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Syrie : les indignés 
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Zone franche

Syrie : les indignés aux abonnés absents

Faut-il qu’Israël soit le méchant pour que l’on défile pour la paix au Moyen-Orient de République à Bastille ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Deux poids-deux mesures », c’est  un peu comme « indignations sélectives » et « bien-pensance » : une formule pré-mâchée que l’on jette, méprisant, à la figure d’un contradicteur, histoire de lui démontrer à quel point il est incapable de sortir de sa grille de lecture réflexe pour apprécier « objectivement » (comme soi-même ?) une situation.

« Ah vous êtes contre ceci mais pas contre cela ? C’est bien la marque de votre terrible duplicité ! » « Et vous demandez que l’on intervienne ici et mais pas là ? C’est bien la preuve de vos vraies motivations ! » Quelle stupidité, en fait… Est-il seulement possible, seulement envisageable, de se dégager à ce point de son histoire, de sa culture, de son expérience et de son milieu pour regarder le monde autrement qu’avec subjectivité ?

Moi, mes indignations sélectives, je les revendique. Oui, il y a des trucs indignes dont je me fiche complètement. Des petits trucs : Thierry Henry qui marque un but de la main, je sais que ça n’est pas loyal mais, en vérité, il pourrait marquer de l’oreille que je n'en perdrais pas le sommeil. Des grands trucs : la déforestation brésilienne, je sais que c’est très grave mais, franchement, je m’en bats l’œil. C’est plus fort que moi.

Il y a tout de même, chez l’individu bourré de contradiction que je suis ― et que vous êtes aussi, ne vous faites pas d’illusions ― quelque chose qui dépasse l’expérience personnelle ou les centres d’intérêt et que l’on pourrait qualifier de « valeurs ». Les principes de base présumés transcender les choix partisans d’un démocrate du XXIe siècle, quoi... Comme le respect de la vie humaine, pour prendre un exemple commode.

Le "printemps arabe" ? Ils ne font pas un break pendant l'été français ?

Prenez la Syrie : les nouvelles les plus terribles s’accumulent depuis des semaines sur le massacres des rebelles (peut-on d'ailleurs parler de rebelles pour la quasi-totalité de la population d'un pays ?) au régime de Bachar el-Assad et, manifestement, tout le monde s’en contrefout.

Au mieux, un débat s’est instauré sur le mode géopolitique pour les nuls, les rares piliers de bistrots à discuter de ce qui se passe à Damas s’interrogeant doctement sur la capacité de l’OTAN à mener une seconde intervention  ― voire sur ce qu’en dirait l’Iran. Au pire, on glose sur Twitter de des conséquences de l’ouverture d’un nouveau front sur l’étiage de Sarko dans les sondages à quelques mois de la présidentielle.

On s’en fout, je vous dis. Comme moi des oreilles de Thierry Henry et des forêts primaires d’Amérique latine...

Il faut dire que la Libye, on s’en foutait déjà un peu aussi mais c’était les débuts du printemps arabe et ni Fukushima ni DSK n’étaient encore venus brouiller les pistes. D’autant plus qu’on pouvait s’en donner à cœur joie sur les implications hexagonales : « Tss, Sarko, s’il tient tant y aller, à Tripoli, c’est pour mieux faire passer la baisse de l’ISF, mais on n'est pas dupes ! »

De fait, le seul moment où l’on a senti un vague frémissement chez les indignés professionnels, c’est lorsque que les Palestiniens ont donné le sentiment qu’ils s’apprêtaient eux-aussi à entrer dans la danse. Le Moyen-Orient est à feu et à sang, d’affreux dictateurs écrabouillent toute exigence de liberté avec une violence inouïe, les vieilles certitudes à l’égard de la région s’effondrent comme se sont effondrées, en leur temps, les vieilles lunes marxistes en 1989 et le seul roc un peu solide auquel se raccrocher, c’est le conflit israélo-palestinien...

Bah, je ne fais pas semblant d'être surpris. Les indignations sélectives, j'ai déjà dit ce que j'en pensais : on a du mal à s'en défaire. Mais tout de même, Hessel et ses millions de lecteurs, on nous les disait d'une autre trempe. Ils sont où, les indignés pendant que l'on massacre en Syrie ?

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