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Tabac, alcool et autres addictions : faut-il vous lancer dans un "stoptobre" comme les Britanniques ?
©Flickr/Fried Dough

Octobre sans

Tabac, alcool et autres addictions : faut-il vous lancer dans un "stoptobre" comme les Britanniques ?

"Stoptober" au Royaume Uni, est une campagne qui valorise la tentative d’arrêt du tabac

Bertrand Dautzenberg

Bertrand Dautzenberg

Bertrand Dautzenberg est tabacologue. Il exerce à l'hôpital Marmottan et à la fondation Arthur Vernes. Il a également exercé par le passé à l’Assistance publiques-Hôpitaux de Paris au CHU Pitié-Salpêtrière. Il préside Paris sans tabac. Bertrand Dautzenberg est également vice président du Respadd. 

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Atlantico : « Stoptober » au Royaume Uni, est une campagne qui valorise la tentative d’arrêt du tabac. L’objectif étant de proposer à tous les fumeurs d’essayer d’arrêter de fumer en même temps, pendant 28 jours. Quels sont les mécanismes psychologiques utilisés par cette initiative pour permettre aux fumeurs d'en finir avec leur addiction ? Pourquoi 28 jours ? 

Bertrand Dautzenberg : Lancé en 2012, Stoptober est un défi de 28 jours conduit chaque année au mois d’octobre qui encourage et soutient les fumeurs de toute l'Angleterre à quitter le tabac.

Plutôt que de demander un arrêt définitif qui n’est pas acceptable par la majorité des fumeurs à un temps donné, Stoptober propose un arrêt de 4 semaines (28 jours). Les données montrent en effet que si un fumeur peut arrêter de fumer pendant 28 jours, il est cinq fois plus susceptible d’arrêter de fumer au long cours. La campagne présente donc un objectif plus gérable qu’une décision d’arrêt définitive et rassemble ainsi beaucoup plus de fumeurs que si un arrêt définitif était demandé.

Relever le défi d’arrêter ensemble, en famille, au travail ou dans une autre communauté autour d'une date précise multiplie le nombre de personnes qui se lancent dans l’arrêt.  Environ 10% des fumeurs britanniques participent chaque année à Stoptober.

 Stoptober outre la campagne médiatique nationale et locale encourageant le plus grand nombre possible de fumeurs à quitter le 1er octobre offre tout une gamme de ressources gratuites. En Angleterre les substituts nicotiniques sont d’accès gratuit et la cigarette électronique est promue par les autorités pour l’arrêt du tabac.

Tout au long du mois d'octobre, la campagne continuera à recruter des fumeurs pour participer, tout en encourageant et en soutenant les fumeurs qui se sont lancés dans un voyage de 28 jours sans fumer.
 

N'y a-t-il pas un risque, après l'effet collectif du début de l'opération, que les fumeurs ne se retrouvent seuls lors des phases suivantes ? Quels sont les méthodes à privilégier pour faire face ? 

En Angleterre il existe un soutien important et permanent aux fumeurs. En passant par le NHS (la sécu anglaise) et les médecins traitants (les GP) tous les produits d’arrêt du tabac sont gratuits tout au long de l’année et infirmières et médecins sont tous mobilisés pour l’arrêt du tabac. Il faut dire que leur assurance maladie s’appelle Assurance santé comme dans la plupart des pays du monde. La France étant jusqu’à ce jour un des pays où les interventions « santé » avant que la maladie ne se déclarent est le plus sous valorisées.

Les anglais qui fumaient beaucoup plus que les français il y a 20 ans fument maintenant presque 2 fois moins, montrant s’il en était besoin qu’une politique volontariste et festive permet à un grand nombre de fumeurs de se libérer du tabac. Cette démarche du système de santé anglais a été conduite après des analyses qui montraient que de s’occuper avec énergie des fumeurs et leur donner tous les traitements gratuits était le système le moins couteux et le plus efficace pour faire gagner à tous les fumeurs des années supplémentaires de vie en bonne santé.

Clairement en grande Bretagne Stoptober est depuis 2012 une fête de l’arrêt du tabac qui a un effet booster mesurer mais qui s’inscrit aussi dans une prise en charge des fumeurs tout au long de l’année.

La libre disposition de nicotine non fumée que ce soit sous forme de médicaments (patch, gommes, pastilles, comprimés, inhaleurs, sprays ou cigarettes électroniques) et l’accueil permanent du NHS sont une des clefs du succès britannique.

Quel a été le succès de la version française du "Stoptober", "le moi(s) sans tabac » en France, dont la première édition a eu lieu en 2016 ? Cette méthode est-elle adaptable à d'autres addiction, comme l'alcool ? 

En France depuis 2016 Santé Publique France a repris le concept de Stoptober, en le décalent en novembre, car en octobre on célèbre Octobre rose et conduit des manifestations pour une meilleur prise en charge du cancer du sein. Le concept a été adapté à la France et au système de prise en charge de l’arrêt du tabac en France sous le nom « Le moi(s) sans tabac ».

Santé publique France insiste beaucoup sur son outils Tabac Info Service avec sa version téléphonique et internet pour accompagner l’arrêt du tabac. Cet outil fonctionne toute l’année. Un certain nombre d’initiatives locales soutenues par l’assurance maladie permettent pour un temps d’assurer la gratuité des substitus nicotiniques. La cigarette électronique fait une entrée discrète dans les outils de sortie du tabac. La mobilisation de tous les acteurs de la lutte contre le tabac a été forte l’an dernier sera encore plus forte cette année. Les hôpitaux, les entreprises, les municipalités et de nombreuses communautés lancent des actions pour l’arrêt du tabac en particulier vers les plus précaires qui sont deux fois plus touchées par le tabac en France que les privilégiés.

Cette action Festive qui insiste beaucoup moins que Stoptober sur un arrêt de 28 jours mais plus sur la libération du tabac avec un objectif à long terme nécessite encore quelques réglages, mais est efficace pour créer une dynamique des fumeurs vers l’arrêt du tabac, mais aussi donner du dynamisme et une lisibilité à tous les acteurs de la liste contre le tabac, que ce soit au sein des consultations de tabacologie, des acteurs de préventions que de tous les soignants. En 2017 l’augmentation du prix du tabac en novembre couplée à Moi(s) sans tabac permettra de démultiplier l’efficacité de l’action et faire que l’arrêt soit une libération et non une contrainte, un plaisir et non une souffrance.

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