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Syrie : Le discret coup de pouce américain derrière l’offensive rebelle dans le sud du pays
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Opération "Genève du Hauran"

Syrie : Le discret coup de pouce américain derrière l’offensive rebelle dans le sud du pays

Si une intervention militaire directe des États-Unis est clairement exclue, ils ont renouvelé leur soutien militaire à plusieurs groupes rebelles, notamment début février, lors de l'offensive rebelle « La Genève du Hauran ».

Fabrice Balanche

Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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La deuxième session de négociations à Genève s’achève sur un échec annoncé. Comment était-il possible d’obtenir un accord entre le régime de Bachar el Assad et la Coalition Nationale Syrienne ? Le premier veut conserver le pouvoir et la seconde le remplacer.  Or, le régime de Bachar el Assad dispose d’une armée puissante qui reprend lentement mais surement des territoires, tandis que la Coalition Nationale Syrienne ne possède aucun soutien militaire. L’Armée Syrienne Libre avec laquelle elle entretenait quelques liens n’existe plus et les groupes islamistes récusent tout lien avec la CNS. Les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont réussi à obtenir la caution de quelques petits groupes de combattants à l’égard des négociations de Genève 2 (l’Armée des Moudjahidin et Ajnad Es Sham) grâce à leur soutien financier et militaire, mais sans plus.

Dans ce contexte Barack Obama a annoncé qu’il voulait augmenter la pression sur la Syrie. Le Président américain se garde bien, depuis les fameuses « lignes rouges », de détailler les mesures qu’il compte prendre à l’égard du régime de Bachar el Assad. Si une intervention militaire directe des États-Unis est clairement exclue, en revanche ils ont renouvelé leur soutien militaire à plusieurs groupes rebelles. Début février, une offensive rebelle « La Genève du Hauran » a été lancée à partir de la Jordanie dans la région de Deraa. Elle intervient après que le Congrès américain ait officiellement voté des crédits militaires pour la rébellion syrienne et surtout que cet argent soit versé aux groupes rebelles « modérés » qui acceptent de collaborer avec les États-Unis. Officiellement, il s’agit de renforcer les rebelles « modérés » face aux « radicaux », mais lors de la même offensive, lancée au printemps dernier, une partie des armes anti chars fournies par les États-Unis se sont retrouvées entre les mains du Front Al Nosra, branche officielle d’Al Qaïda en Syrie.

L’objectif de « La Genève du Hauran » semble moins de vouloir faire tomber le régime de Bachar el Assad que de maintenir la pression sur lui afin qu’il respecte le calendrier de destruction de son arsenal chimique. Il s’agit également de montrer aux Russie et à l’Iran qu’ils n’ont pas encore gagné la partie en Syrie. Ce message de la Maison Blanche a eu le don d’agacer récemment Sergueï Lavrov : "Je suis très préoccupé avant tout par (…) les tentatives systématiques de trouver un prétexte pour torpiller le règlement politique. Lorsque les présidents français et américains déclarent lors d'une conférence de presse conjointe que les négociations ne sont pas suffisantes pour le règlement, ceci nous inquiète" (RIA Novosti, 14 février 2014).

Barack Obama souhaite également rassurer ses alliés dans la région en maintenant la pression sur Bachar el Assad. La Jordanie, le Liban et la Turquie subissent le poids des réfugiés syriens et leur installation dans la durée, si le régime syrien l’emporte, fait craindre une déstabilisation des régions frontalières de la Syrie. Car il est clair qu’un des objectifs de Bachar el Assad est de pousser vers l’extérieur plusieurs millions de Syriens qu’il juge irrécupérables et dangereux pour la stabilité future de son régime après la victoire. Cependant l’effondrement du régime syrien n’est pas une option plus favorable pour les pays voisins, car elle entraînera d’autres vagues de réfugiés, fuyant l’instabilité de l’ex-zone gouvernementale, et une partition du pays. Enfin, les États-Unis souhaitent à travers leur soutien à certains groupes rebelles empêcher l’hégémonie des islamistes radicaux et la main mise saoudienne sur l’opposition militaire au régime de Bachar el Assad.

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