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Rigueur : les gentils de gauche 
délivrent du mal, les méchants 
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Deux poids, deux mesures

Rigueur : les gentils de gauche délivrent du mal, les méchants de droite punissent et font souffrir le peuple...

Si l'on en croit l'Elysée "la rigueur de gauche, s’il y en a une, est juste, elle n’est pas idéologique, injuste et punitive comme la rigueur de droite". Le président de la République déserte-t-il le champ de la rationalité pour tenter de se justifier par la simple morale ?

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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"La rigueur de gauche, s'il y en a une, est juste, elle n'est pas idéologique, injuste et punitive comme la rigueur de droite et évidemment, elle a vocation à s'arrêter rapidement, l'austérité n'est la solution à aucun des problèmes." - phrase attribuée à l'Elysée, citée par le JDD du 23 juin 2012.

La gauche, grâce à Lionel Jospin, avait déjà donné à la France l’inoubliable figure de «l’austère qui se marre». François Hollande vient de lui ajouter la rigueur qui délivre du mal.

Car, dans la déclaration élyséenne sus-reproduite, tout est dit et tout est affaire de morale. D’un côté, le camp du bien, celui dont la politique de rigueur n’est pas une question d’idéologie mais de bonne foi et même de foi tout court. Gouvernés par des dirigeants agissant pour la justice, c’est en pensant à l’égalité sociale et aux lendemains qui chantent que les Français devront se serrer la ceinture.

De l’autre côté : les méchants de droite, qui veulent punir, faire souffrir le peuple par pur plaisir ou pour assouvir d’obscurs desseins de promotion des inégalités sociales.

Du côté des gentils, la rigueur «s’il y en a une» (mais est-ce vraiment de la rigueur puisqu’elle n’est là que pour le bien public ?), ne va pas durer. Rapidement, elle s’arrêtera car l’horizon est toujours lumineux et dégagé pour qui croit à la bonne volonté de la gauche et de ses dévoués dirigeants. On ne sait précisément quand cette félicité reviendra, mais le temps est aboli quand on est dans la Vérité.

Du côté des méchants, on frémit devant les sombres perspectives d’une rigueur sans fin qui s’abîme dans une terrifiante austérité. C’est un gouffre sombre et noir dont on ne peut voir le fond.

Point n’est besoin de trop lever le voile du discours pour retrouver les figurations du paradis et de l’enfer qui conditionnent la vision sociale de cette gauche française qui, il y a une ou deux générations à peine, baignait encore dans un catholicisme un peu rudimentaire.

Si vous souffrez mais que vous êtes dans la vraie foi, celle qui adhère au Dieu PS dont François Hollande est le nouvel apôtre, c’est pour votre bien. La fin de la crise est pour bientôt, vous serez à nouveau dans l’extase. Il y a un bien en soi et pour soi : la gauche est son incarnation comme la droite sa négation.

Il est extrêmement inquiétant, qu’un mois à peine après son arrivée aux affaires, le président de la République en soit déjà à déserter le champ de la rationalité pour tenter de se justifier par la simple morale. Bientôt, en bon dogmatique, il nous expliquera que ses échecs et ses déboires ne sont pas dûs à ses erreurs mais aux menées de ses opposants. Puisqu’il est dans le bien, il ne saurait se tromper. A ce rythme, la logique de diabolisation de l’adversaire politique ne va pas tarder à se mettre en action. On nous parlera de mur d’argent, de déloyaux émigrés, de complot ploutocratique. Les démons de la droite devront être combattus par les tenants de la vraie foi.

Que les grenouilles du bénitier socialiste se réjouissent : depuis l’élection de leur nouveau pontife, il ne fait que pleuvoir sur la fille aînée de l’Eglise.

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