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La justice vient de valider la légalité des écoutes qui valent à Nicolas Sarkozy une mise en examen.
La justice vient de valider la légalité des écoutes qui valent à Nicolas Sarkozy une mise en examen.
©Reuters

Opportunistes !

Sarkozy poursuivi par les juges : qui profiterait le plus à droite de son éventuelle mise sur la touche ?

Alors que la justice vient de valider la légalité des écoutes qui valent à Nicolas Sarkozy une mise en examen pour "corruption active", "trafic d'influence actif" et "recel de violation du secret professionnel", les concurrents de l'ex-Président pour la primaire de la droite sont dans les starting-blocs. Favori, Alain Juppé pourrait être le premier gagnant d'une éventuellement mis à l'écart du président de l'UMP. Mais c'est sans compter Bruno Le Maire et dans une moindre mesure François Fillon, qui multiplient les manœuvres politiques pour incarner la future présidence du pays.

Carine Bécard

Carine Bécard

Carine Bécard est journaliste politique à France Inter.

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  • Au sein de son propre parti, tout le monde scrute une éventuelle mise sur la touche de Nicolas Sarkozy, freiné par l'accumulation des affaires judiciaires
  • Le premier à en profiter serait Alain Juppé, son principal rival reconnu par les Français pour sa stature d'homme d'Etat et sa capacité à avoir un discours plus modéré, qui pourrait même séduire une partie des socialistes déçus par François Hollande
  • Bruno Le Maire est aussi redoutable par sa capacité à réorienter ses idées, autrefois très modérées, vers la droite dure, pour séduire un électorat qui se droitise
  • François Fillon, au CV impressionnant, peut être quant à lui la surprise de la course à la primaire et peut-être à la présidence si Alain Juppé venait à se retirer.

 

Atlantico : La justice a validé les écoutes qui valent à Nicolas Sarkozy une mise en examen pour "corruption active", "trafic d'influence actif" et "recel de violation du secret professionnel". Est-ce le moment ou jamais de prendre les devants pour Alain Juppé, principal rival de l'ex-Président pour l'élection primaire de la droite pour la présidentielle de 2017 ?

 

Carine Bécard : Tous les concurrents ont les yeux rivés sur l'agenda judiciaire de Nicolas Sarkozy car ils savent tous que si l'ex-Président venait à ne pas se présenter à la primaire de la droite ce serait exclusivement à cause de ces affaires. Cela remet un peu de sel dans le jeu, surtout que cela tombe extrêmement mal. Le nom "Les Républicains" vient d'être adopté au bureau politique de l'UMP et le président du parti s'est évertué à expliquer à quel point les valeurs de la République devaient être portées par le parti. On se rend compte que c'est peut-être finalement plus pour effacer le nom "UMP" et toutes les affaires qui entourent ce parti que véritablement pour défendre une haute idée de la République. Nicolas Sarkozy a aujourd'hui une dizaine d'affaires sur le dos qui pourraient bien le faire tomber d'ici l'élection du futur candidat de la droite à l'élection présidentielle de 2017.

>>> Lire également : Écoutes Sarkozy et trafic d’influence : l’avenir judiciaire du président de l’UMP se joue le 7 mai

Le mieux armé pour en profiter est Alain Juppé. C'est son grand rival et le match entre les deux hommes est déjà installé. Les médias imaginent déjà que ce seront les deux finalistes de la primaire. Le maire de Bordeaux est quelqu'un de très apprécié par les Français, qui lui reconnaissent une stature d'homme d'Etat. Cela veut dire qu'il est le plus fort après Nicolas Sarkozy pour résister en 2017 face au discours de Marine Le Pen, qui atteindra probablement le deuxième tour, en occupant le terrain qu'elle laisse libre, celui des socialistes déçus de François Hollande, plus modéré. Alors que Nicolas Sarkozy, lui, choisit plutôt de l'attaquer sur son discours dur, très à droite.

