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Sommet RIO+20 : Malgré la déception, la diplomatie brésilienne fait bonne figure
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Un air de Samba

Sommet RIO+20 : Malgré la déception, la diplomatie brésilienne fait bonne figure

Le Sommet sur le développement durable « RIO + 20 » pourrait être une nouvelle fois "la montagne qui accouche d'une souris". S'il est vrai que le manque d'ambition des participants est déploré par la majorité des observateurs, la couverture des médias occidentaux blasés qui annonçaient très (trop ?) tôt le désastre inutile n'a pas aidé.

Michel Meyer

Michel Meyer

Michel meyer est ingénieur géologue et géophysicien.

Il a vécu et travaillé dans une dizaine de pays différents au cours de sa carrière professionnelle dans des groupes énergétiques internationaux, avec une prédilection pour l'Amérique latine (dont le Brésil de 2000 à 2003, Rio de Janeiro).

Il a publié en 2006 chez l'harmattan un ouvrage apprécié sur le changement de stratégie commerciale du Brésil impulsée par Lula et poursuivi par Dilma Roussef, présidente du BRESIL.

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Ce vendredi, nous écrivions ici que la Gouvernance globale dessinée à RIO en 1992 paraissait hors de notre portée en ce mois de juin 2012, alors que le Sommet anniversaire « RIO + 20 » venait de débuter ; aujourd’hui, nous regarderons comment les brésiliens l’ont préparé, ce qu’ils en attendent, en particulier sur leurs image et place dans le concert des nations, les retombées bénéfiques qu’ils en espèrent.

Les échos qui nous parviennent déjà de Rio de Janeiro de participants au Sommet, de Brasilia de cercles diplomatiques et de Sao Paulo des milieux d’affaire s’accordent à noter une pointe de déception, liée par exemple à l’absence remarquée de chefs d’états influents (USA, UK, etc.), comme au peu d’ambition politique et à l’absence de contraintes fortes pour les états (192 sont représentés) relevée dans le projet de résolution déjà mijotée par le Brésil, qui tient avant tout à faire passer une note finale positive.

Ces échos peu optimistes concordent avec la tonalité de notre article d’hier, et force est de constater que les médias, français notamment, font tout pour amplifier la tonalité de fiasco annoncé, habitués qu’ils sont aux sommets internationaux où « la montagne accouche d’une souris ». Le Nouvel Observateur du 21 juin 2012 ne titre t’il pas sous la plume de JC Guillebaud « Une samba pour rien » (on ne s’attardera pas sur le genre de samba, que d’aucuns, majoritaires, considèrent plutôt masculin !) ; le chroniqueur enfonce le clou dans sa page 8 de ce numéro du N.O. en disant que « la croissance d’autrefois n’a aucune chance de revenir, mais qu’il est devenu imprudent de réfléchir en termes de PIB et quantité. Tel est d’ailleurs le vrai sujet de la Conférence de l’ONU sur le Développement Durable (UNCSD) qui s’est ouvert ce jeudi 20 juin à Rio. (…) On y remettra en cause le vieux dogme de la croissance ; je crains que cette réflexion fondamentale soit vite enterrée, au nom de la crise et qu’à Rio on danse une samba pour rien ». Et même un député européen EELV (Yannick Jadot) ne reconnaît-il pas, à regret, et curieusement quand même à l’avance, que « ce type de réunion internationale est indispensable pour se montrer à la hauteur (des défis globaux), même si les décisions qui en résultent manquent d’ambition. » (La Croix du 20 juin, p. 3).

Les défis globaux en question sont devenus encore plus urgents qu’en 1992, lors du premier Sommet de la Terre à Rio. Ce sont ces défis sur le climat, la planète, la biodiversité, les océans et la gouvernance des nations qui déterminent les pistes d’action indispensables au XXIe siècle si l’on veut léguer une planète encore vivable aux générations futures.

