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SOS Premier ministre au bord de la crise de nerfs : Manuel Valls (s’)est-il carbonisé ?
©Reuters

Ça sent le roussi

SOS Premier ministre au bord de la crise de nerfs : Manuel Valls (s’)est-il carbonisé ?

De la fermeté, aussi bien sur le projet de loi El-Khomri que sur la déchéance de nationalité, Manuel Valls est passé aux reculades et autres compromis, devant même faire face à l'enterrement de la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité par le Sénat. Tout ceci n'annonce rien de bon...

Philippe Doucet

Philippe Doucet

Philippe Doucet est député PS du Val-d'Oise et Président d'Argenteuil-Bezons, proche de Manuel Valls. 

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Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Atlantico : Manuel Valls est en train d'accumuler défaite sur défaite: François Hollande lui a imposé de reculer sur la loi El-Khomri alors qu'il s'était juré de ne pas céder, le Sénat vient de rejeter le texte sur la déchéance de nationalité dans les termes votés par l'Assemblée alors qu'il en avait fait un combat personnel. On sent ses proches (dont Monsieur Philippe Doucet fait partie) de plus en plus nerveux, prêts à enterrer Hollande. Combien de temps peut-il encore rester à Matignon? 

Philippe Doucet : Les Français veulent un gouvernement qui fait avancer le pays. C'est pourquoi Manuel Valls a tout intérêt à rester au gouvernement. Le projet de loi El-Khomri va dans ce sens. Manuel Valls souhaite que la France soit dotée de son propre Job Act, sur le modèle de ce qu'a fait Matteo Renzi en Italie. En ce sens, ce projet lui est bénéfique car il permettra d'inscrire l'action du Premier ministre dans la lutte contre le chômage. 

Vous avez parlé de "défaite" en évoquant le projet de loi El-Khomri et la déchéance de nationalité, mais il n'en est rien, au contraire. Cette semaine a marqué un basculement positif pour Valls. Sur le projet de loi El-Khomri, il a su rester droit dans ses bottes pour ce qui relève du régalien, tout en faisant preuve d'une logique de compromis comme on peut le voir dans le cadre des négociations avec les syndicats. De plus, il est à noter que la mobilisation contre le projet de loi s'est affaiblie, comme on l'a vu ce jeudi. On ne peut donc pas parler de "défaite", de même que pour la déchéance de nationalité. De ce côté-là, le Premier ministre a fait son travail, prenant ses responsabilités en rassemblant 3/5ème des députés de l'Assemblée nationale. Ce qui s'est passé au Sénat n'est qu'un relan de la guerre Sarkozy-Fillon, les amis de ce dernier ayant décidé de planter la réforme. Il n'y a que les sénateurs, notamment républicains, que le débat est ramené à des logiques internes aux partis. 

Christelle BertrandEn effet, c'est une très mauvaise passe pour le Premier ministre. Il pensait, grâce à la loi El-Khomri, s'extraire du débat sur la déchéance de nationalité qui était en train de le plomber. L'idée était d'imposer sa réforme du Code du travail rapidement afin de récolter les fruits de la croissance qui semble enfin frétiller. Et patatras. Le bel édifice qu'il avait imaginé s'écroule de toute part. Sur la loi El-Khomri, le locataire de Matignon était prêt à aller très loin dans le bras de fer avec les syndicats, à supporter des semaines de grève et à en passer par un 49.3. Ses proches citaient Gerhard Schröder qui a été battu aux élections pour avoir mené une réforme du marché du travail qui vaut encore au SPD une impopularité notoire parmi les électeurs de gauche. Mais Manuel Valls était prêt à tout, persuadé que si la croissance revenait, les Français lui en serraient gré.

Malheureusement pour lui, François Hollande n'a pas voulu jouer le rôle de Gerhard Schröder et a préféré reculer, braquant toute la droite que Manuels Valls espérait rallier. Alors oui, les proches de Valls sont très remontés. Malek Boutih a déclaré qu'il ne soutiendrait pas Hollande en 2017. Comment rester à Matignon dans ses conditions? L'idée d'un départ de Manuels Valls ne parait donc pas aujourd'hui totalement saugrenue mais il ne doit pas partir sur un échec. Il doit partir en disant qu'on ne lui donne plus les moyens de mener sa politique.

Peut-il encore espérer, après toutes ces défaites, et surtout après avoir ainsi clivé la gauche, être candidat en 2017 ? Devrait-il en passer par des primaires ou aurait-il intérêt à y échapper ?

