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Des militants de la Manif pour tous.
Des militants de la Manif pour tous.
©Reuters

Histoire, histoires...

Si la Manif pour Tous signe le retour aux "années 1930" où est donc la grande manif anti-fasciste de gauche ?

L’Histoire se répète toujours deux fois. La première sous forme de tragédie, la seconde sous forme de farce.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le 6 février 1934, des milliers de manifestants de droite et d’extrême droite se ruèrent à l’assaut de la Chambre des députés. Ils avaient été mobilisés par des associations d’anciens combattants et des ligues nationalistes et fascisantes comme les Camelots du roi ou les Croix-de-feu. Il y eut des morts. Le choc fut terrible et précipita l’union des gauches, SFIO, PC, Parti radical, syndicats. Quelques jours après le 6 février une grève générale de protestation paralysa le pays et une immense manifestation antifasciste se déroula dans les rues de Paris. Tel fut le prélude de la victoire du Front populaire en 1936.

Depuis plusieurs jours on nous joue le remake de ces années-là. Des remakes il y en a parfois de réussis. Celui-ci est raté, lamentable et contre-productif. Il ne se passe pas de jours sans que tel ou tel dirigeant du PS ou tel ou tel membre du gouvernement n’évoquent avec des trémolos anxieux dans la voix le retour des années 1930. Le fascisme est à nos portes, répètent-ils tous, avec quelques nuances sémantiques selon le degré d’intelligence des locuteurs.

Même Manuel Valls, le plus lucide de tous, le plus avisé de tous, le plus compétent de tous, s’y est mis la veille de la grande manifestation d’hier. Ce n’est plus comme naguère chez le médecin : « Dites 33, dites 33… » C’est : « Dites 30, dites 30… » Ainsi, et pour les besoins d’une bataille qui n’aura sans doute pas lieu et qui – si par hypothèse elle avait lieu – serait perdue d’avance, on mélange volontairement tout. Les excités du Printemps français à l’origine du Jour de colère, les frénétiques du GUD et de l’œuvre française. Les haineux antijuifs de Dieudonné. Et l’immense foule de ceux qui ont défilé hier à Paris dans le calme et dans une atmosphère plutôt bon enfant. En majorité des catholiques bon teint et bon ton. Les assimiler aux fascistes de 1934 est au mieux une bêtise au pire un mensonge.

La méthode Coué a quand même ses limites. Ce n’est pas parce qu’on répète une ânerie qu’elle devient une pensée lumineuse. Mais, dira-t-on, c’est de bonne guerre. Tous les partis politiques – et le PS n’y fait pas exception – cherchent régulièrement à disqualifier et à diaboliser leurs adversaires. Le problème est que quand on agite la menace du fascisme et le souvenir du 6 février 1934 on s’engage nécessairement à préparer une riposte de taille. C’est-à-dire une immense manifestation antifasciste.

« Il faut que la gauche se réveille », a déclaré Manuel Valls dans LeJournal du dimanche. Ah bon, elle dort ? Mais non, monsieur le ministre de l'Intérieur, elle est tout simplement dans le coma. La gauche fut et n’est plus. Enfin, la gauche qui au-delà de ses différences et de ses divergences avait un socle de valeurs communes. En un mot un âme. Elle a fait des erreurs, formulé des diagnostics erronés, s’est maintes fois trompée.

Mais ce n’est pas parce qu’elle avait tort que ceux qui la combattaient avaient raison. Cette gauche-là n’est plus. Et en tout cas elle n’est plus représentée. Si la gauche, c’est Harlem Désir et son parti autant l'accompagner le plus rapidement au cimetière. Si la gauche, c’est un gueulard nommé Melenchon, des écologistes tordus et arrivistes, des Osons le féminisme, des LGBT, des syndicats en soins palliatifs, alors il est évident qu’il y a usurpation d’identité. Si Hollande prétend être l’héritier de Jaurès, de Blum, de Mendès France et de Mitterrand, alors là il y a pire : une captation d’héritage.

Donc ceux qui commencent à réclamer une grande manifestation antifasciste se trompent et trompent eux-mêmes. Le retour de manivelle risque pour eux d’être dévastateur. Il y aura peut-être une manifestation de gauche. Mais elle ne sera ni grande ni massive. Car qui voudrait encore défiler dans un cortège ouvert par un président en scooter ?

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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