 A savoir (d’après La Croix du 20/06, pp. 2 & 3) :

  • Climat : favoriser l’essor des Energies Renouvelables ,
  • Forêts : stopper la déforestation et développer la certification
  • Océans : freiner l’acidification (PH trop bas) des mers, due à l’augmentation de la concentration en gaz carbonique,
  • Biodiversité : établir une nouvelle perception de l’interdépendance (des espèces vivantes),
  • Gouvernance : à faire progresser par la mobilisation et pression de la Société Civile.

 

Les craintes de nos gouvernants, avant de se rendre à Rio (le président Hollande y était dès le début) étaient aussi de voir s’établir lors du Sommet un affrontement Nord/Sud, non productif de décisions communes, et donc stérile. Il est vrai que l’échec de sommets précédents, Copenhague notamment, ne poussent pas à l’optimisme. Les pays du Sud (la Chine, l’Inde et le brésil parmi les plus peuplés et les plus « en pointe ») estiment ne pas devoir être privés des bienfaits apportés par les pays industrialisés au cours du siècle dernier, ainsi que ne pas devoir « se serrer la ceinture » au XXIe siècle au niveau de l’utilisation de ces développements industriels et autres biens de consommation (l’automobile étant l’objet phare le plus visible). Les PED entrainés par cette « troïka » puissante ne veulent pas non plus « payer » pour les pays riches, qui « profitent depuis bien longtemps et ont massivement pollué, estiment-ils à juste titre, les terres, les mers et l’atmosphère, biens communs de la planète.

Le Brésil à travers RIO + 20 entendait bien se poser en « leader » de tous ces pays du Sud. Et sa préparation minutieuse du Sommet de Rio 2012, étape dans la réception des J.O. en 2016, devait, selon lui, le placer en « pole position » pour réclamer encore plus ouvertement cette place de choix des pays émergents et des pays qui les suivront sous peu, allant jusqu’à consolider, espérait-il à Brasilia, ses prétentions déjà anciennes et réitérées d’obtenir un siège de membre permanent à l’ONU. Il semblerait d’ores et déjà que des déceptions attendent les politiques de Brasilia et Dilma Roussef (qui a succédé à Lula, sur la même ligne politique du PT, le parti des travailleurs brésilien). En effet, ce vendredi 22/06 un collectif d’ONG et de syndicalistes ont protesté dans l’enceinte du Sommet à Rio contre le projet amoindri de résolution finale préparé par l’état fédéral du Brésil et ont fait ainsi pression sur les chefs d’états participants. Les manifestants ont reçu l’appui remarqué d’anciens responsables politiques brésiliens de haut niveau, comme Fernando Henrique Cardoso (FHC), ancien chef de l’état avant Lula, ainsi que Gro Harlem Bruntland, ancien premier ministre de Norvège et « mère » du concept de Développement Durable. FHC a critiqué en particulier la place trop faible accordée aux actions et mesures de protection de l’Environnement par rapport à la Croissance souhaitée.

Mme Bruntland a déclaré : « Nous ne pouvons plus accepter que nos actions collectives collapsent au fur et à mesure que les protections de l’environnement sont brisées, amenant le risque de dommages irréversibles tant aux écosystèmes qu’aux communautés humaines »

 (in « Folha de Sao Paulo » du 22 juin 2012 : "Não podemos mais assumir que nossas ações coletivas não levarão a colapsos à medida que limiares ambientais são rompidos, trazendo o risco de danos irreversíveis tanto a ecossistemas quanto a comunidades humanas").

La clôture du Sommet sera certainement à scruter de près afin de voir s’il fut le succès que l’état brésilien espérait ou le désastre inutile annoncé par certains médias occidentaux blasés. Toujours est-il que le Brésil aura montré une fois de plus sa capacité à recevoir sur son sol avec une maitrise égalant celle des pays d’Europe et les USA les chefs d’états de la palnète et continuera durant cette première moitié du siècle à briguer une place plus en vue dans les instances qui régissent le monde. La diplomatie inégalée du palais d’Itamaraty fera merveille comme toujours, aplanissant surement les aléas des déconvenues de militants trop idéalistes sans doute.

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