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Sommet de la francophonie à Erevan : le dilemme perdant-perdant pour Emmanuel Macron
©Thomas SAMSON / AFP / POOL

Arménie

Sommet de la francophonie à Erevan : le dilemme perdant-perdant pour Emmanuel Macron

Il se dit que quand la roue de la fortune tourne, tout ce qu’entreprend un homme tourne à son désavantage. Il semble que ce soit depuis cet été le cas du président Macron.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Il a voulu se donner une nouvelle image en allant visiter  les sinistrés de  Saint-Martin,  il  en fait trop et des clichés  dévalorisants pour lui tournent en boucle dans toute la France.

Encore plus caractéristique est son intervention dans  l’élection du secrétaire général de l’Association des pays francophones  qui doit se tenir à Erevan (Arménie)  les  11 et 12  octobre. 
La secrétaire   générale sortante , canadienne d’origine haïtienne, Michaelle Jean est candidate à sa propre succession.
Contre elle , le ministre des affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo soutenue par le dictateur Paul Kagame.
Personne n’a compris pourquoi le president Macron soutient  la seconde. Il y avait  tant de raisons pour que cette femme ne soit pas la candidate de la France ! 
Sur le plan  bilatéral,  les relations entre la France et le Rwanda sont détestables depuis la prise de pouvoir par Kagame en  1974. Il est à l’honneur de notre  pays d’avoir,  seul  mais sans s’engager malheureusement à fond, tenté de faire barrage à cet  homme sanguinaire appuyé  par toute la galaxie du mainstream mondial , soi-disant libérale, à dominante anglo-saxonne. Kagame vainqueur  a  supprimé le français au bénéfice de l’anglais dans l’administration et dans l’enseignement. Il a adhéré au Commonwealth. Il couvre  d’accusations ignobles  l’ armée française  dont l’opération d’interposition dite Turquoise, durant l’été 1974, faite  à la demande de l’ONU, quoique trop tardive  pour changer le cours des choses, fut irréprochable. 
Sur le plan moral, ce soutien est beaucoup plus grave.   Pendant des années a  prévalu l’idée  que Kagame était entré sans le  pays au moment où la majorité hutu accomplissait un génocide de la minorité  tutsi et qu’il avait arrêté le génocide et sauvé ceux qui restaient. Pour la doxa internationale, rien d’autre. Or il  apparait  aujourd’hui de plus en plus  que , non content  d’avoir provoqué  la guerre, puis , en abattant l’avion présidentiel où se trouvait  son prédécesseur Habyarimana,  déclenché  le premier génocide, Kagame en a  encore  accomplie  un autre,  au cours des années  suivantes,  peut-être dix fois plus grave,  à l’encontre les réfugiés    de la majorité hutu  en fuite au Congo et des Congolais. Cela au travers  d’atrocités inimaginables : viols, mutilation de femmes, tortures à mort etc.
Cette thèse , longtemps refusée  par les médias dominants , se substitue peu à peu  à la première dans le monde anglo-saxon  et  a reçu une caution forte avec l’attribution qui vient d’être   annoncée,  du Prix Nobel de la Paix  au  Dr Denis Mukwege  lequel, pendant des années a soigné dans l’Est du Congo des  milliers victimes de ces  sévices et clairement dénoncé   les responsabilités de Kagame.
Dès lors les perspectives ne sont pas très  glorieuses pour  le président français. 
Ou bien la majorité des pays francophones réunis à Erevan refusent  de  le  suivre et ce sera pour lui un désaveu cinglant. 
Ou bien il réussit à imposer au forceps  la candidate rwandaise et comme tout ce que nous venons d’évoquer commence à se savoir , que  Kagame est en voie de perdre ses soutiens internationaux – c’est peut-être le sens du nouveau  Prix Nobel, l’appui apporté à Mme  Mushikiwabo  apparaitra  pour ce qu’il est  : la  complicité avec le crime le plus énorme  de la fin du  XXe siècle. 
Il resterait à Macron à retirer son appui à la candidate rwandaise en arrivant à Erevan. Mais il s’est tellement engagé pour elle , la diplomatie française a été si active en sa faveur ces  derniers jours , Macron ayant  même rencontré Kagame à l’ONU, que cela passera  aussi pour un échec. 
Alors  que rien ne l’obligeait à se mêler  de près de  cette affaire, Macron s’est ainsi  enlisé dans un dilemme perdant-perdant. Il ne lui manquait plus que ça. 

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