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Salon “My Foul’Art” : Du voile au halal, la mithridatisation culturelle en marche
©Capture d'écran Instagram

Tribune

Salon “My Foul’Art” : Du voile au halal, la mithridatisation culturelle en marche

Jeudi dernier s'est tenu à Paris l'événement "My Foul'Art" visant à "promouvoir l'artisanat du foulard". Un jeu de langage qui cache une toute autre réalité quant au port du voile islamique en France.

Eloïse Lenesley

Eloïse Lenesley

Eloïse Lenesley est journaliste. Elle collabore notamment à Causeur et FigaroVox

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C’est une propagande voilée qui ne dit pas son nom, calfeutrée dans une salle de mairie parisienne. Un défilé de mode drapé des vertus du multiculturalisme qui, sous couvert de populariser un accessoire vestimentaire, et pas n’importe lequel, véhicule son idéologie saumâtre dans le très chic quartier du Marais. "Promouvoir l’artisanat du foulard", tel était donc le but avoué de l’événement prétendument artistique "My Foul’Art", initié le 10 novembre dernier par Les Passerailes de Rosa, organisation ancrée "dans une logique de mixité, de tolérance, de mieux vivre ensemble".

La manœuvre est pernicieuse, puisqu’elle consiste en réalité à banaliser le voile islamique en le délestant de sa dimension religieuse, pour le présenter comme une simple fanfreluche parmi toutes sortes de foulards noués à l’occidentale, histoire de fournir un alibi "mode" et œcuménique à l’ensemble. Mais il suffit de flâner cinq minutes sur le site myfoulart.com, qui comporte d’ailleurs une rubrique "religion", pour faire tomber le masque. À la volonté réelle ou supposée de soutenir "l’industrie du foulard", se superpose celle de "favoriser l’intégration des populations migrantes", "participer à la création d’une société pluriculturelle" et "permettre la diversité des pratiques culturelles". Culturelles, cultuelles, communautaristes ? La frontière est poreuse. Les visuels et témoignages mis en avant concernent en majorité le port du voile islamique. Les blogueuses "ambassadrices" de l’initiative ne laissent pas davantage place à l’ambiguïté. Ainsi, Asma Farès, qui explique : "Je porte mon hijab de plusieurs façons, j’essaie au maximum qu’il suive les règles de ma religion, tout en étant chic". Ou Sassifd14 qui déclare : "Étant musulmane, je porte le turban car je souhaiterais un jour porter le voile islamique".  Ou encore Anlya, qui confie : "Ce qui me motive profondément et de façon constante, c’est d’être en adéquation avec mes valeurs religieuses. En portant le foulard, j’entretiens un rapport personnel entre Dieu et moi", tout en se défendant, bien entendu, de faire du prosélytisme.

Loin d’être anecdotique, l’exhibition My Foul’Art, en un lieu par essence républicain et laïque, s’inscrit dans une démarche de mithridatisation culturelle, qui s’emploie à instiller au goutte-à-goutte des rites et prescriptions islamiques, voire salafistes, au sein de la société française ; une lente habituation, un anesthésiant lavage de cerveau, opérés notamment par une falsification du langage et de l’intention. Les voiles et turbans sont détournés en anodins gadgets esthétiques. Ils ne sont plus un signe d’infériorité ni de soumission de la femme mais un "droit" aux yeux de certains, notamment les féministes ( !) d’extrême gauche. Des pavés aux plages, l’espace public se retrouve envahi d’accoutrements islamiques, quand il n’est pas carrément privatisé, tels les centres aquatiques que des associations "socio-culturelles" ou sportives voulaient réserver aux femmes en burkini. Ces derniers, comme les hijab, abaya, jilbab, et autres tenues très couvrantes, se voient en outre parés de la rassurante appellation "mode pudique". De même, une association nommée "Vacances éthiques" propose des voyages organisés – dont certains exclusivement pour les femmes – avec un imam dispensant un enseignement religieux. Les mécréants sont-ils à ce point impudiques et immoraux ? Par cette perversion sémantique, un cap est franchi où l’on ne sait plus trop qui stigmatise qui. Le travestissement langagier évite de poser les bons diagnostics et d’y appliquer les bons remèdes.

Des filles de plus en plus jeunes peuvent être aperçues voilées. Dans l’enseignement, le récit national est déformé : "Lisez les manuels scolaires que l'on donne à nos enfants où l’islam est plus important que l'histoire de notre pays, où l'on veut culpabiliser nos enfants", s’alarme Nicolas Dupont-Aignan sur RTL. Le marché florissant du halal, dont le chiffre d’affaires annuel est évalué à 5,5 milliards d’euros dans l’Hexagone, s’invite jusque dans les rayons de maquillage où il fait un carton. "Une foutaise", même pour Abdallah Zekri du Cfcm, qui s’irrite dans Le Parisien de "la surenchère du halal qui vire au n'importe quoi". Toujours est-il que, sur les Champs-Élysées, une boutique de cosmétiques certifiés, Hasna, côtoie les enseignes du luxe : les commerces halal ne sont plus circonscrits aux quartiers de la "diversité". Des boucheries en ligne livrent dans la France entière; l’abattage rituel, bien que décrié, a un bel avenir devant lui. Pour invalider tout débat, cette succession de capitulations quotidiennes a été enfouie sous la formule générique "accommodements raisonnables". De simples petits aménagements inoffensifs auxquels on est priés de se conformer. Mais sur quels critères et dans quelles limites détermine-t-on ce qui est "raisonnable" et ce qui ne l’est plus ? Ou plus précisément, en fonction de quels intérêts politiques et économiques ?

En Allemagne, Rayouf Alhumedhi, une adolescente d’à peine 15 ans se plaignant qu’aucun emoji ne représente une femme voilée, a soumis un projet d’icône coiffée d’un hijab qui vient d’être approuvé par The Unicode Consortium et apparaîtra sur les smartphones dès 2017. Pendant ce temps-là, en Inde, la championne de tir Heena Sidhu a annoncé qu’elle boycottera l’Asian Airgun Shooting Championship qui se tiendra en décembre en Iran, car les concurrentes seront contraintes d’y revêtir… un hijab. Dans un pays où les femmes se battent pour pouvoir ôter leur voile et faire du vélo, le mot "droit" reprend soudain tout son sens.

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