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Sondage exclusif : les (surprenantes) croyances des Français sur ce qui se passe après la mort
©ANDRE DURAND / AFP

Jour des morts

Sondage exclusif : les (surprenantes) croyances des Français sur ce qui se passe après la mort

A l'occasion de la fête des morts, l'IFOP a réalisé un sondage exclusif pour Atlantico sur les croyances et les représentations de l'au-delà pour les Français.

Chantal Delsol

Chantal Delsol

Chantal Delsol, née à Paris en 1947, est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

 

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 Ifop

Ifop

L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico.fr : L'IFOP a réalisé un sondage pour Atlantico, à l'occasion de la fête des morts, sur les représentations de l'au-delà pour les Français. 

Ce sondage est particulièrement surprenant. En quoi montre-t-il notamment une déchristianisation massive et une disparition du dogme, qui touche aussi, paradoxalement, les catholiques pratiquants ?

Jérôme Fourquet : Pour cette enquête réalisée à l’occasion de la Toussaint, nous avons repris les résultats et les libellés d’une enquête précédente réalisée il y a vingt ans. Cette comparaison nous a permis de nous rendre compte de l’évolution de la perception des Français sur l’au-delà et sur une éventuelle forme de vie après la mort.

A partir de cette comparaison, nous avons fait plusieurs constats. Premièrement, l’idée -déjà majoritaire il y a vingt ans- selon laquelle l’homme disparaîtrait totalement après sa mort a nettement progressée. Aujourd’hui 49% des Français y adhèrent, ce qui représente une progression de 7 points par rapport au précédent sondage. Deuxièmement, si 14% des Français -le chiffre reste stable- estiment toujours que l’âme humaine est immortelle ; on note également une baisse de 4 points sur la question des corps et de l’âme (de 11% à 7%). Ainsi, les Français estimant que l’âme humaine est en attente de la résurrection des corps sont de moins en moins nombreux. Il en va de même au sujet de la réincarnation (baisse de 3 points, de 13% à 10%). 

Nous avons donc bien la confirmation et l’amplification d’une croyance ou d’une représentation qui était déjà présente il y a vingt et qui se renforce ici : une majorité des Français estiment que la mort est finale. Cependant, il faut également noter ici que dans ce sondage comme dans celui de 1999, 1 Français sur 5 déclare ne pas vouloir se prononcer sur la question de la vie ou de l’absence de vie après la mort. Cela montre donc que les choses ne sont pas encore clairement établies, et qu’une grande incertitude demeure auprès d'une partie de la population. 

Lorsque l’on rentre dans le détail, on s'aperçoit donc que la croyance héritée du catholicisme selon laquelle l’âme humaine devient immortelle ou est en attente de résurrection des corps reste minoritaire. Ce qui est d’autant plus intéressant puisque les scores demeurent assez faibles chez les individus qui se définissent comme étant catholiques et pratiquants. Seuls 47% des catholiques pratiquants disent croire à l’existence de l’âme (26% croient en l’immortalité de l’âme humaine, 21% estiment que l’âme humaine est en attente de résurrection des corps).

Ces chiffres nous montrent donc que l’empreinte du catholicisme continue de régresser dans notre société (53% des non catholiques pensent que la mort est finale).

Chantal Delsol : Ce n’est pas inattendu. La disparition de la croyance aux dogmes est déjà ancienne, dans le christianisme français en tout cas. Nous sortons d’un siècle entier (le XX° siècle) inspiré par le maurrassisme, c’est à dire par une pensée machiavélienne dans laquelle on pratique sans croire, la croyance étant réservée aux simples d’esprit (les femmes, les enfants, les incultes). Pendant tout le siècle qui nous précède, la religion chrétienne est sociologique : on ne pratique pas parce qu’on croit, mais parce que la religion tient le lien social et la morale commune. Je ne crois pas qu’il y ait à cet égard une chute dans la croyance. La présence dans les églises a beaucoup diminué, mais ceux qui y vont sont de vrais croyants. Naturellement il y a une déchristianisation massive. Mais chez les chrétiens eux-mêmes, il n’y a pas de chute dans la croyance aux dogmes.

Peut-on souscrire à l'idée de Chesterton, à propos de la situation actuelle, selon laquelle : “Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, ce n'est pas qu'ils ne croient plus en rien, c'est qu'ils sont prêts à croire en tout" ? Quelles nouvelles croyances émergent ? 

