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Samuel Maréchal : “Nous voulons donner l’envie aux électeurs de mettre la pression sur leurs élus pour qu’ils acceptent le principe d’une alliance des droites”
©CHARLY TRIBALLEAU / AFP

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Samuel Maréchal : “Nous voulons donner l’envie aux électeurs de mettre la pression sur leurs élus pour qu’ils acceptent le principe d’une alliance des droites”

Deux proches de Marion Maréchal, Samuel Maréchal, son père, et Arnaud Stephan, son ancien conseiller en communication, ont annoncé la création d'"Alliance pour la France", une plateforme destinée à créer les conditions de l'alliance des élus de droite.

Samuel Maréchal

Samuel Maréchal

Samuel Maréchal est un homme politique, cadre influent du Front national dans les années 1990 et 2000. Père de Marion Maréchal, il lance en 2019 l'"Alliance pour la France" avec Arnaud Stephan, une plateforme qui vise à l'alliance des droites.

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Atlantico : Vous lancez une association qui prend pour nom "Alliance pour la France" et dont le but affiché est d'empêcher la réélection d'Emmanuel Macron en aidant à la constitution d'un "forum" de droite, le tout en dehors des partis. À l'issue de ces européennes, faites-vous donc le constat de l'incapacité des partis de droite à proposer une alternative à Emmanuel Macron ?

Samuel Maréchal : "Alliance pour la France" n'est pas un parti politique. C'est une association, aux côtés d'autres, qui vise à structurer les volontés des électeurs, des élus locaux et des militants de différents partis afin qu'au second tour des élections prochaines il y ait un réflexe de la part des tous les partis patriotes afin de faire appel à voter contre le candidat "Macronien"; le candidat du système. Il y a aujourd'hui beaucoup d'électeurs que j'appelle "tricolores", qui n'ont pas participé à l'élection européenne. Ils sont orphelins d'une alliance pour la France, d'une union, ou plus exactement de l'absence des partis politiques de faire appel à voter pour la force en place contre celle du système au second tour.

À droite, les camps ont montré de vraies dissemblances lors de la dernière campagne. François-Xavier Bellamy ou Laurent Wauquiez ont voulu relancer une forme de libéralisme conservateur, Marine Le Pen occupe une position plutôt nationale-populiste, quand NDA insiste sur le souverainisme. Sur quel espace politique peut se constituer l'union des droites que vous jugez nécessaire pour battre Emmanuel Macron ?

Je ne parle pas d'union des droites, je parle d'"alliance pour la France". Je crois qu'il y a beaucoup d'électeurs qui ne se définissent pas dans ce clivage droite-gauche et beaucoup d'autres qui sont encore dans cette logique. Il faut donc aller au delà. Le peuple français mérite que nous n'entrions pas directement dans ce clivage lorsqu'il y a une incapacité des gouvernements français à répondre à la mondialisation, à protéger à la fois notre pays et notre peuple. Il faut avoir une démarche électorale intelligente et efficace afin que, lors du prochain second tour, si un candidat "tricolore" s'oppose à un candidat mondialiste - c'est la place que prennent aujourd'hui Macron et la République en Marche -, il y ait une démarche d'apport et de soutien à celui qui se retrouve face au candidat de Macron.

Notre démarche vise à faire comprendre aux chefs de parti qu'ils aient ce réflexe de pouvoir s'allier au second tour et pouvoir peut-être mettre en place un gouvernement de redressement de notre pays pour 2022. Chacun doit faire des efforts, mais il semblerait que cela soit possible : lorsque, pendant la campagne, Laurent Wauquiez et François-Xavier Bellamy mettent en perspective la défense de la préférence  européenne et nationale, c'est un grand pas. Lorsque Marine Le Pen revient sur l'euro, c'est aussi un très grand pas. La France mérite que les uns et les autres fassent des efforts pour le bien de notre pays et j'imagine que les adhérents, les militants, les sympathisants, les élus et les électeurs puissent faire pression dans ce sens. Sinon, on risque de perdre encore huit ans pour la France en ayant Emmanuel Macron jusqu'en 2027.

Qu'est-ce qui explique aujourd'hui que cet espace politique ne soit pas occupé malgré les nombreux appels à l'union lancé par diverses personnalités de droite ?

