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La performance des chiffres d’affaires du groupe LVMH a impressionné tous les analystes.
La performance des chiffres d’affaires du groupe LVMH a impressionné tous les analystes.
©ERIC PIERMONT / AFP

Atlantico Business

Sur les marchés financiers, les performances de LVMH n’effacent pas le stress porté par le duel Macron-Le Pen

Les marchés financiers ne boudent pas les excellents résultats trimestriels de LVMH, mais restent très inquiets par le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Leur inquiétude porte principalement sur les programmes incompatibles avec l’environnement international.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les marchés financiers n’aiment guère les périodes électorales parce que les effets sont multiples et pervers. Avant le premier tour, les sondages étaient tellement tendus que marchés financiers s’inquiétaient d’un possible duel final entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pour les milieux d’affaires, c’eut été le pire des scénarios.

Au lendemain du premier tour, l’arrivée en tête de Emmanuel Macron et la perspective d’un duel d’un deuxième tour avec Marine Le Pen les rassureraient un peu sauf que, très vite, tout a changé.

 Les résultats des entreprises pour le premier trimestre s’avèrent bien meilleurs que ce qu’ils avaient prévu. La performance des chiffres d’affaires du groupe LVMH a impressionné tous les analystes. Dans un pays menacé de pessimisme chronique, l’industrie du luxe, du digital, de l’agroalimentaire et de l’aéronautique qui ont démarré l'année 2022 sur les chapeaux de roue confortaient la perspective d’une activité soutenue en dépit de l’inflation et de la fermeture du marché russe.

Cela dit, très vite, à partir de mercredi, les milieux financiers français ont pris conscience que la campagne de deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen allait être très violente et cette surenchère quotidienne, pour aller pêcher des électeurs à la marge du marché politique, allait transformer ce deuxième tour en un festival de promesses qui seraient difficiles à réaliser dans un cas comme dans l’autre.

Du côté Macron, l’équipe de campagne est donc redevenue très nerveuse. On sait que l’exercice sera plus difficile que lors du premier quinquennat. Après avoir profité de l’image du chef de guerre au début de l’attaque en Ukraine, après avoir géré plus ou moins bien l’affaire McKinsey, on s’aperçoit qu‘en dépit de tous les ralliements ou consignes de vote, les jeux ne sont pas faits.

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Les marchés financiers sont donc très fébriles. Les niveaux de cours sont globalement toujours très hauts mais les allers et retours sont nombreux, parce que l’hypothèse de voir Marine Le Pen l’emporter n’est pas exclue d’emblée. Du coup, son programme est regardé à la loupe, et l’idée de financer les baisses d’impôts (la TVA notamment) par la suppression des allocations aux immigrés, ou le repliement des activités dans l’Hexagone paraît invraisemblable. Mais les observateurs se souviennent aussi que l’élection de Donald Trump aux USA leur paraissait invraisemblable, que le Brexit était considéré comme une folie, et même de se rappeler que les expériences populistes en Grèce, en Italie ou en Espagne n‘ont pas été couronnées de succès.

Le problème est qu’une partie des Français notent que Marine Le Pen s’est adoucie dans ses projets et de ce fait, ils seraient prêts à faire l'expérience Le Pen. « Au moins on serait fixé. »

Bref, les marchés financiers n’aiment pas cette situation. On le voit sur le marché obligataire puisque les taux sont passés à 1,17%. Partis de zéro ou presque, ce taux intègre en fait la prime de risque. Le différentiel de taux (le spread) avec l’Allemagne est de 50 points de base, c’est le niveau le plus élevé depuis 5 ans.

A la bourse, les valeurs les plus exposées sont les entreprises les plus chères, valeurs de croissance (tech et luxe), dont les cours s’effritent régulièrement en dépit de résultats brillantissimes et qui seraient pénalisées par cette remontée de taux. Les investisseurs sont en train de s’alléger régulièrement de ces valeurs pour faire face à un risque qu’ils ne maitrisent pas.

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Ce qui trouble encore le jeu, c’est la partition jouée par Emmanuel Macron au début de cette campagne de deuxième tour. Pour capter des voix de l’extrême gauche, il multiplie les promesses, lui aussi, et revient en arrière sur des réformes importantes. Le projet de ramener l’âge prévu de la retraite de 65 à 64 ans pour répondre à la proposition de Marine Le Pen est un très mauvais signal envoyé à ses électeurs du premier tour.

Tout cela fait très désordre pour des chefs d’entreprises ou des gérants de fonds qui doivent intégrer aussi tous les risques qui sont apparus avec la guerre en Ukraine, et notamment l’inflation sur l’énergie, les matières premières et les pénuries d’approvisionnement.

En bref, si Marine Le Pen l’emporte, ce qui est l’hypothèse la moins probable, les marchés pourraient s’effondrer brutalement le lendemain avec une spéculation assez forte jusqu’aux élections législatives, qui peuvent aussi réserver quelques surprises.

Le risque principal d’application du programme Le Pen porte sur une rupture de nos liens avec l’international. L’adhésion à l’Europe est évidemment compromise parce que l’essentiel de ses projets est incompatible avec le code de bonne conduite de l’Union européenne mais rompt aussi beaucoup de liens avec des fournisseurs des pays émergents.

Une victoire d’Emmanuel Macron entraine le maintien du statu quo et fait ressurgir les préoccupations structurelles des investisseurs que sont l’inflation, la guerre en Ukraine et les tensions à l’intérieur de l’Union européenne qui peuvent d’ailleurs se cristalliser sur la gestion de la Banque centrale européenne.

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