Ségolène Royal, l'outsider socialiste | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Ségolène Royal, l'outsider socialiste
©

Candidate

Ségolène Royal, l'outsider socialiste

Ségolène Royal devrait confirmer ce dimanche à sa candidature à l'élection présidentielle. En retard dans l'opinion, l'ancienne candidate socialiste 2007 doit rattraper ses concurrents de la primaire socialise. Elle bénéficie pour cela d'un positionnement différent de celui de ses camarades du PS.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

Voir la bio »

Atlantico : Que représente aujourd’hui Ségolène Royal ?

Jérôme Fourquet : Elle dispose de trois points forts, selon moi :

  • Sa capacité à bien sentir les thématiques émergentes dans l’opinion publique. Elle sait ainsi faire des « coups », mais aussi se positionner sur un certain nombre de sujets partagés par de nombreux Français. Par exemple, un peu comme Arnaud Montebourg sur la démondialisation, elle parle de protectionnisme économique. Elle a aussi répondu à une angoisse liée au pouvoir d’achat en proposant de bloquer le prix de certains produits alimentaires ou de première nécessité. Elle a également était l’une des premières socialistes à se positionner sur les OGM ou l’environnement.
  • Sa détermination. L’élection présidentielle est bien souvent gagnée par celui ou celle qui a le plus envie de l’emporter. Or tout le monde sait qu’elle est très motivée, alors que Martine Aubry a pu un peu trainer les pieds (même si ce n’est plus le cas désormais), tout comme Dominique Strauss-Kahn avant sa fameuse « affaire ».
  • Son expérience de 2007. Elle est la seule candidate PS à avoir affronté Nicolas Sarkozy. Elle a donc acquis de l’expérience précieuse, une stature et une légitimité. Elle peut ainsi affirmer qu’elle a rassemblé sur son nom 17 millions de suffrages au second tour. Ce n’est pas anodin.

Et ses points faibles ?

Son isolement, d’abord. Elle est plus isolée que jamais, alors que pour être élu, il faut une équipe, des militants, des relais sur le terrain. On a pu voir en 2007 des couacs ou des problèmes de coordination entre son équipe rapprochée et le Parti socialiste qui n’était pas complètement derrière elle. Elle n’a donc pu mener la campagne qu’elle aurait voulue face à un Nicolas Sarkozy qui disposait du rouleau compresseur UMP entièrement dédié à sa personne et à son combat. Elle n’a bénéficié d’aucun ralliement massif, par exemple du côté des Strauss-kahniens. La quasi majorité qu’elle avait récoltée au Congrès de Reims s’est complètement défaite. Des personnalités comme Arnaud Montebourg, Manuel Valls ou Vincent Peillon ont pris leur autonomie.

Elle a toujours joué l’opinion contre le parti. Mais si vous avez des responsables de fédérations, des grands élus ou des millitants chevronnés, ça joue quand même pour vous, ne serait-ce qu’en termes de légitimité : quand vous devez rallier derrière vous une majorité de Français, il semble naturel d’arriver à le faire en premier lieu au sein de votre parti.

Autre point faible : elle a déçu. Pas mal de gens qui l’avaient soutenu en 2007 sont restés sur leur faim. Elle n’a pas su gérer cela, ni son score au Congrès de Reims. Une partie importante de l’électorat de gauche a tourné la page la concernant. C’est donc difficile pour elle de changer les choses en très peu de temps.

Quel est donc l’enjeu pour elle ce dimanche ?

Sa candidature n'est qu'un demi-scoop ! Le vrai enjeu consiste plutôt à sa façon d’occuper le terrain médiatique pour ne pas se faire oublier. Martine Aubry a annoncé son intention de respecter le calendrier de la primaire du PS : elle ne devrait donc se présenter que mardi. Ségolène Royal en se présentant dimanche cherche donc à lui griller la politesse pour bénéficier du maximum d’attention.

Mais le vœu le plus cher de tout militant socialiste est de battre Nicolas Sarkozy. Il existe donc un credo unitaire. Par conséquent, tous les fauteurs de trouble, qui seront perçus comme menant une campagne personnelle et donc susceptibles d’empêcher une victoire qui semble à portée de main pour la gauche, seront à mon avis sanctionnés très durement par les militants. Elle doit donc réussir à jouer sa carte sans sembler la jouer perso, alors qu’elle n’a que très peu de chances. C’est une partie difficile à jouer.

Finalement, cette journée de dimanche est importante pour Ségolène Royal afin de créer une dynamique derrière elle. La séquence suivante est également essentielle : tout comme Arnaud Montebourg, elle devra, en tant que challenger, peut-être ne pas prendre de vacances et occuper le créneau de tout l’été pour essayer de refaire son retard.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !