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Quel avenir pour le riz, 
vital pour de nombreux pays ?
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Quel avenir pour le riz, vital pour de nombreux pays ?

L'EDITORIAL DE GILLES KLEIN. Plus que le prix du pétrole, celui du riz est vital pour la stabilité politique et l'alimentation dans de nombreux pays.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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La production mondiale annuelle de riz atteint 6 à 700 millions de tonnes, on en parle peu dans nos médias occidentaux, mais c'est la nourriture de base pour 3 milliards de personnes, particulièrement en Asie, où il est produit en majorité. Cela permet de comprendre pourquoi les gouvernements s'inquiètent quand la récolte est en baisse, ou quand le prix de vente sur le marché mondial, ou pour le consommateur de base, monte provoquant grogne, manifestation ou même risque de crise sociale et politique.

Contrairement aux producteurs de pétrole avec l'OPEP, les producteurs de riz n'ont pas une organisation qui leur permettraient de se coordonner. Mais comme pour l'Arabie Saoudite, très gros producteur de pétrole dont les décisions peuvent faire monter ou baisser le prix du baril de brut et influencer les économies occidentales, les interventions de la Thailande, premier producteur mondial de riz peuvent affoler les cours de cette denrée.

Les projets de la Thailande pour son riz ne provoquent pas encore de panique mais ils soulèvent beaucoup de questions et d'inquiétude. Comme il l'avait annoncé pendant la campagne électorale, le parti Peu Thai, de l'actuelle Premier ministre, madame Yingluck Shinawatra a confirmé son intention d'acheter la récolte de riz des producteurs thailandais à un prix nettement supérieur à celui cours actuel.

Shinawatra n'est autre que la soeur de Thaksin Shinawatra, renversé par les militaires en 2006. Il a  suffit de quelques semaines pour que cette femme de 44 ans qui a fait des études supérieures aux USA, passe du statut d'inconnue à celui de Premier ministre.

A partir du 7 octobre, le riz paddy blanc serait payé 15.000 baths (360 euros) par le gouvernement alors qu'il vaut environ 9.000 baths (216 euros) sur le marché actuel. Une mesure destinée à soutenir les producteurs, mais qui pourrait se révéler très couteuse pour les contribuables thailandais.

La récolte 2011/2012 étant estimée à 30 millions de tonnes de riz paddy, le gouvernement pourrait prendre le contrôle de 90% soit 27 millions de tonnes, cela pourrait coûter entre 135 et 50 milliards de bath (soit 6 milliards d'euros). Mais surtout, cette subvention massive va faire augmenter le prix de vente du riz thailandais qui risque de perdre sa compétitivité sur le marché mondial aux yeux de l'association thailandaise des exportateurs de riz.

Il est clair que d'augmenter de 40 à 50% un produit pourrait donner l'occasion à d'autre pays exportateurs de prendre la place de la Thailande sur le marché mondial. De plus, ceux qui vont profiter de cette manne gouvernementale, ce sont les plus gros fermiers, ceux qui ont les moyens d'avoir de gros silos de stockage et tous les intermédiaires thailandais qui n'ont rien à voir avec les petits producteurs qui survivent avec difficulté.

Enfin il est assez paradoxal de voir un pays dépenser des milliards d'euros pour soutenir une activité dans laquelle il est le leader mondial, alors que tous ceux qui ont eu l'occasion de voyager en Thaïlande, savent que ce pays a beaucoup de secteurs prioritaires urgents qui manquent de fonds.

Du coup l'indice du prix établi par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO)  ne cesse de monter, s'établissant à un record jamais atteint depuis plusieurs années : "Le changement de politique en Thaïlande – premier exportateur mondial de riz –, qui devrait avoir pour effet d’augmenter le prix d’achat au producteur à un niveau supérieur à celui du marché, a contribué à accentuer encore cette hausse." explique la FAO.

Une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui n'ont que du riz à manger tous les jours, et un risque de déstabilisation pour certaines économies. Cessons donc de ne regarder que le prix du pétrole à Londres ou à New York : il y a d'autres indices aussi importants pour l'économie mondiale, c'est le cas du riz.

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