Philippe Doucet : Encore une fois, je ne vois pas où est la défaite. Depuis lundi, il est notable que la plupart des partenaires sociaux, notamment la CFDT, ainsi que certains syndicats étudiants comme la FAGE, ont pris leurs responsabilités. Ceci va dans le sens de la structuration d'un camp réformiste autour de Manuel Valls face à une gauche qui vit encore à une autre époque. On n'avait pas vu cela depuis très longtemps, ce qui est tout à fait profitable pour Manuel Valls. 

Christelle BertrandIl aurait bien-sûr intérêt à y échapper. La dernière fois que Manuel Valls s'est présenté à des primaires de la gauche, il a fait 5.63% des voix. Il ne doit pas sa popularité aux électeurs de gauche mais à une franche beaucoup plus centrale. Si François Hollande n'était pas candidat, il aurait intérêt à se présenter comme le candidat légitime à lui succéder sans recours à une consultation des sympathisants. Face à Nicolas Sarkozy, il aurait même des chances de remporter un certain succès en rassemblant les voix du centre et d'une partie de la gauche des LR.

C'est un peu ce que François Hollande semble dire lorsqu'il confie aux journalistes Charlotte Chaffanjon et Bastien Bonnefous, auteurs du livre Le pari (ed. Plon, à paraître le 24 mars) : "Manuel Valls pourrait être parfaitement candidat si je ne le suis pas. Il serait d'ailleurs même le plus légitime". Mais il finit sa phrase à la Hollande en jetant le trouble: "Il ne serait pas forcément le mieux adapté à la situation, parce qu'on pourrait dire : 'Alors pourquoi, si François Hollande n'y va pas, ce serait son Premier ministre" ?. Ce qu'il sous-entend, c'est que personne, à gauche, ne le laissera se présenter sans se soumettre à une primaire. De Martine Aubry à Benoit Hamon en passant par Thomas Piketty, ils réclameront tous une consultation des militants qu'il sera alors difficile d'écarter.

Le Premier ministre prépare aussi une grande recomposition de la vie politique française. Un rapprochement de la gauche réformatrice avec le centre ou même une partie des Républicains. Mais Emmanuel Macron n'est-il pas aujourd'hui mieux placé pour poursuivre ce travail ?

Christelle BertrandEmmanuel Macron est, en effet, beaucoup plus populaire que Manuel Valls à droite comme à gauche, moins abimé. Il s'est prudemment tenu en dehors des débats sur la déchéance et sur la loi El-Khomri, tout en faisant sentir qu'il ne partageait pas les options choisies. Il a même su ne pas se rendre trop impopulaire auprès de l'électorat de gauche en laissant entendre qu'il aurait aimé, contrairement à Manuel Valls, que s'organise un débat afin de tenter de comprendre pourquoi certains jeunes Français se radicalisent, pointant du doigt une panne de l'ascenseur social. Quant à la droite, elle ne cesse de lui demander de rejoindre ses rangs alors qu'elle garde de Manuel Valls l'image d'un homme de gauche qui n'a pas rompu avec sa famille.

Le véritable problème pour Emmanuel Macron c'est qu'il n'a aucun réseau politique. Depuis des mois, Manuels Valls travaille à ce rapprochement avec une partie de la droite, il appelle régulièrement certains élus du centre et même des Républicains. Emmanuel Macron est loin de tout ça. Et il ne faut pas non plus oublier que les Français sont encore peu nombreux à lui faire confiance : ils ne sont que 14% à vouloir voter pour lui à la prochaine présidentielle. Pas de quoi, pour l'instant, impulser la dynamique nécessaire à faire bouger les frontières.

Manuels Valls peut-il encore rebondir d'ici la fin du quinquennat et comment ? Quels projets de loi lui reste-t-il à défendre? Quel nouveau débat pourrait-il lancer pour se refaire une santé ?

Christelle BertrandC'est un peu compliqué à dire car, par définition, toute stratégie attendue est déjà un peu vouée à l'échec. Il est bien sur hors de question pour Manuel Valls de faire marche-arrière. De se gauchiser à nouveau. Au contraire, il doit poursuivre dans la voix entreprise. Proposer un nouveau projet de loi, une nouvelle initiative. Soit c'est un succès et il pourra rester à Matignon, soit c'est un échec et elle lui offrira la possibilité de claquer la porte dignement. Il va devoir jouer serré car l'ambiance avec François Hollande est tendue et l'entourage du président n'est pas tendre non plus à l'égard du locataire de Matignon.

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