Sans doute parce que la droite n'a pas encore connu la nécessité de rentrer dans une logique d'alliance. Pourtant, cela a été fait antérieurement. Par exemple, en 1986, il y a eu un accord électoral entre le Front National, le RPR et l'UDF pour diriger la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, dans la perspective de ce que souhaitaient Charles Pasqua et Jean-Marie Le Pen, à savoir de mettre un gouvernement d'union nationale, en fonction du résultat des élections législatives. Cela a fonctionné pendant six ans, j'ai même eu la chance de le voir de près parce que j'étais directeur de la campagne régionale en 1991-1992 pour Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret, où le travail était fait entre les trois partis. Les présidences des commissions et la gestion de la région avait été divisée en trois : elle a été gérée parfaitement.

Depuis, il y a eu une diabolisation extrême de Jean-Marie Le Pen et des idées défendues, alors qu'aujourd'hui, tout le monde se rend compte qu'il a eu raison sur la place de la France dans l'Europe, sur l'immigration, sur la restriction des libertés d'entreprise issue de ces charges dans une logique toujours spoliatrice.

On ne parle aujourd'hui que de réductions de dépenses, certes nécessaires, mais pas de conquérir de nouveaux marchés.  Le portefeuille financier français se rétrécie, c'est à qui va faire le plus d'économies mais sans toucher à certains privilèges. Il n'y a rien qui est mis en place pour aller chercher les points de croissance et soutenir nos industries et nos entreprises, notamment à l'export.

Votre démarche se situe dans le prolongement de celle de Marion Maréchal, qui dit elle-même se situer dans la "métapolitique" depuis la fin de son dernier mandat de député, et son intervention de dimanche sur LCI entre totalement en résonnance avec la vôtre. Qu'est-ce qui vous fait penser, comme elle l'affirmait dimanche que c'est par le métapolitique qu'on pourra dépasser les structures politiques et partisanes actuelles ?

C'est en amenant du fond, en posant des vrais problèmes et en apportant des solutions hors d'une logique partisane que l'on peut soutenir l'alternative en France. À côté des idées, il y aussi la base : dans une démocratie, il s'agit du peuple, des électeurs. Ces derniers doivent reprendre la main. Le réservoir de voix des électeurs tricolores est conséquent dans le cadre des prochaines élections : il faut faire revenir nos électeurs tricolores au urnes.

En ce sens, notre association vise à donner des informations et donner surtout l'envie aux électeurs de reprendre le champ politique, de mettre la pression sur les dirigeants pour qu'ils s'entendent. On a bien vu aujourd'hui qu'il y a un blocage d'images. La force de François Mitterrand associée à celle de Jacques Chirac a été de diaboliser des idées de bon sens, des idées patriotes. Aujourd'hui, on le voit dans le cadre de ce qui se passe chez Les Républicains, il y a toujours une crainte d'être mal jugé ce qui les conduits à donner des gages à leurs adversaires. Alors que dans tous les pays du monde , les politiques évoluent considérablement dans le sens de la défense de la patrie, de la nation, avant même de défendre une logique de parti. La mondialisation a tout changé. Le protectionnisme est devenu la modernité de l'économie, au bénéfice de la protection des peuples et des nations. La modernité c'est, selon moi, de défendre la France et les Français, les forces industrielles, les groupes et les entreprises françaises, tout en rappelant que dans notre esprit, la politique est toujours au-dessus de l'économie.

La démission de Laurent Wauquiez pourrait s'accompagner d'un virage plus "centriste", tel qu'il a été prôné par Gérard Larcher ou Valérie Pécresse ces derniers jours. L'occasion d'une clarification ou un obstacle supplémentaire au rapprochement que vous prônez selon vous ?

La reconstruction passera aussi et surtout par les élections municipales et régionales. Le rapport de force sera présent à ce moment-précis, dans la perspective des prochaines élections nationales; présidentielles et législatives. Jusqu'à ce jour, que certains responsables LR empêchent toute logique d'alliance à terme me semble suicidaire, pour leur parti – ce qui est moins grave, parce que les partis peuvent mourir et renaître sous d'autres formes -, mais surtout pour notre pays et notre peuple.

La démission de Laurent Wauquiez était inscrite à terme lors de la création de l'UMP, à partir du moment où il y avait l'application dans les faits et dans la gestion de leurs alliances, de refus de tout accord avec le Front National ou le Rassemblement National. C'est le centre qui a gagné par rapport aux RPR ou à la droite populaire. Ils en payent aujourd'hui le prix. Les électeurs de droite, populaires, sociaux et nationaux, ne se satisfont pas de cette situation. Il y a aujourd'hui un vrai objectif : celui de voir à la tête de ces formations, petites et grandes, des personnalités qui comprennent de ce que souhaite la base et acceptent de faire appel à voter pour celui qui reste et peut-être à terme de constituer des alliances.

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