Pour l'instant tous s'abstiennent de s'exprimer mais si la mise à l'écart de Nicolas Sarkozy venait à arriver, beaucoup d'appétits s'aiguiseront. Ils préfèrent pour l'instant laisser passer la tempête car si l'ex-Président se relève, sa capacité de travail et ses qualités de stratège font de lui la personnalité la plus forte du parti, contre qui personne ne fait le poids.

Si Alain Juppé n'allait pas au bout, qui pourrait profiter d'une éventuelle mise à l'écart du président de l'UMP ?

Celui qui aura une carte à jouer, c'est Bruno Le Maire. Il nous fait croire actuellement qu'il ne sait pas encore s'il se présentera mais tout le monde en interne en est persuadé. En ce moment, son discours est variable : il a longtemps été perçu comme un représentant de la droite modérée, avec du panache à la Dominique de Villepin. Il a récemment démontré qu'il était capable d'élargir son spectre politique d'Alain Juppé à Nicolas Sarkozy, avec un discours plus dur et plus à droite. Il est ainsi capable de remplacer les deux. Il mise sur l'idée que l'un des deux grands hommes n'ira pas jusqu'au bout.

Xavier Bertrand ne joue pas du tout dans la même cour que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, qui sont des hommes d'Etat. Il a été secrétaire général de l'UMP mais il a été installé là par Nicolas Sarkozy alors qu'il était à l'Elysée. Ce n'était pas vraiment un président de parti. Bruno Le Maire a lui l'immense avantage d'avoir osé défier Nicolas Sarkozy et qui a réussi à faire 30% face à lui lors de la précédente campagne interne. C'est un quadragénaire, il véhicule donc une image de jeunesse et de renouveau. Xavier Bertrand est un travailleur mais, comme François Fillon, personne ne retient son action, malgré son passage au ministère du Travail. Alain Juppé, tout le monde retient ses discours. La différence est là.

François Fillon est-il susceptible de revenir sur le devant de la scène ? Dans quelles conditions ?

S'il revient sur le devant de la scène, c'est uniquement si Alain Juppé décidait de se retirer. Ce sont tous les deux des anciens premiers ministres qui sont reconnus par les Français comme étant des hommes d'Etat. Ils occupent le même terrain politique, en plus d'avoir une personnalité similaire. Face à Nicolas Sarkozy, il n'est malgré tout pas certain qu'il ait une chance de dépasser son ancien mentor.

Si Nicolas Sarkozy et Alain Juppé se retrouvaient face à face, il pourrait gêner l'ex-Président par son rôle de faiseur de roi. Mais il ne jouera pas la carte du gouvernement car il ne peut rien espérer de la part d'Alain Juppé, s'il venait à entrer à l'Elysée : il est improbable qu'il devienne à nouveau Premier ministre et un ex-Premier ministre ne devient jamais ministre. Il joue son dernier rôle politique. Il a tout connu : il a été de tous les gouvernements, il a eu de gros ministères, il a construit le programme de 2007 et il a été Premier ministre pendant 5 ans. Aujourd'hui, il est Président ou il n'est rien. Il est dans l'idée qu'à deux ans des présidentielles les Français peuvent avoir un jour l'envie de se retourner vers quelqu'un de se tourner vers quelqu'un de sérieux et de laborieux, qui sera vraiment prêt à endosser le rôle de Président. Si cela ne fonctionne pas, ce sera terminé pour lui.

Même si Nicolas Sarkozy venait à s'en sortir, quels sont les concurrents qui en tireraient de toute façon un avantage ?

Nicolas Sarkozy est celui qui aujourd'hui a pris le plus d'avance dans la perspective de la primaire. C'est celui qui montre clairement qu'il s'investit, qu'il rassemble sa famille politique. Personne ne pourra en interne lui rappeler les affaires judiciaires qu'il a sur le dos car s'il venait à gagner, et c'est très probable, il écrasera tous ceux qui ont essayé de les retourner contre lui.

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