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Non, ce n’est pas le sauvetage 
du système financier en 2008 
qui a endetté les États
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AAAh non ?

Non, ce n’est pas le sauvetage du système financier en 2008 qui a endetté les États

Pour Arnaud Montebourg et d'autres, la pression des agences de notation et des marchés est d'autant plus choquante que l'explosion de la dette des États européens aurait avant tout servi à renflouer le système financier lors de la crise de 2008. Une vision en trompe-l’œil selon l'économiste Nicolas Bouzou.

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Standard & Poors a annoncé la mise sous surveillance négative de 15 des 17 États membres de la zone euro. Comprenez-vous que l'on puisse se scandaliser de voir les marchés financiers se retourner contre les États, alors que ces derniers ont sauvé le secteur de bancaire de la faillite en 2008 ?  

Nicolas Bouzou : Bien évidemment c'est une situation scandaleuse, mais dans laquelle les États se sont précipités seuls...

Les problèmes de finances publiques sont des problèmes qui relèvent de la souveraineté nationale, et se traduisent en définitive par un affaiblissement de cette souveraineté. De la même façon que pour un particulier qui se serait surendetté, et qui verrait sa banque exercé un droit de regard sur ses dépenses, et par conséquent sur sa vie, les États membres de la zone euro se sont mis dans une situation de surendettement, et ont donc perdu une partie de leur souveraineté au profit de leurs créanciers. Il est toujours question des marchés, mais n'oublions pas qu'en réalité ces derniers sont les créanciers des États. 


Ils ont d'ailleurs été plus que compréhensifs jusque-là, puisqu'ils ont permis aux États de financer leurs dépenses courantes.
Quoi de plus naturel que ces derniers exigent alors des États la stabilisation de leur endettement, voire sa réduction. Quant aux agences de notation, elles sont d'une certaine façon l'outil de mesure permettant aux créanciers de prendre en étau les États.

Certes, c’est extrêmement désagréable, et les marchés financiers sont imparfaits, voire se trompent parfois... mais n'oublions pas que les États se sont mis seuls dans cette situation, et en aucun cas du fait de la financiarisation de l’économie.

Dans ces conditions, les États auraient-ils mieux fait de laisser tomber les banques ?

Bien sûr que non... De toutes les façons, la crise actuelle est celle des finances publiques, et n'est en rien corrélée au plan de sauvetage des banques. Rappelons qu'en France, ce dernier n'a rien coûté, et a même rapporté de l'argent à l’État français avec les intérêts perçus.

Dans le cas français, le plan de relance ne peut pas être mis en cause non plus... car il s'agit bel et bien d'une mauvaise gestion des finances publiques depuis plus de 30 ans.

Des États ou des organisations des marchés financiers, qui est donc le plus responsable de la crise actuelle ?

Les États évidemment...

Certes, s'il on avait pas traversé la crise financière de 2007-2008, les choses n'en seraient pas là. Mais s'il n'y avait pas eu une mauvaise gestion des finances publiques dans la zone euro, couplée à des problèmes de gouvernance, la crise européenne n'aurait pas pris les proportions actuelles.

En conclusion, la crise, conjuguée aux problèmes de gouvernance et à l'endettement publique trop élevé, lui-même lié à des dépenses trop importantes et à une croissance économique structurelle trop faible, ont précipité l'actuel désarroi des États membres de la zone euro.

L'agence de notation Standard & Poor's menace notamment le couple franco-allemand à la veille du Conseil européen. Est-ce un hasard ou pas ?

Cela se passe souvent de la sorte... Même s'il est vrai que les agences de notation ne font pas toujours les choses dans les formes. Annoncer une mise sous surveillance quelques heures après la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, et juste avant le sommet européen de jeudi, ne me paraît pas être la façon la plus astucieuse de faire les choses.

Il ne s'agit donc pas d'un hasard, puisqu'il est question de mettre la pression sur les États membres lors du sommet européen à venir. Mais à la limite, pourquoi pas ? Ce n’est peut être pas inutile...

Par contre, que cette décision ait été rendue publique, c’est une pure folie pour les agences de notation elles-mêmes. Ces dernières devraient prender conscience qu'elles sont désormais écoutées par les opinions publiques, qui ne sont pas prêtes à admettre les menaces formulées à l'encontre des États. 

Chacun doit faire face à ses responsabilités. Bien que n'étant pas à l'origine de la crise, les agences de notation ne sont exonérées pour autant de développer une communication adaptée à l'environnement socio-économique actuel, très angoissant pour les opinions publiques.

Face aux marchés et à leurs organisations, est-il encore possible pour le politique de reprendre la main ?

Le politique n'est pas dans l'incapacité d'agir. Exception faite peut-être du couple franco-allemand, pour lequel les marchés ont envoyé un stimulus fort, afin de les contraindre à l'action.

Reste que les États membres auraient pu agir en amont, plutôt que d'attendre les marchés financiers pour remettre de l'ordre dans leurs finances publiques... Mais de fait, ils préfèrent attendre que la contrainte des marchés financiers soit insoutenable.

Ce que dit finalement Standard & Poor's, c'est que si l'Europe se montre incapable de trouver un accord sur la BCE d'ici ce week end, elle dégradera toute la zone euro, y compris les  "Triple A". Quant à ceux qui ont une position fragile comme la France, elle les dégradera de deux crans. Je ne pense pas que les agences de notation soient dans le faux... Pour aller plus loin, je pense même qu'elles ont raison sur le fond, et que si la zone euro est aujourd'hui fragilisée, c'est notamment parce qu'aucun accord n'a été trouvé concernant les modes d'intervention de la BCE face à la crise de la zone euro. En mettant l’Europe au pied du mur, Standard & Poor's poussent les États membres à s'accorder, et d'ici vendredi, il est certain que ces derniers se seront entendus sur la question de la BCE. 

Les marchés font donc régner la discipline, puisque le politique se montre incapable en ces temps incertains, et ils sont plutôt efficaces de ce point de vue.

A lire également, dans le cadre de notre interview "croisée" :

Comment les marchés osent-ils sanctionner des dérives étatiques dont ils sont la cause ?

Propos recueillis par Franck Michel

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