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Le "supplément d’âme" : 
ce petit truc en plus qui manque 
à l'équipe de France de foot...
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EDITORIAL

Le "supplément d’âme" : ce petit truc en plus qui manque à l'équipe de France de foot...

... mais aussi à certains dirigeants politiques français et à la construction européenne.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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La victoire ne fait pas tout, ni la réussite, ni la performance en elle-même. L’équipe de France de football sera sans doute ce soir qualifiée pour les quarts de finale de l’Euro, mais entraîne-t-elle pour autant le pays tout entier derrière elle ? Sa cote de sympathie est bien sur meilleure qu’après le fiasco du mondial, elle est aussi sortie du tunnel en sortant du bus, mais suscite-t-elle pour autant une ferveur populaire ? Bien sur, en manque de victoire et de succès collectif, cette ferveur montera en puissance au fur et à mesure de la conquête du podium, comme un naufragé s’accroche au premier débris qui flotte. Mais la victoire seule ne suffit pas, la performance technique ne suffit pas, il faut « ce truc en plus », ce supplément d’âme, qui crée le lien, la communion, le partage, issus de la fierté de l’être, de la façon d’être.


Ce supplément d’âme est indescriptible et pourtant indispensable. Au delà de la profondeur et de la connotation spirituelle du mot, il passe souvent par de petites choses, des failles, des fragilités, de l’humain. C’est en 1998 le rituel d’un baiser sur le front de Barthez, c’est un Thuram incroyable, qui n’y croit pas lui-même, avec ses deux buts en demi-finale face à la Croatie, (ses deux seuls buts en 142 sélections), c’est la France championne du monde grâce à deux buts de Zidane à qui elle « doit » tout, qui avait été expulsé en matchs de poule (décidemment), qui n’avait pas encore marqué (sauf séquence de tirs au but contre l’Italie).

Le bonheur est donc d’autant plus partagé qu’il est ressenti comme mérité, presque dû, à la nation et aux joueurs. Nous avons sans doute une plus grande aptitude naturelle à l’empathie qu’à la sympathie, nous sommes touchés par l’humain, parce que ce sont sans doute nos faiblesses qui font notre humanité. La victoire de l’euro de football serait formidable et fêtée bien sur, mais ne créera pas d’élan et de ferveur si elle n’est que « technique », si elle n’a pas ce petit supplément d’âme qui font que les joueurs sont aussi des hommes. L’équipe de France de rugby l’a prouvé en Nouvelle Zélande : malmenée, remise en cause, bousculée dans sa fierté, elle n’a pas vaincu mais a combattu, et a sans doute été l’équipe perdante la plus fêtée, surement pour ce supplément d’âme qu’elle a su partager.

Il en va de même dans l’entreprise ou en politique. Le discours du perdant Nicolas Sarkozy a davantage marqué les esprits que celui du gagnant François Hollande, parce qu’il avait sans doute ce petit supplément d’âme, de sincérité, d’émotion. Parce que sans doute faut-il être à vif, faut-il se livrer, faut-il laisser tomber les masques et les carapaces, pour toucher. Il faut incarner, et s’incarner. Indispensable pour les entreprises et les marques aussi, lorsque le diktat de la seule performance financière ou boursière ces dernières années a sans doute éloigné les entreprises de leurs publics, y compris de leurs publics internes. C’est ce qui explique ce besoin actuel de remobilisation, autour des équipes, des dirigeants, des valeurs, des objectifs (chiffrés et au delà des chiffres). Parce que nous avons tout simplement besoin de ce supplément d’âme, de sens, de touches d’humanité, même si parfois, et peut-être particulièrement en France, notre fierté nous pousse à peu les assumer, voire à les repousser et les combattre, considérant trop souvent les émotions comme des aveux de faiblesses.

L’Europe aussi, de plus en plus distante, serait bien inspirée de se réincarner un peu. Créée pour préserver la paix, l’Europe aujourd’hui ne servirait qu’à préserver l’euro, ou elle-même. C’est une erreur, non pas de préserver l’euro, mais de ne pas se rendre compte que c’est tout sauf une cause aspirationnelle et mobilisatrice.

J’aimerais bien aussi que l’Europe retrouve ce supplément d’âme, cette solidarité dans la difficulté, cet esprit de corps, qu’elle se redonne du sens au delà de celui de la convergence budgétaire.

J’aimerais bien aussi que l’Europe parle de la Syrie et de Rio (le sommet de la Terre s’ouvre ce mercredi).

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