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Syriza, le retour : Alexis Tsipras reprend le bras de fer avec les institutions européennes
©Reuters

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Syriza, le retour : Alexis Tsipras reprend le bras de fer avec les institutions européennes

6 mois après la signature in extremis d'un accord entre le gouvernement grec et la Troïka, les tensions réapparaissent au sujet de l'épineuse réforme des retraites. Suite au relèvement de l'âge de départ à la retraite de 62 à 67 ans, voté en octobre dernier, Alexis Tsipras se refuse à abaisser une nouvelle fois le niveau des retraites existantes.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Ce lundi 4 janvier, le gouvernement d'Alexis Tsipras se devait d'envoyer ses propositions relatives à la réforme des retraites en Grèce. Or, le Premier ministre a déclaré ne pas vouloir faire de concessions "déraisonnables" à la Troïka. 6 mois après la signature de l'accord, assistons-nous au retour du bras de fer entre les Européens et Syriza ?

Nicolas Goetzmann : Nous assistons en effet à une résurgence de tensions entre le gouvernement grec et la Troïka. Le commissaire européen Pierre Moscovici a déjà pu déclarer que la Grèce devait "tenir ses engagements" sur le dossier des retraites. De l'autre côté, Alexis Tsipras cherche à éviter une nouvelle réduction des pensions, et propose de passer par d'autres sources de financement pour tenir ses engagements. Notamment en relevant les cotisations sociales de 1% pour les charges patronales et de 0.5% pour les charges salariales. Pour se justifier, le Premier ministre indique que la retraite grecque moyenne a déjà été lourdement abaissée au cours de ces dernières années, passant de 1480 euros en moyenne en 2010 à 863 euros aujourd'hui. De plus, Syriza ne cherche à protéger que les personnes étant déjà à la retraite, alors que les nouveaux entrants devraient subir une perte de 15 à 30% de leurs pensions. Il ne s'agit donc pas d'une demande "totalement irresponsable". De plus, il ne faut pas oublier qu'en octobre dernier, le Parlement Grec a voté pour un relèvement progressif de l'âge de la retraite de 62 à 67 ans avec une forte pénalité (16% au total) pour les retraites anticipées. Les efforts consentis sont lourds. Il est également à noter que cette demande de relèvement des charges sociales par le gouvernement pourrait constituer un point de rupture pour le FMI, qui s'y oppose. Cependant, selon les modalités de l'accord signé en août dernier, Alexis Tsipras conserve bien une marge de manœuvre sur ce point, ce qui est exprimé clairement dans le document : "Les institutions sont prêtes à prendre en compte d'autres mesures structurelles concernant le système des retraites, pourvu que celles-ci soient équivalentes aux mesures prévues". La seule restriction à cette latitude est la capacité de ces mesures alternatives à affecter la croissance. C'est sur ce point que le FMI peut marquer son désaccord. Reste à savoir si la baisse des retraites est plus ou moins récessive qu'une hausse des cotisations, et ce, pour un montant équivalent…

Le bras de fer entre Syriza et la Troïka est donc à nouveau engagé, mais la main d'Alexis Tsipras apparaît aujourd'hui bien plus faible qu'elle ne l'était en 2015.

Selon les données publiées par Markit, le secteur manufacturier grec serait à nouveau en expansion. La population grecque a-t-elle des raisons d'espérer une amélioration de la conjoncture économique du pays dans le courant de cette année 2016 ?

En effet, pour la première fois depuis une année, le secteur manufacturier grec est entré en phase d'expansion. Et ce, après une chute spectaculaire, conséquence de la perspective de sortie du pays de la zone euro qui a feuilletonné tout au long de l'année 2015. Cependant, malgré cette bonne nouvelle, l'économie du pays devrait encore connaître une année de récession en 2016. La commission européenne prévoit encore une chute du PIB de 1.3% pour l'année 2016 avec un hypothétique retour de la croissance en 2017. Concernant la dette, celle-ci devrait encore progresser de près de 5 points de PIB au cours de cette seule année, passant de 194.8% du PIB à 199.7% à la fin 2016. De la même façon, le chômage est attendu en légère hausse, à 24.8% de la population active. Depuis la survenance de la crise en 2008, le pays a perdu plus de 25% de son PIB. Ce qui signifie que même en étant optimiste, et en considérant que le pays va connaître une croissance annuelle de 3% au cours des 10 prochaines années, le résultat final sera simplement de voir le PIB atteindre son niveau de 2008. Soit 20 années de perdues, une génération entière de stagnation. Les raisons de se réjouir ne sont pas encore réunies pour la population.

Quelles solutions pourraient réellement permettre une réelle résolution de la crise grecque ?

En dehors des plans d'austérité qui sont imposés au pays, et dont les effets récessifs sont connus, un autre point reste en suspens. La Grèce reste encore exclue du plan de relance monétaire mené par la Banque centrale européenne, et ce, en rupture totale d'équité avec les autres membres de la zone euro. Le plus surprenant est que c'est le pays qui en a le plus besoin qui est mis à l'écart. Le pays ne peut donc pas compter sur ce qui est la source principale de croissance de la zone euro, notamment pour les années 2015 et 2016. La seule opportunité pour le pays est la baisse du prix du pétrole. Il n'y a donc rien à attendre au niveau local. Parce que la résolution de la crise grecque ne peut pas se jouer à ce niveau, il s'agit avant tout de l'orientation économique de la zone euro. Le continent entier souffre d'une agonie de sa demande intérieure, et puisque la Grèce est le maillon faible de l'ensemble, le pays est passé depuis longtemps sous la ligne de flottaison. Seul un plan massif de soutien à la croissance, par la voie monétaire, pourrait permettre une normalisation de la demande au niveau européen, et ainsi apporter à la Grèce des raisons d'espérer. Car dans une telle configuration, le pays serait en mesure de croître à un rythme élevé, pour tenter de rattraper les années déjà perdues. La discussion actuelle concernant le niveau des retraites dans le pays apparaît donc bien éloignée d'une quelconque tentative sérieuse de résolution de la crise que connaît le pays. 

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