loin de vos frontières, soit elle se fait au-delà et dans ce cas on accepte de traiter son adversaire comme un ennemi. On se donne des objectifs politiques, on a des alliés et on sait qu'il y a un prix à payer en vies humaines. Pour le moment nous sommes dans la participation à une expédition loin de nos frontières. Et nous ferions bien de nous rappeler que nous avons deux points de vus bien différents. Pour eux, les gens du Kalifa, c'est nous qui commettons des crimes de guerre en les bombardant et en tuant des gens. Nous avons un point de vu inverse en considérant que leurs initiatives sur notre territoire sont des crimes de droit communs.

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