Jérôme Fourquet : Ce que l’on constate c’est que l’idée d’une réincarnation ne se développe pas fondamentalement -c’est même en légère régression par rapport à 1999- ce qu’il se développe c’est l’idée qu’il n’y a rien après la mort. Lorsque l’on regarde les résultats du sondage dans le détail, on remarque que l’idée de la réincarnation est plus répandue chez les plus jeunes (17% des moins de 35 ans).

Le fait principal c’est que le dogme hérité de notre longue histoire catholique continue de régresser au profit d’un grand scepticisme mais aussi d’une certaine forme de collage métaphysique, chacun se construisant ou se rattachant à un certain nombre de croyances qui ne sont ni fermement établies ni cohérentes. 

Lorsque l'on regarde les résultats de la deuxième question, on voit que 20% de la population -à nouveau- ne se prononce pas sur ces questions. On peut donc considérer que ces sujets continuent de susciter de la perplexité. Nous avons toujours une minorité non négligeable -12% de la population- qui estime que l’on peut engager un dialogue avec les morts et nous avons des réponses plus partagée sur la question de la protection assurée par les morts. Malgré la déchristianisation, cette idée est très présente et n’est donc pas clairement rattachée au dogme catholique. 

Chantal Deslol : Bien sûr, il est très humain de quêter le sens de la vie, de poser les questions métaphysiques, de croire en des religions et en des dieux. Nous retrouvons cette constante chez tous les humains dans le temps et l’espace, et il n’y a pas de raison pour que nous autres post-modernes échappions à cette constante. Aussi, quand le Dieu du monothéisme judéo-chrétien s’efface, nous retrouvons les anciens paganismes, un nouveau sacré et de nouveaux dieux. L’écologie est la religion de la jeunesse de notre époque – il suffit de voir avec quelle gravité sacrée les enfants somment leurs parents de trier les déchets. Nos contemporains se précipitent sur les cultes néo-païens ou sur les sagesses qui viennent d’ailleurs (bouddhisme par exemple). C’est tout à fait naturel.

Dans quelles mesures les catholiques pratiquants sont-ils moins nombreux qu’auparavant, notamment par rapport au sondage réalisé en 1999? Dénote-t-on chez eux une différence entre la pratique et la croyance intime ?

Jérôme Fourquet : En 1999, les catholiques pratiquants déclaraient à 58% que les morts sans pouvoir communiquer avec nous, nous voient et nous protègent. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 43% à déclarer ceci. La part de ceux qui estiment que communiquer avec les morts est impossible demeure stable à 24%, la part de ceux qui ne se prononcent pas sur la question augmente mais ceux qui estiment qu’il est possible de communiquer avec les défunts croit également. 

On peut donc en déduire deux tendances :

- D’une part le poids numérique des catholiques pratiquants a beaucoup diminué en 20 ans et cela entraîne donc  mécaniquement un certain relativisme et une baisse de ce type de croyances.

- Parmi les catholiques pratiquants, les croyances sont aujourd’hui moins homogènes. 

Ainsi, même en étant pratiquant on peut aujourd’hui avoir une forme de libre-arbitre et une diversité de point de vue qui est plus importante qu’il y a vingt ans.

La deuxième question qui porte sur la communication avec l'au-delà peuvent aussi rappeler la problématique de la mémoire collective. Les Français se sentent en effet de moins en moins protégés par leurs morts. En quoi est-ce que cela peut refléter plus généralement une relation des Français au passé ?

Chantal Delsol : La croyance en la protection des saints (des morts) s’efface naturellement en même temps que le christianisme lui-même. Les médias parlent maintenant d’Halloween plus que de la Toussaint. Les prénoms ne se réfèrent plus à des saints. 
Par ailleurs,dans une société de plus en plus individualiste, le lien qui rattache l’individu à ses ascendants et à ses descendants est de plus en plus lâche. Autrement dit, les liens se défont dans le temps aussi bien que dans l’espace. L’individu post-moderne n’a plus d’arbre généalogique, d’autant qu’il provient de familles décomposées et recomposées, il ignore ses ancêtres et ne s’y intéresse guère ; et il juge normal que son pays s’endette chaque jour davantage au détriment de ses descendants.
Autrement dit, l’abandon de la protection des saints s’inscrit aussi bien dans l’abandon des dogmes chrétiens que dans les habitudes individualistes.

 

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