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Salon de l'agriculture : ébauche d'un mouvement agricole de contestation contre les banques
©DR / WikiAgri / Antoine Jeandey / Christophe Bitauld

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Salon de l'agriculture : ébauche d'un mouvement agricole de contestation contre les banques

On ne peut pas parler de manifestation d'envergure, ils étaient trois à distribuer des tracts devant le stand du Crédit agricole au Salon de l'agriculture ce dimanche. Mais cette ébauche de mouvement mérite néanmoins d'être mentionnée, car les victimes de dysfonctionnements bancaires parlent volontiers sur les réseaux sociaux.

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est journaliste et auteur de « Tu m’as laissée en vie, suicide paysan veuve à 24 ans ».

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Un grand sourire, la main tendue avec un tract titrant "scandale bancaire, la finance avant l'humain, une banque très présente dans le monde agricole, et aussi dans les faits divers" à destination des visiteurs passant le stand du Crédit agricole... Et c'est tout. Pour l'heure, nous n'en sommes qu'à l'ébauche du commencement d'un mouvement contestataire.

Pour autant, lorsque l'on rentre dans le détail, le mouvement en question pourrait s'amplifier rapidement. Christophe Bitauld, arboriculteur d'Ille-et-Vilaine, en procès face au Crédit agricole depuis de nombreuses années, s'affiche ainsi avec une corde autour du cou (une façon d'accuser la banque de le pousser au suicide) et distribue ce tract qui inclut un article du Parisien qui raconte son histoire.

A ses côtés, Sébastien Alaire, fils d'agriculteur, est un ancien entrepreneur en bâtiment qui a dû cesser son activité parce que les assurances qu'il avait souscrites n'ont pas reconnu une invalidité dont il a été victime. Depuis, il a créé une association dont l'intitulé parle de lui-même : Banque info recours. Il s'est fait une spécialité de réponses à donner aux banques et autres recours juridiques quand les discussions échouent, dédiés à tous les citoyens victimes d'un dysfonctionnement... Et aujourd'hui, il reçoit 50 à 80 coups de fil par jour ! Une quantité non négligeable d'agriculteurs figure parmi celles et ceux qui font appel à ses services (à la base gratuits, chacun donne ce qu'il veut pour contribuer à faire vivre l'association).

Françoise Nicolas, lanceuse d'alerte anti-corruption (un autre sujet donc), les a accompagnés dans le tractage.

Un tractage qui suscite des réactions

Ce tractage a évidemment surpris. Il s'est passé sans heurts, c'était d'ailleurs l'objectif des organisateurs : pas de vague, juste faire connaitre la situation. Au chapitre des réactions des réceptionnaires des tracts, il y en eut de différents niveaux. Plusieurs personnes ont été dans le sens "moi aussi j'ai des problèmes avec ma banque, ils ont raison, il est temps d'en parler". Une autre a montré un soudain étonnement : "Je suis à cette banque, il faut que je me méfie !" Un agriculteur membre d'un conseil d'administration du Crédit agricole s'est lui insurgé contre le tractage, répétant avec conviction que sa banque "fait tout pour accompagner les personnes en difficulté".

Sur la page Facebook de Banque info recours (aimée par plus de 16 000 personnes), l'information sur le tractage a bien sûr été diffusée. Les "like" s'enchainent par dizaines, les partages et les commentaires aussi.

Christophe Bitauld, interdit d'investir aujourd'hui en raison de l'utilisation d'un compte qu'il a clôturé en... 1998

Si Christophe Bitauld en veut au Crédit agricole, ce n'est pas pour rien. D'autant que son affaire plusieurs fois renvoyée sera effectivement jugée bientôt, à la mi-mars. Elle parait pour le moins incroyable : plusieurs mouvements sont constatés en 2012 sur un compte qu'il a clôturé en 1998. Et il s'agit d'endettements importants, de l'ordre de plusieurs centaines de milliers d'euros, ce qui lui vaut un fichage à la banque de France. Et quand lui, sur le compte qu'il a ouvert depuis, veut investir dans un nouveau projet agricole, il apprend qu'il est interdit de financement, en raison de prêts court terme réalisés à la banque de France... sur un compte fermé alors depuis 16 ans et auquel (bien sûr) lui ne pouvait plus avoir accès ! L'argent travaille, l'affaire Kerviel a révélé au grand public l'existence de spéculations boursières... A l'autre bout de la chaine se situent les victimes.

Celles et ceux qui ont lu l'ouvrage dont je suis coauteur avec Camille Beaurain, "Tu m'as laissée en vie", savent que dans un cas au moins l'attitude de la banque est l'un des éléments qui peut conduire au suicide, même s'il existe d'autres responsables.

D'où l'intérêt de ce mouvement contestataire. Encore faible mais déjà audible, il peut inciter à intégrer une valeur qui manque désormais trop souvent dans les rapports entre banques et particuliers : l'humanisme. Il ne s'agit ni de social, encore moins de misérabilisme, juste de rapports humains, autre que le seul profit...

Christophe Bitauld intéresse les visiteurs, à la base surpris par un tel tractage à cet endroit précis du Salon de l'agriculture.

Crédit : DR / WikiAgri / Antoine Jeandey / Christophe Bitauld

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